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Le Liban est au bord de la guerre civile et de l’implosion

Par Ridha Ben Kacem

Jamais, depuis la fin de la guerre civile, le Liban n'a été aussi proche d'un déclenchement d'une nouvelle guerre civile. En effet, tous les ingrédients qui avaient conduit au déclenchement de la dernière civile sont aujourd'hui, réunis, dans un Liban au bord de l'explosion ou de l'implosion, c'est selon. Explication.

Le conflit syrien, auquel le mouvement libanais du Hezbollah participe activement, depuis quelque temps, a eu pour effet, de multiplier les traditionnels foyers de tension, au sud du pays. S'ajoutent aujourd'hui à cela, les affrontements entre chiites et sunnites, qui se multiplient, au nord et à l’est du pays. Ainsi, c'est pratiquement tout le territoire libanais qui s'enflamme en ce moment. Le Président libanais, Michel Sleimane, a appelé le Hezbollah dont les combattant soutiennent Bachar al-Assad, en Syrie, à revenir d’urgence, au pays, mais le mouvement a ignoré cet appel. Selon les experts, le Hezbollah part du fait que l’avenir des chiites, dans le monde musulman, dépend de l'évolution de la situation en Syrie. Pour lui, le théâtre des opérations, en Syrie est prioritaire, même s'il y a menace, au pays. Cette manière de penser est propre aux iraniens, qui mobilisent en ce moment, les chiites partout dans le monde au profit de Bachar al-Assad. Pour beaucoup d'analystes, s'il devait y avoir un jour, un troisième conflit mondial, c'est certainement là, qu'il commencerait.

Les troubles ont commencé dans le sud du Liban, après la participation active du Hezbollah à la guerre civile syrienne, aux côtés du président syrien, Bachar al-Assad, contre l’Armée syrienne libre (ASL) en particulier, près de la ville de Qousseir. C'est en effet, à ce moment là, que le cheikh sunnite libanais, Ahmad al-Assir, que l'on voit surtout, du côté de la ville libanaise de Saïda, a promis de mener une guerre implacable, contre le mouvement chiite Hezbollah. Pour ceux qui connaissent la réalité des fragiles équilibres au Liban, cela équivaut à une véritable déclaration de guerre. Depuis, on ne compte plus les échanges de coups de feu et de tirs de missiles, entre sunnites et chiites à Saïda, qui ont fait, la semaine dernière, au moins deux morts et plusieurs blessés. Les combats n’ont cessé qu’après l’intervention de l’armée.

Mais la trêve entre les opposants et les partisans du régime syrien a finalement pris fin hier 24 juin. La veille déjà, des combats sanglants avaient éclaté à Saïda et ses environs, faisant 17 morts, dont dix soldats. Encore une fois l'armée libanaise trinque car elle s'interpose entre les fractions rivales et cela ne lui réussit pas toujours. Aujourd'hui, le Liban se pose bien des questions, sur son avenir immédiat.

Jusqu’à présent les confrontations religieuses survenaient principalement, au nord et à l’est du Liban essentiellement, près de la ville de Tripoli et dans la vallée de Bekaa. Le conflit s’est désormais, propagé à travers tout le pays et comme vous le savez, le Liban, avec ses 10 430 kilomètres carrés, ce n'est pas un vaste territoire. On peu en faire le tour, en une journée.

Fin connaisseur des secrets politiques et religieux de son pays, le politologue libanais Iskandar Kfoury, explique : « La situation rappelle la guerre civile des années 1970. Les différends sont plus forts que jamais, tous les groupes sont armés, au Liban. L’armée serait capable de rétablir la paix mais elle ne peut pas agir sans ordre, or les contradictions de l’establishment – multiconfessionnel – ont paralysé le travail du gouvernement et du parlement. Une grande communauté sunnite vit à Saïda, qui n’a jamais soutenu l’opposition syrienne et n'est pas en conflit avec les chiites. Mais, l'intervention du Hezbollah, en Syrie et l’activité d’al-Assir, financée par le Qatar – alors qu’il n'était au départ qu'un étranger avec 200 combattants – change la donne. Pendant 20 ans nous avons vécu en état de guerre civile, ce qui ralentit la dérive vers le conflit. Mais plus on avance et moins il y a de chances que le Liban tienne ». Terrible perspective, que d'envisager le retour au chaos, de ce petit pays, avec son cortège de morts, de blessés et d'expatriés. Un retour en enfer, programmé ? Mais, programmé par qui et au profit de qui ?

