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OBAMA N'EST PAS NOTRE FRERE, IL EST LE PRESIDENT DES USA! (Par Alymana Bathily)

Mémorandum d'un citoyen Africain aux Présidents Maky Sall, Jakaya Mirsho Kikwete et Jacob Zuma

« Bienvenue ! Bienvenu ! Bienvenue à la maison...."

C'est par ces mots que le Président John Atta Mills avait accueilli le Président Barck Obama lors de sa visite au Ghana le 10 Juillet 2009, pendant que le maitre de cérémonie déclamait : « l'Afrique accueille aujourd'hui un de ses illustres fils, le premier président noir des Etats Unis d'Afrique, Barack Obama... »

Et selon ce journaliste, le commentaire qu'on entendait partout à Accra ce jour là c'était : « Notre fils est là-bas, à la Maison Blanche, que Dieu nous bénisse ».

Cependant quelques cinq ans après cette visite, il en reste très peu de choses.
Les journalistes et les politiciens en auront retenu la diatribe contre les « hommes forts » et en faveur d'institutions fortes.
C'est que Barack Obama vient en Afrique, comme il va en Chine ou en Afghanistan par exemple, pour défendre les intérêts américains, comme il se doit, puisqu'il a été élu pour cela.

Discutez donc avec lui, à partir de ce postulat : que veulent donc les Etats Unis d'Amérique de l'Afrique ? Est ce bien compatible avec les intérêts bien compris de votre pays et de tout le continent ? Et comment les USA peuvent ils contribuer à nos projets, faire avancer nos intérêts ?

Gardez à l'esprit en effet que votre pays ne vaut que parce qu'il représente une partie de l'Afrique et qu'il ne gagnera rien en allant à l'encontre des intérêts stratégiques de l'ensemble du Continent.

De toute façon, vu de Washington, le Sénégal ou même la Tanzanie et l'Afrique du Sud n'ont d'intérêt que parce qu'ils se confondent dans cette entité géopolitique et stratégique qu'est l'Afrique.

S'il est de « bonne politique politicienne » de vendre à vos citoyens respectifs, votre stature d'homme d'Etat qu'Obama serait venu reconnaitre et de flatter vos concitoyens sur la côte de leur pays à l'aune des nations démocratiques, restez convaincus que ce qui est en jeu, et qui a déplacé M.Obama , c'est en réalité la situation et la place actuelle et future de l'Afrique sur l'échiquier mondial.

Or donc, il s'agit de parler d'intérêts.
Pour vous, pour l'Afrique : il s'agit bien entendu de développement et d'abord de sécurité.

La sécurité, précédant le développement et étant sa condition indispensable, comme le disait déjà Cheikh Anta Diop.
La Maison Blanche a publié en Juin 2012 un document intitulé « La Stratégie des Etats Unis d'Amérique en direction de l'Afrique Sub Saharienne » qui s'articule autour de 4 points : le renforcement des institutions démocratiques, le soutien à la croissance économique, au commerce et aux investissements, la promotion de la paix et de la sécurité et l'incitation au développement.
On pourrait donc postuler que les USA ont bien à c½ur les deux préoccupations essentielles de l'Afrique : la sécurité et le développement économique et social.

Vous pouvez donc, Excellences, aborder la discussion avec le Président des Etats Unis, comme avec un allié.
Je me permettrais cependant de vous exhorter à le faire en ayant à l'esprit la situation actuelle et les perspectives proches de l'Afrique, à vous défaire de toute langue de bois et à faire preuve de la franchise sans détour qui sied entre alliés.
Ainsi abordant les questions de sécurité, abordez carrément la situation du US AFRICOM.

Je crois que les Africains verraient d'un bon ½il que vous renouveliez le partenariat militaire dont l'Afrique toute entière a convenu avec cette organisation depuis sa création en 2007, pour appuyer la formation des armées et contribuer à la demande des Etats à leur sécurité, notamment sur mer.

Ceci est particulièrement bienvenu au moment où, la piraterie maritime que l'AFRICOM a contribué à réduire dans l'Océan Indien, connait en ce moment un développement inquiétant dans le Golfe de Guinée.

Cependant, la collaboration de l'Afrique avec AFRICOM ne saurait être considérée comme une alliance militaire de bloc, exclusive avec les Etats Unis ou avec l'OTAN au détriment des autres puissances militaires, que ce soit la Russie, la Chine ou la France par exemple.

