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En Centrafrique, instabilité et crise humanitaire sous le nouveau régime

Plus de trois mois après la prise du pouvoir par la rébellion Séléka, accusée de multiplier pillages et exactions sur les civils, l'instabilité perdure en Centrafrique, où de nombreuses ONG pointent du doigt une grave crise humanitaire.

Le dernier incident à Bangui date de vendredi soir, où des heurts ont éclaté entre civils et hommes du Séléka dans le nord de la capitale, faisant six morts et 25 blessées, selon une source policière.

Ces violences faisaient suite à une manifestation qui a dégénéré après la mort d'un étudiant enlevé jeudi par des membres de l'ancienne rébellion arrivée au pouvoir en mars après dix ans du régime de François Bozizé.

Les tensions se sont ensuite propagées dans plusieurs quartiers de la capitale, où des coups de feu ont été entendus jusqu'en milieu de soirée.

"Il semble qu'il y ait eu une augmentation des incidents ces dernières semaines à Bangui, relève Isabelle Le Gall, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) en Centrafrique. Cependant, la situation sécuritaire n'a jamais été réglée. Même s'il y a eu un semblant d'accalmie, les exactions ont continué à Bangui et dans l'intérieur du pays".

"Bangui connait des éclats de violences ponctuels depuis plusieurs mois: il y a des quartiers qui se vident de leurs habitants terrorisés, qui se réfugient dans les hôpitaux, et puis ça se calme", explique Vincent Pouget, délégué communication du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bangui.

Depuis plusieurs semaines, les ONG présentes en Centrafrique ne cessent de dénoncer les problèmes d'insécurité, de pillages ou de meurtres, mais aussi de nombreux cas de viols et abus sexuels sur les populations.

Human Rights Watch (HRW) a affirmé jeudi dans un communiqué que les hommes du Séléka "ont pris pour cible et tué au moins 40 civils et ont intentionnellement détruit 34 villages ou villes depuis février".

Les habitants exaspérés continuent eux aussi à pointer du doigt les anciens rebelles comme responsables des incidents.

"Ils défient toute hiérarchie et donnent uniquement allégeance à leur chef militaire (...) ils refusent de se faire désarmer", ont déclaré les évêques dans un message lu le 23 juin lors d'une messe solennelle à la Cathédrale Notre Dame de Bangui.

Les critiques se font entendre jusque dans les rangs des Séléka, un regroupement de plusieurs ex rébellions de cette ancienne colonie française.

Plusieurs cadres du mouvement, parmi lesquels une importante figure, le général Mohamed Dhaffane, ont demandé jeudi l'ouverture d'un "dialogue inter-Séléka". 

Ils fustigent "la marginalisation de la plus importante frange des combattants et militaires de Séléka", ainsi que la poursuite "des braquages, de pillages et autres graves exactions".

Sévère pénurie alimentaire

"Il faut dire que les choses s'accumulent", souligne Vincent Pouget: "Les fonctionnaires ne sont pas payés, les porteurs d'armes ne sont pas payés, et ça fait plus de trois mois que ça dure. Tant que des fonds ne seront pas débloqués, cela ne pourra pas s'arranger".

Depuis la prise de Bangui par le Séléka le 24 mars, et la fuite du président Bozizé, le nouveau pouvoir peine à remettre en route une économie exsangue.

Le coup de force n'a fait qu'aggraver la situation car la Centrafrique, qui a connu depuis son indépendance en 1960 une longue série de coups d'Etat, rébellions et mutineries, était déjà l'un des pays plus pauvres de la planète malgré la richesse de son sous-sol (uranium, diamants, or, pétrole...) encore inexploitée.

En attendant, une grave crise humanitaire sévit sur l'ensemble du territoire, disent les ONG. Selon un communiqué signé par plusieurs ONG dont Action contre la faim, Save the Children ou encore le Secours catholique, elle affecte "toute la population de Centrafrique, 4,6 millions de personnes".

Selon elles, "plus de 60.000 enfants et familles souffrent d'une sévère pénurie alimentaire", et "plus de 200.000 enfants et familles ont été forcés de fuir leurs habitations ces six derniers mois et ont besoin de logements d'urgence, de nourriture et de soins médicaux".

"L'ONU estime que la RCA (la République centrafricaine) a besoin d'environ 97 millions d'euros d'aide, mais les dons reçus ne couvrent pour l'instant que 43 % de ces besoins", rappelle le communiqué.

"La situation a beau être catastrophique, la communauté internationale porte très peu d'attention à ce pays", résume Isabelle Le Gall.

AFP

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