Mais, attention. Lors de la précédente guerre civile, l'environnement du Liban était stable, car la Syrie était solide, en ce moment là. Aujourd'hui, le contexte est totalement, différent et les conséquences de tout aventurisme, en raison de l'activisme politico-religieux, seraient difficiles à calculer. La situation est d’autant plus grave, qu'au Liban, sur 4 millions d’habitants, on compte entre 550 000 et 1,5 million de Syriens, qui, non seulement occupent des ressources et des emplois, utiles au pays, mais, participent également, aux affrontements et aux combats, à la fois, au Liban et en Syrie. Une troisième colonne en somme, avec tout ce que cela implique, comme possibilités d'internationalisation du conflit.

A la fin de la semaine dernière le président libanais, Michel Sleimane, a appelé le Hezbollah à « rentrer au Liban »,après les combats de la ville de Qousseir, sur la frontière nord du Liban et à ne pas s'engager dans la bataille qui commence, pour la libération de la ville d'Alep, en Syrie. Le président libanais, Michel Sleimane, n'ignore pas, en effet qu'Alp est très proche du plateau du Golan. Selon lui, les actions du mouvement transforment tout le Liban en « foyer de tension » et risquent de provoquer « une agression israélienne »,qui mettrait le feu à la poudrière libanaise. Le président libanais, Michel Sleimane, comprend bien, qu'en ce moment, il est assis sur un volcan en ébullition.

De son côté, le Hamas palestinien a récemment, demandé au Hezbollah libanais de se concentrer plutôt, sur la lutte sacrée, contre Israël. Mais le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a laissé entendre qu’il n’avait pas l’intention de reculer, en Syrie et qu'il irait jusqu'au bout. Ses combattants continueront à soutenir Bachar al-Assad, d'autant plus, qu'ils seront bientôt, rejoins par 4000 pasdarans, ces troupes d'élites des gardiens de la Révolution d'Iran. Le volcan grondera alors, pour de bon et finira, un jour ou l'autre, par cracher du feu des cendres et de la lave qui ensevelira le Liban.

Hassan Nasrallah a raison, de penser que tout se jouera, en Syrie. « Qousseir et les régions voisines de la frontière libano-syrienne, sont stratégiquement importantes pour le Hezbollah : sur 50 000 habitants, près de la moitié sont des Libanais, dont la majorité soutient le mouvement Hezbollah »,explique le politologue libanais Iskandar Kfoury. Lorsque les unités sunnites ont commencé à se battre pour cette région, le Hezbollah est intervenu en envoyant 1 500 combattants. Cela a considérablement aidé Bachar al-Assad, dans la reprise de la ville de Qousseir, car le Hezbollah est une armée professionnelle aguerrie aux combats de rues. Selon Iskandar Kfoury, « l’aide au profit de Damas, n’est pas une simple lutte du Hezbollah pour ses positions au Liban. Cela va beaucoup plus loin. Dans le conflit syrien, les chiites se battent pour leur avenir, dans le monde musulman ». Comprenez que face à la menace des USA et d'Israël, d'intervenir en Iran, seul pays au monde, à majorité chiite, tous les chiites du monde sont appelés à se serrer les coudes et à soutenir ceux qui ne leur valent pas du mal. Bachar al-Assad ne leur veut pas du mal. Bien au contraire. Bachar al-Assad est de confession alaouite, une branche du chiisme. Il doit donc être soutenu.

Par Ridha Ben Kacem le 25 juin 2013

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