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A 10 jours du Ramadhan, «Alger s’éveille la nuit»

Des bus jusqu'à 1h du matin, de nouvelles salles de ciné, des patrouilles pour la sécurité... L'opération de redynamisation du centre-ville a commencé avec l'ouverture des terrasses tard la nuit. «Il faut mettre fin à l'anarchie urbaine qui règne au centre-ville ! Le ravalement de façades a été effectué après discussions avec les commerçants. Il est important pour nous d'intégrer la communication dans notre programme plutôt que la mise en demeure, nous devons travailler main dans la main. Le noir et le blanc, c'est pour l'harmonie et surtout pour retrouver les couleurs originelles de ces bâtisses. Sur les grandes artères, les travaux sont finis à 80%, et d'ici la fin de l'année, tout le centre-ville d'Alger aura des façades flambant neuves», nous apprend Hakim Bettache, président de l'APC d'Alger-Centre. Les nouvelles façades ne constituent qu'une mesure de redynamisation du centre-ville, au même titre que l'invitation faite aux gérants des terrasses de café et des commerces d'ouvrir jusqu'à 1h du matin. Les deux mesures ne font pas que des heureux. «Ravaler notre façade nous a coûté plus de 600 000 DA et nous aurions apprécié une aide symbolique de la mairie», nous confie une opticienne du centre-ville, alors qu'un serveur, officiant dans l'une des terrasses du centre-ville, fustige légèrement les nouvelles mesures. «Cela fait un mois que nous ouvrons tous les soirs jusqu'à 1h et le résultat est nul, peu de clientèle, une opération pas du tout rentable pour nous parce que les gens ont encore peur.» Hakim Bettache est conscient du problème, mais compte toutefois sur le mois de Ramadhan pour que le rythme de la vie nocturne s'inscrive durablement chez les Algérois. «Il est normal que la réponse ne soit pas tout de suite exceptionnelle, mais avec le temps et les efforts mis en place par l'APC et la wilaya, ce projet ne peut être qu'un succès.» Et de poursuivre : «Une annonce imminente de l'ETUSA devrait confirmer la prolongation de certaines lignes de bus jusqu'à 1h du matin, alors que des parcmètres seront installés dans vingt jours sur les boulevards Abane Ramdane et Mohammed V avant de les généraliser à l'ensemble de la commune» dans le but de faciliter l'accès au centre-ville, problème régulièrement décrié par les habitants de la capitale. La mairie d'Alger compte en outre sur «un programme culturel et sportif très riche. D'ici fin juillet, les salles de cinéma Casino et Algeria rouvriront leurs portes au grand public, avec des séances prévues jusqu'à 1h du matin, et ce, pas seulement durant le mois de Ramadhan ou l'été, mais pour toute l'année. Un festival du rire est aussi en préparation et les jardins seront concernés eux aussi par les horaires de nuit». Il sera ainsi possible aux Algérois de pratiquer du beach-volley en soirée, près de la Grande-Poste, entre le 6 et le 12 juillet. Autant de raisons qui mènent le maire à se dire «optimiste». Réticences Un commerçant dans le prêt-à-porter promet d'être «prêt à ouvrir sans relâche, à mettre en place une équipe de nuit s'il le faut, si la clientèle est au rendez-vous, et avec tous les efforts fournis, elle le sera sûrement». Seulement, les citoyens interrogés soulèvent deux problèmes rédhibitoires. Tout d'abord, celui de la sécurité. «Passé 18h, je ne me sens pas à l'aise dans les rues du centre-ville, donc il est difficile pour moi de m'imaginer ici en pleine nuit, en famille par exemple. Il faut miser sur la sécurité, quitte à en faire trop», nous confie une jeune fille d'environ 24 ans, à la place Audin. Un leitmotiv aussi du côté des commerçants qui ne remarquent pas de changements sur ce plan précis : «Pour l'instant, rien de spécial, on ne se sent pas plus à l'aise, surtout passé 20h, pourtant le problème a été soulevé avec le PAPC.» Ce dernier assure néanmoins que le nombre de patrouilles a augmenté et sera encore renforcé à partir du mois de juillet, pour la tranquillité de tous. Le second est celui des immondices qui jonchent les rues de la capitale, y compris les grandes artères et qui gênent la population. «C'est insupportable de marcher et de devoir écarter du pied des détritus en permanence, si on veut faire d'Alger une ville touristique de jour comme de nuit, il faudrait sûrement commencer par là», conseille une résidente du centre-ville, la cinquantaine. Un problème profond auquel compte s'atteler la municipalité également puisqu'une première opération d'assainissement a eu lieu il y a deux semaines et a permis de recueillir «plus de 1600 tonnes de détritus de tous genres. Une seconde opération du genre est prévue avant le Ramadhan. De plus, 700 poubelles supplémentaires ont été installées dans le centre-ville pour un montant de plus de 8 millions de dinars. Deux citernes ont été installées pour nettoyer chaque jour les rues et deux autres devraient compléter le dispositif. Nous réfléchissons également à la mise en place du tri sélectif à la rentrée 2013, mais cela doit s'accompagner d'une sensibilisation. L'objectif est de faire du centre-ville, un endroit parfaitement propre d'ici 2014».