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Mohamed Morsi lors de sa victoire à l'élection présidentielle le 29 juin 2012. REUTERS/Amr Abdallah
Mohamed Morsi lors de sa victoire à l'élection présidentielle le 29 juin 2012. REUTERS/Amr Abdallah

Egypte: les Frères musulmans ont failli

A l'aube des grandes manifestations prévues le 30 juin prochain, le président islamiste admet avoir fait des erreurs.

Mohamed Morsi est faillible. Dans un long discours retransmis en direct, le 26 juin, le président islamiste admet avoir commis «beaucoup d’erreurs». A l’aube des manifestations prévues à l’occasion de l’anniversaire de son investiture, Morsi tente le tout pour le tout.

Avec ce discours fleuve, le Frère Morsi espère-t-il renverser le cours de l’histoire et éviter une bataille violente entre ses partisans et ses adversaires? Ce discours n’intervient-il pas trop tard?

 

Certes, le président islamiste a déclaré vouloir amorcer un dialogue avec l’opposition et les représentants d’al-Azhar et de l’Eglise copte, répondre aux pénuries de fioul, de pain, de gazole, de blé qui paralysent le pays depuis plusieurs mois, et donner une plus grande place aux jeunes, grands perdants de la transition.

Face à la pénurie d’essence, qui s’est manifestée par des files interminables devant les stations-services, le président a, entre autres, plaidé pour le retrait des licences des stations-services qui spéculent sur le dos des Égyptiens. Fellah (ouvriers agricoles), femmes, enfants, libéraux, jeunes, tous ont été interpellés par le président Morsi.

Mais la colère est là. Elle monte, déborde de jours en jours et ne demande qu’à sortir de son lit. Un nombre de plus en plus important d’Egyptiens subit cette crise de plein fouet. A l’épreuve du pouvoir, les Frères musulmans n’ont pas réussi à répondre à leurs attentes, nées de la révolution et de l’idée selon laquelle le pays prenait le chemin de la stabilité avec l’arrivée d’un président élu.

Un an plus tard, le pays est en panne, et les Frères musulmans peinent à faire redémarrer la machine. Les réserves en devises étrangères ont été épuisées. Le déficit budgétaire sera de 12% cette année, et la livre dévaluée. Aucun ministre n’ose s’attaquer au système des subventions qui représente un quart du budget de l’Etat. L’Egypte donne l’impression de vivoter grâce aux prêts à fort intérêts accordés par le Qatar.

Un clan et le peuple

A cette faillite, s’ajoute également la conviction que rien n’a changé. Les Frères musulmans reproduisent le système économique qui prévalait sous l’ère Moubarak. Ce qui diffère, ce sont les têtes placées à la direction des administrations et des entreprises.

Au monopole des Moubarak et de leur système clientéliste succède un nouveau monopole étiqueté «Frères musulmans».

«En Egypte, il y a eu une révolution, mais pas de changement de politique économique, résume Samir Aïta, président du Cercle des économistes arabes. Après avoir gravi le sommet de l’Etat, les Frères musulmans n’ont pas régler les affaires douteuses de ventes d’avoirs égyptiens à l’étranger pratiquées par l’ancien régime. Le modèle économique que proposent les Frères est un capitalisme à outrance. L’Etat continue de se désengager de la chose publique: enseignement, santé, transports… Comme si les investissements directs étrangers allaient résoudre le problème.»

Cette absence de l’Etat dans les services publics tranche avec la stratégie des Frères: imposer la présence de leurs hommes dans toutes les institutions, avec plus ou moins de réussite. Récemment, l’on a vu les artistes envahir le ministère de la Culture pour contester le renvoi de la directrice de l’Opéra du Caire. Ils dénoncent la «frérisation» progressive de tous les rouages de l’Etat et de la société égyptienne. Les Frères placent leurs hommes comme le clan Moubarak favorisait leur clientèle.

Le cas du journal Al-Ahram est pour cela intéressant. Déficitaire, cette grande institution dont le budget repose principalement sur des subventions publiques, avait besoin d’être réformée. Or comment la crise a-t-elle été gérée?

«Les Frères ont placé leurs copains, un président et un rédacteur en chef. Ils n’ont finalement que creuser un peu plus le déficit», observe Samir Aïta.

La journée du 30 juin va-t-elle prendre la forme d’une apocalypse, comme le prédisent de nombreux activistes sur la toile? Tous les ingrédients de la crise politique sont en tous cas réunis: une hausse du déficit, une baisse des recettes, un taux de chômage endémique, une déception grandissante, une justice et une police auxquels les Égyptiens ne croient plus. L'Egypte est divisé. Les Frères ont failli.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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