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Sellal se prépare à assurer la survie du régime

Il est l'un des hommes politiques qu'on entend le plus actuellement. Le président de Jil Jadid revient sur les conséquences de la maladie du Président et dresse un tableau sombre de la situation de l'Algérie, après quatorze ans de politique menée par Bouteflika. -Qui gouverne l'Algérie aujourd'hui ? Ce qui est clair, c'est qu'aujourd'hui, le président Bouteflika ne gouverne pas, car il ne peut plus le faire. Et quand le Premier ministre Sellal affirme qu'il a eu une discussion de deux heures avec le Président, cela relève de la pure affabulation. Nous assistons à la mise en place d'une forme de pouvoir éclatée où règne un désordre lancinant, avec probablement des centres de pouvoir différents et éparpillés. Ajouter à cela l'absence d'une force qui peut induire le flux décisionnel et vous avez un pays gravement en danger. Actuellement, nous sommes dans une sorte d'inter-zone où les grandes décisions importantes ne peuvent pas être prises. Ceci est dû à l'amendement anticonstitutionnel de 2008 qui a permis une  concentration de tous les pouvoirs entre les mains du chef de l'Etat. Cela a entraîné le pays vers la gouvernance d'un homme et non plus des institutions. C'est pour cela que je pense que l'Algérie a besoin aujourd'hui d'un pouvoir fort, pragmatique et qui sache défendre les intérêts du pays. -Qui peut incarner ce pouvoir fort ?   Cela ne peut être qu'un pouvoir légitime issu des urnes. Malheureusement, depuis trois mandats, Bouteflika n'a eu de cesse de bloquer toute vie politique, ce qui a eu pour conséquence une désertification de la classe politique. Nous allons le payer très cher. Car on constate une revitalisation des anciennes fractures de la société algérienne : le régionalisme, le développement d'une forme d'ethnisme, mais également des fractures idéologiques. Ces divisions touchent même les institutions du pays, et j'en veux pour preuve ce qui se passe au sein du Conseil constitutionnel où certains membres se rebellent. -Le Premier ministre est sur tous les fronts. Pensez-vous qu'il est déjà en campagne pour la présidentiellea de 2014 ? Tout est possible. Il est légitime de penser que M. Sellal se prépare à assurer la survie du régime. Mais il est aussi possible de penser que le Premier ministre est au four et au moulin pour occuper le terrain et faire oublier la vacance de l'institution présidentielle. Les deux options se complètent dans les faits. Le pouvoir a besoin d'un éventuel homme du «consensus». Peut-être répond-il aux critères du régime, mais la question essentielle est de savoir s'il répond aux besoins de l'Algérie ? -Il y a une loi des finances complémentaire qui doit être signée prochainement, alors que le Président est toujours absent... Je crois très sérieusement qu'il faudra s'habituer à voir les institutions fonctionner sans la présence effective du Président. L'application immédiate de l'article 88 ne correspond pas, à l'évidence, aux v½ux du clan présidentiel qui veut prolonger au maximum son emprise sur l'Etat. Il trouvera alors tous les artifices pour combler un vide qui devient très lourd pour le pays. Voyez comment toutes les décisions qui sont annoncées au fur et à mesure étaient, semble t-il, toutes prises un certain 11 juin aux Invalides. -Pensez-vous que c'est l'institution militaire qui bloque l'application de l'article 88 de la Constitution ? Je n'en sais strictement rien. Concernant la mise en application de l'article 88, je vois plusieurs raisons qui font obstacle. Appliquer maintenant la Constitution signifie que M. Belaïz brise un lien psychologique vis-à-vis de celui qui l'a «fait». J'en doute fort. Par ailleurs, le clan présidentiel peut jouer sur le fait qu'en soixante jours, il est difficile pour le pays d'affronter l'élection présidentielle qui sera cruciale. Le président Bouteflika a fait le vide politique, il a sciemment empêché l'émergence de toute classe politique crédible et cela depuis quatorze ans. Son AVC a faussé tous les calculs, mais cela n'effacera pas la facture. Car, bien sûr, il y a une facture que les Algériens devront payer. Un pays mal gouverné où les intérêts privés ont été au centre de l'action de l'Etat, où le jeu politique était verrouillé, l'éducation de toute une génération prodiguée au rabais, une université délabrée, une élite intellectuelle vassalisée... Le Président est malade, il est incapable de gouverner et la vacance devrait être constatée. Mais l'Algérie n'est pas en état de supporter l'application de l'article 88 dans l'immédiat. Voilà où nous a menés la politique de M. Bouteflika. En 2008, j'avais, au fond de moi, l'espoir que l'institution militaire dise «non» à cette forfaiture, car s'en est une. Hélas, je crois qu'elle avait été tellement culpabilisée pour ses précédentes interventions et surtout par la menace sournoise de faire appel aux puissances étrangères à travers le TPI que celle-ci s'est trouvée prisonnière d'un formalisme absurde. Finalement, j'ai bien peur que l'on doive prendre notre mal en patience et attendre avril 2014 pour avoir de nouveau un président de la République. -La situation actuelle de l'Algérie n'est-elle pas comparable à celle qu'a connue la Tunisie à la fin du règne de Bourguiba ? Non, je ne le crois pas. J'espère que ce n'est pas le rôle de «Benali» que voudrait prendre M. Sellal ! Mais plus sérieusement, les Algériens sont loin d'être dupes. Ils savent exactement où est leur intérêt. Malgré tout, une culture démocratique est en train de s'enraciner. La parole s'est libérée, la société civile, bien que peu visible, est d'une grande vitalité. Aujourd'hui, l'Algérie réclame du sang neuf, un discours novateur, une morale publique, des hommes politiques intègres qui aiment leur pays et qui ne veulent pas le réduire à une vache à traire ou à un pays de transit... Les Algériens ne supporteront plus les jeux de coulisses, les complicités et les lobbies familiaux. -Plusieurs candidats à la présidentielle sont évoqués dans la presse. A qui votre parti pourrait apporter son soutien ? Humainement, je partage plusieurs choses avec des personnalités citées par la presse. En revanche, et même si les candidats ne se sont pas encore déclarés, je ne vois pas de programme politique novateur qui soulève l'enthousiasme. -Serez-vous candidat à la prochaine présidentielle ? C'est au peuple de le vouloir. 

El Watan

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