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«Le gouvernement est dans une logique dépensière irrationnelle»

- La loi organique relative aux lois de finances datant de 1984 stipule dans son article 8 qu'aucune recette ne peut être affectée à une dépense particulière et que les ressources de l'Etat servent indistinctement à la couverture des dépenses du budget général de l'Etat. Or, l'on assiste, depuis quelques jours, à de nouvelles allocations financières décaissées au profit des régions du Sud. Outre la conséquence directe sur le budget de l'Etat et la hausse des dépenses, la théorie des dotations spécifiques peut-elle justifier juridiquement cet acte ?   Je précise que cette théorie économique n'a pas le même sens que lui attribuent les gouvernants dans le cas algérien. Il s'agit d'une théorie qui permet de caractériser les avantages de pays dans le cadre du commerce international. A moins que cela ne soit une innovation conceptuelle algérienne, la gestion hasardeuse, et n'ayons pas peur des mots, régionaliste et populiste, n'a aucune justification économique. Les conséquences sur le budget sont inéluctables, en cela que de telles dépenses grèvent de façon significative les équilibres déjà fragiles des ressources financières nationales. Contre l'avis du premier financier de l'Etat, le gouverneur de la Banque d'Algérie en l'occurrence, qui a tiré la sonnette d'alarme, le gouvernement s'enlise dans une logique dépensière irrationnelle. Il s'agit d'acheter la paix sociale, dans une région longtemps délaissée et qui, du point de vue géostratégique, constitue la zone de basculement de la sécurité nationale. Déjà que les comptes d'affectation spéciaux ont sonné le glas d'une gestion opaque du denier public, s'ajoutent maintenant ces dépenses populistes qui, en définitive, ne régleraient rien à des revendications sociales, mais dont la lame de fond est éminemment politique. Pourquoi cantonner les jeunes du Sud dans leur région ? Est-il impossible de les laisser migrer vers le Nord et y travailler ? Sont-ils les seuls à souffrir du chômage ? Le financement, à tour de bras et de façon irrationnelle, de création d'entreprises est-il la solution ? Autant de questions que nous sommes en droit de poser et qui méritent des réponses franches et sans ambages.   - Bonification à 100% des crédits accordés aux jeunes promoteurs en mettant à contribution l'argent du Trésor public, budgets complémentaires au profit des différentes wilayas, etc. Sommes-nous face à une gestion imprudente de l'argent public afin de répondre à des calculs d'ordre politique ?   C'est exactement cela ! Et tout le monde le sait. Sauf que là, le cas du Sud est révélateur d'une absence totale de vision quant à l'avenir du développement national. En plus du fait qu'on cultive une culture régionaliste dangereuse qui minera les rapports sociaux et menacera la stabilité sociale entre les grandes zones socioculturelles qui, qu'on le veuille ou pas, constitue la trame de la société algérienne, cela conduira au renforcement du comportement prévaricateur vis-à-vis du denier public. Les populations du Sud ne demandent pas des financements, mais des emplois, des logements et un cadre de vie décent, tout comme d'ailleurs les autres régions. Mais je dois rappeler que ce n'est pas tant l'argent qui manque puisque le Sud a fait l'objet de financements spéciaux depuis plusieurs années et des milliards de dollars y ont été dévorés. Il y a un problème de gouvernance de la finance publique en Algérie et le gouvernement doit comprendre qu'il y a suffisamment de ressources pour répondre amplement aux besoins des Algériens, mais il manque des énergies humaines loyales, honnêtes et patriotes pour les gérer. Il manque, aussi au gouvernement, une vision d'ensemble de développement, basée sur des valeurs d'équité, de transparence et justice. L'exemple des instructions données aux banques est significatif de la gestion aveugle de la situation économique. L'expérience des mesures spéciales, prises en 2011, en faveur des jeunes promoteurs dans le cadre des dispositifs de création d'entreprises, a été un échec cuisant et l'on continue à commettre les mêmes erreurs.   - Une autre problématique se profile en toile de fond ; plusieurs wilayas se sont vu attribuer de nouvelles ressources alors que les budgets initiaux prévus dans la loi de finances ne sont consommés que partiellement. D'après vous, y a-t-il une logique à laquelle répond cette décision ?   Il n'y a pas de logique, il y a juste de l'illogique ! Une seule explication à cela : l'incompétence et l'agonie managériale. Les institutions sont minées par un encadrement incompétent, souvent coopté et malformé. J'en veux pour exemple l'Assemblée populaire nationale dont les membres, pour leur écrasante majorité, ne produisent aucune réflexion sur les segments sensibles du développement économique, social et culturel en Algérie. Ce sont eux qui votent les lois, mais ne sont souvent pas en mesure d'expliquer les mesures prises que lorsqu'elles obéissent à des calculs maffieux. Nous gardons tous en mémoire la décision de l'effacement des dettes des agriculteurs et des aquaculteurs qui a coûté aux caisses de l'Etat des sommes faramineuses sans aucun suivi. Lorsque le président Bouteflika a décidé d'un plan de relance de 285 milliards de dollars, j'avais attiré l'attention, dans une interview à ce même journal, sur l'incapacité de notre économie à absorber de telles allocations. Nous n'avons pas suffisamment d'intelligence institutionnelle et d'engagement managérial à fructifier de telles dépenses. La consommation, à petites doses, des allocations est significative à un double niveau : primo, que cela montre l'échec de notre politique budgétaire qui doit être revue de fond en comble ; secundo, que le problème n'est pas l'argent mais ceux qui le gèrent. Sinon, comment expliquer que les budgets de fonctionnement sont complètement consommés et souvent dépassés, tandis que ceux destinés à l'investissement ne le sont qu'à une infime portion ? Il y a là une justification éthique : il y a une absence de la culture du service public et une tendance corruptrice chez les décideurs. Couplé à l'incompétence, cela ne peut produire que l'échec.

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