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A Soweto, on sait que Mandela est mortel

A Soweto, la célèbre township des portes de Johannesburg où vivait Nelson Mandela avant d'être jeté en prison pendant vingt-sept ans, les habitants semblaient résignés à voir disparaître leur héros, âgé de 94 ans, maintenant dans un état critique à l'hôpital.

"Il viendra bientôt un moment où toute l'assistance médicale n'agira plus. Nous devons faire face à cette triste réalité, aujourd'hui", estime James Nhlapo en servant les clients dans sa boutique, alors que l'état de santé du héros de la lutte anti-apartheid s'est brusquement dégradé ce week-end.

"Mandela a fait beaucoup de bien pour le pays. C'est vrai qu'il n'y a personne comme lui, mais nous devons accepter qu'il ne vivra pas toujours", ajoute-t-il.

La vie suivait son cours lundi dans l'énorme township noire, qui fut un bastion de la résistance au pouvoir ségrégationniste de l'apartheid, des vendeurs proposant comme d'habitude tout et n'importe quoi sur les trottoirs tandis que de nombreux chômeurs tuaient le temps sous le froid soleil de l'hiver austral.

Près de l'église Regina Mundi, haut lieu de la "lutte" contre l'ancien pouvoir blanc, les habitants passaient indifférents devant les fresques représentant le premier président noir qu'a connu l'Afrique du Sud.

La petite maison de briques rouges du héros national, transformée en musée, était assaillie par les touristes.

Père de l'Afrique du Sud

"Si nous croyions qu'il vivra éternellement, nous nous mentirions à nous-mêmes", dit Tankiso Mohapi, un voisin de 24 ans.

"Les gens doivent accepter que Mandela est vieux, et avec la vieillesse viennent les problèmes de santé, comme pour n'importe qui", soupire-t-il.

Nelson Mandela, qui souffre de problèmes pulmonaires à répétition, en est à sa quatrième hospitalisation depuis décembre.

Son état de santé a contraint les habitants à envisager l'avenir sans celui que beaucoup considèrent comme le père de l'Afrique du Sud démocratique.

"Quand j'ai appris que son état avait à ce point empiré, ça m'a vraiment rendu anxieux", témoigne Veli Nene. "Tout peut arriver, maintenant! Alors, pourquoi devrions-nous encore avoir besoin de lui... il n'est pas un monument!"

Le jeune homme, qui dit avoir passé toute sa vie à Soweto, espère pourtant toujours pouvoir rencontrer le grand homme.

"C'est une icône dont nous avons toujours besoin. En tant que combattant pour la liberté, il a apporté la stabilité et la paix. Notre pays ne sera jamais le même sans lui. Le pays est déjà béni, il a fait son travail, mais nous avons toujours besoin de lui", module son frère Thabo Nene. 

"Ce pour quoi je veux vraiment prier, c'est qu'il ne souffre pas davantage", avance pour sa part un policier, Thabo Moshoeshoe.

Les Sud-Africains ont été choqués en apprenant que l'ambulance militaire qui transportait Mandela à l'hôpital est tombée en panne dans le froid sur l'autoroute entre Johannesburg et Pretoria aux premières heures du 8 juin, l'obligeant à attendre un véhicule de secours pendant une quarantaine de minutes.

"J'aurais pensé que ceux qui prennent soin de lui auraient au moins pu prévoir ça", s'inquiète Thabo Moshoeshoe.

"Imaginez s'il était mort sur cette autoroute, ça n'aurait pas été la meilleure façon de partir!", ajoute-t-il.

Nelson Mandela doit fêter ses 95 ans le 18 juillet, une journée désormais reconnue par l'ONU pendant laquelle les citoyens du monde sont appelés à faire une bonne action en son honneur.

 

AFP

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