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Libre Tribune : L’ÉCOLE DES FILLES

Les filles sont formatées. Je sais que cette affirmation, en plus faite par une fille, va me valoir des menaces d’être boycottée de la liste des ventes privées, mais foi de journaliste, il faut dire la vérité ! On est dans nos têtes des princesses à iPhone, qui se doivent d’être inaccessibles, injoignables, indisponibles, sous peine de perdre toute dignité, et de finir par être exportée en Russie pour tourisme sexuel de sexagénaires impotents. Aux yeux des mecs, nous sommes des chieuses, qui sommes toujours dans l’attente de nouvelles, prêtes à criser, à les lacérer de nos ongles manucurés, s'ils omettent de nous appeler dans un délai de 26h. Voilà ce que le couple est devenu, Alcatraz. Non seulement le couple, mais plus encore l’étape post rencontre. Dès qu’un mec nous plait, on se formate. Escouades de copines à la rescousse, on se met alors « on hold », comme si l’homme devait tout faire pour pouvoir justifier de ses intentions.

Les rapports s’équilibrent puisqu’on est de plus en plus égaux, et pourtant on continue à rechercher un lead de l’homme dans la relation. Qu’en est-il de la parité dans les prémices de la relation ? Est-ce qu’on doit toujours rester prostrée, le pouce courbaturé et tendu, sans envoyer un seul texto sous prétexte qu’on est une fille, et qu’un gars à qui on plait se doit de faire le premier pas ? En quoi ce premier pas est-il vraiment significatif d’ailleurs ? Quand Dexter envoie un texto à une fille, ça peut vouloir dire qu’elle lui plaît, mais aussi tout simplement qu’il compte l’entraîner dans un recoin sombre pour lui planter sa lame. Car un mec, comme bon nombre de sondés interrogés pour cet article de haute voltige l’ont souligné, n’a pour première intention quand il rencontre une fille de lui lire un bouquin de Guillaume Musso au coucher de soleil. Nop. Donc, s’il envoie ce fameux texto, certes il a envie de vous voir (merci bien, vous avez un miroir donc ça serait grave qu’il n’en ait pas envie le morveux), mais alors ? Vous pensez qu’il veut vous présenter sa mère ? Cessez de bondir de joie.

Pour évaluer si un mec vous veut pour autre chose que Disneyland sur matelas, il n’y a pas 36 solutions. La vieille école : le faire patienter, le laisser venir, ne pas répondre trop vite, ne pas céder physiquement avant je ne sais combien de mois. Résultat escompté ? Un gars qui vous veut vraiment restera, l’autre en aura marre. En gros, salut les copines, vous avez dégotté un harceleur, ou un mec qui marche au challenge. Le danger ? Qu’il se tire une fois qu’il a “gagné”. Et cette situation, c’est le old school style qui l’a crée. Deuxième solution : le fitting. Appelé également le suicide sentimental assumé. En clair, vous faites ce dont vous avez envie. Vous voulez le voir, vous lui proposez, ça va plus loin, vous appréciez aussi, il appelle vous répondez, sauf si vous êtes en réu avec Obama. Et là, vous testez vraiment. Certes y’a une chance que le gars soit un croisé salopard, ou un mec bien. Vous ne le saurez qu’en testant vraiment.

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Donc, le pauvre homme, oui parfaitement, a non seulement la responsabilité de nous prouver qu’on lui plait en nous harcelant par tous les moyens possibles, twitter, facebook, mms, sms, ntm, mais en plus il doit se préparer psycholigiquement à rentrer dans une relation. Ah ce mot. Perçu par nos pairs à nos trois jambes comme un remix peu folichon de Tazmamart. “Si c’est une fille bien (concept à définir), alors il faut que je sois correct”. Ce qui signifie que le pauvre animal va se sentir obligé, post rendez-vous, de donner des nouvelles régulièrement, sans spontanéité forcément, pour répondre aux standards qu’on a imposé via nos affirmations multiples guidées par une seule angoisse : qu’il se foute de notre gueule. Donc, pour pallier à cette angoisse, on croit bon de faire une bande annonce : attention, moi on ne me traite pas comme ça, je ne suis pas un kleenex. En général le mec comprend qu’il doit soit investir autant que dans une banque allemande (les seules solides de nos jours), soit prendre ses Nike au plus vite. Le mythe du salaud est devenu un postulat, et pour les éviter on se mue en dictatrice des sentiments, avec des exigences qui requièrent un forfait platinium chez Meditel.