C'est pour cela, Excellences, que vous devrez rappeler l'opposition de l'Afrique à abriter l'AFRICOM sur le continent. Cette position a été exprimée à plusieurs reprises notamment par le Nigeria, l'Afrique du Sud et la Lybie. Et si l'Ethiopie de Meles Zenawi et le Liberia de Madame Sirleaf ont exprimé leur accord pour l'abriter éventuellement, il convient d'indiquer clairement à M.Obama que l'Union Africaine s'opposera à ces initiatives.

Excellence, votre engagement clair et franc à continuer de mettre en ½uvre une coopération militaire bien pensée entre les USA et l'Amérique et non pas à arrimer notre continent à la stratégie militaire US doit s'étendre, à la stratégie dite de « lilly pads », qui porte l'empreinte particulière du Président Obama. Il s'agit, de substituer aux énormes bases militaires, du type par exemple de celle de Guantanamo à Cuba ou d'Okinawa au Japon, de petites installations, légères, équipées des dernières technologies, dont la mobilité permet des déplacements faciles et des interventions éclairs.
Or s'allier à cette stratégie, reviendrait à la prendre en compte, à choisir les Etats Unis contre la Chine, la France ou la Russie par exemple.

Or la nouvelle politique militaire Africaine sera de refuser toute installation étrangère, y compris celle des bases française dans les pays francophones.

Abordant la question du développement économique, il ne sera pas inutile de vous rappeler que M.Obama lui-même indiquait récemment que l'Afrique dont le PIB en 2011 s'est élevé à 1.5 milliard de dollars américains (trilions) pourrait être le prochain miracle économique, qu'elle abrite 6 des 10 économies les plus performantes au monde et que déjà des millions d'Africains sortent de l'extrême pauvreté chaque année.

Il faudra indiquer que les Etats Unis d'Afrique n'ont jamais eu jusque présent de véritable politique en direction de l'Afrique, comme ils en ont en direction par exemple de l'Europe, de l'Amérique Latine ou de la Chine, leurs interventions se limitant à la lutte contre l'influence communiste pendant la guerre froide et après à « l'aide », à la lutte contre le VIH SIDA et au combat contre le terrorisme international.

Même les initiatives du Président Bush que les Africains ont reconnu comme le Président américain qui s'est le plus préoccupé de l'Afrique, s'inscrivent dans ce schéma. Il est vrai qu'il augmenté considérablement augmenté l'aide bilatérale américaine en direction de l'Afrique, accru le financement de la lutte contre le VIH SIDA en Afrique et instauré à travers le Millenium Challenge Corporation (MCC), un mécanisme innovant de financement du développement, car venant en prime à la démocratie et à la bonne gouvernance....

Il est vrai le Président Clinton avait fait adopté dés 2000, vers la fin de son second mandat une loi portant création de l'AGOA (African Growth and Opportunity Act) qui se donnait comme objectif de stimuler les échanges commerciaux entre l'Afrique et les Etats Unis, en détaxant des milliers de produits africains de droits d'entrée dans le marché américain.
Mais cette initiative qui a été continuée sous l'administration Bush et qui est encore en vigueur a eu très peu d'effet pour être considérée comme une véritable rupture.

Je crois que le Président Obama est convaincu qu'il convient à présent de mettre en ½uvre une véritable stratégie d'appui pour répondre à la demande du développement de l'Afrique.

L'administration du Président Obama, a lancé en Novembre 2011, en Afrique du Sud la Campagne « Doing Business in Africa » qu'elle a ensuite présenté à quelques autres pays, notamment le Kenya et le Nigeria.

Cette campagne qui porte aussi bien sur le soutien au financement de l'entreprise privée, à la stimulation d'échanges commerciaux diversifiés, il intègre en somme l'AGOA à l'incitation à l'investissement direct.

Ne devriez-vous pas convaincre M. Obama d'en faire plus qu'une « campagne » en direction de quelques pays mais la stratégie globale, en direction de toute l'Afrique.

Il suffirait que vous ajoutiez une composante pour imposer, dans l'esprit de l'engagement du récent G8 , la transparence sur les transactions des entreprises américaines, d'adopter des dispositions pour contrôler les transferts illégaux de capitaux hors d'Afrique et le blanchissement d'argent et énoncer quelques principes quant aux conditions d'émigration et de séjour des Africains aux Etats Unis d'Afrique pour avoir une stratégie qui pourrait avoir l'impact que le Plan Marshal a eu en Europe.

Excellences, vous connaissez mieux que moi la situation de l'Afrique, les défis que son développement pose et les nouvelles directions que demande notre relation avec les Etats Unis d'Amérique, avec lequel l'histoire nous a lié de manière de manière irréversible.

Mon propos n'est donc qu'un mémorandum à votre endroit.

Alymana Bathily

Rewmi

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