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Réconciliation au sein de l’Armée : LE GRAND PARDON

Au cours d'une émouvante cérémonie le président de la République a annoncé la libération sans délai de toutes les personnes détenues dans le cadre de ce contentieux

« La rencontre et l’écoute de l’autre sont toujours plus enrichissantes, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait: il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontrent jamais. « LA » vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l’autre… », écrit Amadou Hampâté Bâ dans une « Lettre à la jeunesse ». Faisant sien cet enseignement, le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré a réuni hier dans le hall du secrétariat général de la présidence à Koulouba, bérets rouges et bérets verts, pour officialiser l'enterrement de la hache de guerre. Et pour annoncer une bonne nouvelle : la libération sans délai de tous les détenus de ce douloureux affrontement fratricide.

Même si le calme est revenu dans les casernes depuis quelques mois déjà, le chef suprême des Armées a jugé utile de prendre la communauté nationale et internationale à témoin. Dans la salle, personne n'a manqué à l'appel de Dioncounda Traoré. Le Premier ministre en tête, une dizaine de membres du gouvernement, le président du Comité militaire de suivi des reformes des forces armées et de sécurité, le capitaine Amadou Aya Sanogo, les présidents des institutions de la Républiques, les responsables des confessions religieuses, les chefs des services militaires et paramilitaires ainsi que les représentants des familles fondatrices de Bamako – Niaré, Touré, Dravé – ont assisté à cette cérémonie de « pardon » chargée d'émotion et présidée par Dioncounda Traoré lui même.

C'est le président de la Commission dialogue et réconciliation qui a pris la parole en premier, posant ainsi l'acte inaugural du long processus de réconciliation qui l'attend. « Si la guerre a été nécessaire pour jeter hors de nos frontières tous les jihadistes, trafiquants et autres bandits armés, le dialogue s'impose désormais pour nous rapprocher les uns aux autres et guider nos pas vers un destin commun », a jugé Mohamed Salia Sokona qui a vu en la cérémonie « le signe d'un retour définitif de la paix ».

Après cet appel au dialogue et au bannissement du conflit, le capitaine Amadou Aya Sanogo lui succéda au pupitre. Il salua d'abord l'attachement du président de la République au bien-être et la cohésion des hommes et femmes porteurs d'uniforme. Effectivement, admet-il, il y a quelques mois, « des incompréhensions et des divergences de point de vue délibérément amplifiées par certains avaient opposé ceux qui par devoir et fraternité d'armes, doivent ½uvrer comme un seul homme pour défendre la mère patrie ». Le capitaine Sanogo pour qui ce malheureux épisode n'est qu'un « accident de parcours », a solennellement demandé « pardon  à la communauté malienne ». Il s'agit, assure-t-il, d'un pardon sincère à l'endroit de toute personne affectée par cet incident qui a opposé les militaires.

« Avant l'uniforme, nous sommes des humains et nous commettons des erreurs mais pas de façon délibérée. Et nous osons croire que nos excuses seront acceptées », a espéré le président du comité militaire de reforme des forces armées et de sécurité qui a donné l'assurance que les divergences appartiennent désormais au passé. Il enchaine : «  la seule chose qui vaille est de donner au Mali des forces de défense républicaines ». Aussi, il saisira l'occasion pour « rendre un hommage mérité aux hommes et aux femmes qui, dans des conditions climatiques difficiles, sont en train de se battre dans les zones nord du pays pour la gloire de notre pays ».

« Si je vous ai appelé cet après midi, c'est pour qu'ensemble, nous puissions continuer de parler du Mali, d'agir pour le Mali. Frères et s½urs, neveux et nièces, je vous ai appelés pour que nous nous donnions la main. Je vous ai appelés pour vous demander que nous resserrions nos liens pour qu'entre Maliens, la mésentente fasse place à l'entente et à la complicité  pour un Mali au dessus de tout », a expliqué sur un ton émouvant, le président Traoré à l'assistance. Pour lui, l'histoire récente conforte la croyance selon laquelle le Mali peut s'échauffer mais ne brûle pas, le Mali peut trébucher mais ne tombe pas, le Mali peut tanguer mais il ne saurait chavirer.

Rappelant le devoir de cette génération de conserver cette assurance, le président de la République a répété ce qu'il avait énoncé en d'autres circonstances : il y a un moment pour tout. « Il y a un moment pour nos projets personnels, mais il y a un moment pour le Mali et c'est maintenant », a-t-il réitéré en recommandant : « nous devons tous y contribuer parce que c'est la condition pour notre équilibre en tant que nation et pour notre avenir si nous voulons que celui-ci soit radieux pour nos enfants et nos petits enfants ». 

« Ce que demande le Mali n'est pas au dessus de nos capacités, ce que demande le Mali, c'est que nous ayons l'humilité de demander pardon et la grandeur de pardonner : le pardon pour l'offense qui nous est faite, le pardon pour l'offense que nous avons faite parce que nous sommes rien», a préconisé Dioncounda Traoré avant de prêcher : « nous sommes infiniment petits par rapport à l'infinité du temps et de l'espace. Dieu n'est pas là où il y a la haine, Il n'est pas là où il n'y a pas de sincérité. Dieu n'est pas là où se trouvent la démesure et la surenchère. Dieu n'est pas là où l'homme ne peut pas pardonner à l'homme ».

Prenant l'assistance à témoin, Dioncounda Traoré a réitéré ce qu'il avait dit un an plutôt : « Pour le Mali, je pardonne sincèrement pour  l'offense qui m'a été faite et demande humblement pardon pour le mal que j'ai pu faire dans l'exercice de mes fonctions ». Il peut alors demander aussi que les enfants de ce pays se pardonnent, en commençant par les bérets verts et les bérets rouges. Le président de la République a annoncé la libération sans délai de toutes les personnes détenues dans le cadre de ce contentieux avant de s'engager à ½uvrer sans relâche pour la consolidation de la réconciliation au sein des forces de défense et de sécurité.

Pour le symbole, le capitaine Amadou Aya Sanogo et le lieutenant colonel Moussa Traoré des bérets rouges, se sont serré la main devant le chef suprême des Armées. Ensuite, deux garçons coiffés d'un béret rouge et d'un vert, se sont donnés l'accolade sous un tonnerre d'applaudissements.

La cérémonie du pardon s'est achevée par des prières des chefs religieux pour le retour de la paix dans les casernes et dans le tout le pays. Parmi eux, Mahmoud Dicko du Haut conseil islamique, qui a rappelé que « le pardon n'est pas un simple discours mais un comportement de tous les jours ».

A. M. CISSE

L'essor

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