Conséquence dans la tête de nos homologues poilus : avec une fille il n’y pas de QCM, c’est soit one shot- disparition-je change de numéro  soit relation fucking serious. Certains sont adeptes de la chieuse et du couple fusionnel bouboumimouroutoutou, d’autres redoutent ce terme qui aujourd’hui évoque plus les prises de tête que les roulades de bonheur. Pourtant, n’est-ce pas agréable de miser juste sur la sincérité et la spontanéité? Car, breaking news, les gars, il existe des nanas sur cette planète qui ont été formatées de force. Tout à fait. Qui n’en ont rien à foutre de recevoir des textos mielleux au réveil, chaque jour, comme un métronome. Qui préfèrent de loin vaquer à leurs occupations multiples, bosser, faire du shopping (la rébellion au formatage à ses limites), et recevoir comme envoyer des textos, inboxs, sms, mms, whatsapp, ta race, quand elles en ont envie.

Quand ça vient, c'est qu'à ce moment-là c’est vrai. Peu importe que ça soit une fois tous les 10 jours, quand ça arrive c’est pas du pipeau. Si les nanas sont des relous avec leurs principes d’anti-dotes au Smecta c’est qu’elles ont peur. Peur de vous, bandes d’ogres infâmes. Du coup, chaque texto les rassure, leur confirme que oui c’est bon elle vous plait vraiment et pas que de minuit à 6h du mat (bravo vous êtes endurants).

Et si on se le disait tout simplement ? Tu me plais, je te plais, et c’est bon. Plus besoin de se forcer à envoyer des messages rassurants, à flipper que la nana fasse un remake de feuilleton égyptien à chaque omission d’appel, d’inventer des “plus de batterie” et “je me suis fait écraser par un âne à Hay Hassani”. Le couple peut être, si la conception convient aux deux personnes, donc à celles qui ne rêvent pas d’être un hotdog (la fille c’est le pain), un partage de moments quand l’envie y est. Car, on a chacun sa vie, son individualité, son boulot, ses potes, qu’on peut partager, mais pas forcément tous les soirs, parce que «on n'a pas le choix c’est ça le couple ».

Et si le couple, c’était juste s’aimer tranquillement dans ces vies de fous où on court partout, se retrouver quand on peut, entre deux réunions et deux conf call ? Parce qu’on en a vraiment envie, pas parce que si tu l’invites pas au Cabestan une fois par semaine elle va t’épiler les poils du torse à la fourchette. Si les mecs sont des salauds à l’école des filles, qu’il faut détecter, mater, contrôler, dompter, les filles sont des sacrées emmerdeuses.

Vous vous demandez pourquoi tant de filles sont seules ? Parce que les mecs pensent qu’aimer c’est non seulement offrir sa virilité (définition : sauter de string en string jusqu’à que la mort ou l’impuissance les sépare) au hachoir, mais aussi devoir rendre des comptes, et ne revoir la liberté qu’en statue (et pendant un voyage à deux en plus). Quand les nanas arrêteront d’exiger pour faire croire qu’elles sont respectables en croyant se préserver des CI (connards invétérés), en supposant qu’un code de conduite bien défini leur permettra de les déceler, les mecs auront peut être plus envie de rappeler et de ne pas immigrer au Pérou après une nuit passée à faire des triples saltos en caleçon Calvin Klein (ou sans).

Parce que notre société nous impose à nous les filles d’afficher des attitudes codifiées pour surtout ne pas passer pour une fille facile (bordel ça n’existe pas, y’a que des filles compliquées) pour pouvoir dénicher le bon mec, celui qui va supporter toutes ses conneries, on devient des clones, des nanas bourrées de principes, dopées aux mags féminins, qui finissent par regarder leur téléphone en se disant “mais pourquoi il rappelle pas”.  Vous vous posez encore la question ? Si j’étais un mec, j’appellerais pas non plus. J’enverrais un texto disant que je n’ai plus de batterie, désolé.

ST

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