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Somalie: Cheikh Aweys, figure des shebab, arrêté

Cheikh Hassan Dahir Aweys, figure historique des islamistes en Somalie et leader des shebab, a été arrêté ce weekend alors qu'il tentait de négocier son retour à Mogadiscio, nouvel épisode de la désintégration du leadership du groupe jihadiste.

Cheikh Aweys a été interpellé samedi par les forces de sécurité gouvernementales à sa descente d'avion sur le tarmac de l'aéroport de la capitale somalienne.

"Il y a eu une vive dispute, ça a tourné à la bagarre entre des membres des forces de sécurité et la délégation de cheikh Aweys qui a été arrêté", a indiqué à l'AFP un officier de police.

Son avion venait d'atterrir en provenance d'Adado (centre), capitale de la région autonome d'Himan et Heeb. Le leader islamiste s'y était réfugié après des affrontements dans le courant du mois avec une faction rivale des shebab, plus au sud dans le port de Barawe.

Selon l'un de ses proches, Aweys avait accepté de venir à Mogadiscio après la promesse de négociations avec le gouvernement. Un avion spécial, avec à son bord plusieurs membres de son influent clan Hawiye-Ayr, avait été affrété depuis la capitale pour l'escorter.

"Le gouvernement n'a pas respecté ses promesses en arrêtant cheikh Aweys. Ils ont aussi humilié les députés qui l'ont convaincu de venir à Mogadiscio", a accusé Yusuf Mohamed Siyad, un ancien ministre de la Défense et frère de clan.

Stratège rusé et politique

Visé par des sanctions américaines et de l'ONU en raison de ses liens avec le terrorisme, Cheikh Aweys, -quasi septuagénaire ou octogénaire selon les sources- est un leader historique du mouvement islamiste de Somalie.

Stratège, rusé et très politique, Aweys était l'un des principaux chefs des shebab, au côté du chef suprême du groupe, Ahmed Abdi Godane, dont il défiait ouvertement l'autorité depuis près d'un an.

Il fut le chef de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) qui contrôla la majeure partie du pays, dont Mogadiscio, durant le deuxième semestre 2006 avant d'être écrasé fin décembre 2006 en quelques jours par les troupes éthiopiennes entrées en Somalie.

Un moment réfugié en Erythrée, ennemie jurée de l'Ethiopie, Aweys avait pris la tête du mouvement Hizb al-Islam, qu'il avait ensuite fusionné en 2010 avec les shebab, issus de la frange la plus radicale de l'UTI.

Après avoir contrôlé la quasi-totalité du sud et du centre du pays, ainsi que près de 80% de Mogadiscio, les shebab avaient été chassés de la capitale en août 2011 par une force africaine (l'Amisom).

Aujourd'hui défaits, ils ont perdu la totalité de leurs bastions du sud et du centre somaliens, mais y contrôlent toujours de larges zones rurales, d'où ils mènent actions de guérilla et sanglants attentats.

Avec les revers militaires, les divisions à la tête des shebab ont progressivement éclaté au grand jour. Le mouvement est aujourd'hui divisé en plusieurs factions rivales, sur des lignes de fracture religieuses, idéologiques et claniques.

Ces divisions se cristallisent autour de la question du jihad mondial, ligne défendue par Godane avec le soutien des volontaires étrangers, face aux tenants d'un agenda plus nationaliste.

Une "nuit des longs couteaux" somalienne

Samedi, la principale faction shebab, dirigée par Godane, a annoncé la mort de deux autres chefs du groupe, Ibrahim Haji Jama Mead, plus connu sous le nom d'al-Afghani (l'Afghan), et Abul Hamid Hashi Olhayi.

Selon un porte-parole shebab, ils ont été tués alors qu'ils résistaient à leur arrestation par des combattants islamistes. Selon leur famille, ils ont en fait été exécutés par les hommes de Godane.

Al-Afghani, auparavant à la tête des shebab dans la région de Juba (sud), serait l'auteur d'un courrier destiné au chef d'al-Qaïda Ayman al-Zawahiri, critiquant le commandement de Godane.

Pour neutraliser ses opposants, Ahmed Abdi Godane -dont la tête est mise à prix 7 millions de dollars par les Etats Unis- a ordonné il y a environ un mois l'arrestation de la dizaine de leaders shebab qui contestent son autorité.

Le 20 juin, de violents affrontements ont opposé les partisans de Godane à ses rivaux dans le port de Barawe (sud), l'une des quelques localités d'importance encore sous contrôle islamiste.

Selon des sources sécuritaires somaliennes, ces combats -au cours desquels al-Afghani a été tué- se sont soldés par la défaite des factions nationalistes ou "modérées".

Cheikh Aweys a alors pris la fuite vers Adado. Moktar Robow, autre leader emblèmatique des shebab, a quant à lui trouvé refuge dans sa région du Sud-Bakool, place-forte de son clan Rahanweyn.

La désagrégation du leadership shebab ne signifie cependant pas nécessairement la fin de la milice islamiste, mettent en garde des analystes.

Cette recomposition en cours correspond à une évolution: les shebab ne contrôlent plus la majorité du pays. Ils se mettent désormais en ordre de bataille "pour rendre la Somalie ingouvernable", prévient le South Africa's Institute for Security Studies (ISS).

AFP

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