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Les questions économiques selon Hizb al Tahrir (Partie I)

Ce qui distingue Takieddine Annabhani, le fondateur du « Hizb al Tahrir », c'est son souci constant de chercher, pour toute question, ce qu'il appelle « la preuve légale », c'est-à-dire la preuve scripturaire, figurant dans le Coran ou dans le Hadith.

Annabhani considère que la crise des musulmans contemporains, réside dans la passion qu'ils éprouvent pour les idées « capitalistes » et dans leurs tentatives de les concilier avec l'Islam, voire de les suivre telles quelles. De là, il voit qu'il revient « au missionnaire de l'Islam, d'examiner les fondements des prescriptions et des solutions capitalistes, de montrer leur faux caractère et de les abattre. Parallèlement, il doit approcher les faits sociaux, multiples et renouvelables, pour montrer comment l'Islam les traite, l'Islam étant considéré comme un ensemble de prescriptions légales, qu'il faut suivre telles quelles et non pas en fonction de leur utilité ou de leur désutilité à notre époque. C'est-à-dire que le musulman est tenu de les suivre par conviction religieuse et non pas parce qu'elles sont utiles. »

Le capitalisme et le socialisme

Pour Annabhani, dans son traitement des besoins de l'homme et les moyens de les satisfaire, l'économie capitaliste se limite à l'aspect matériel et se fonde sur trois principes : la rareté relative des biens et des services par rapport aux besoins, la valeur de l'objet produit et le prix et son rôle dans la production, dans la consommation et dans la répartition.

« Les besoins moraux ne sont pas économiquement reconnus...L'économiste voit les biens et les besoins, tels qu'ils sont, et non pas tels qu'ils devraient être. L'économiste capitaliste ne se préoccupe pas de ce que la société devrait être, mais de la matière économique qui est sensée satisfaire tel ou tel besoin. Comme les moyens de satisfaire les besoins sont limités, ils ne peuvent suffire à répondre aux besoins de l'homme. C'est là que réside l'origine du problème économique : la multiplicité des besoins et la rareté des biens destinés à les satisfaire.

La conséquence est que certains besoins sont partiellement satisfaits, alors que d'autres restent totalement insatisfaits. Le problème n'est donc pas l'homme, mais les ressources et les besoins. En d'autres termes, la question est de procurer les moyens pour satisfaire les besoins et non de satisfaire les besoins de chaque individu. Il s'ensuit, que le traitement de la pauvreté et de la privation, ne peut être réalisé que par l'augmentation de la production. »

« Les économistes capitalistes ne conçoivent pas que l'homme puisse accomplir un effort, en étant mû par un mobile moral ou spirituel. Ils considèrent que le prix est une limite naturelle, qui contraint l'homme à s'abstenir d'acquérir ou de consommer, dès qu'il a atteint le niveau correspondant à ses revenus. »

Annabhani concentre ses critiques du système capitaliste en trois points :

1. Cette économie établit une identité entre la production des biens et des services d'une part, et leur répartition d'autre part, c'est-à-dire entre la science économique et le système économique. Le système économique indique les règles de répartition de la richesse, de son appropriation, de sa gestion et de tout ce qui s'y rapporte. Obéissant à un point de vue social déterminé, il est divers et particulier.
La science économique a pour objet la production. Elle est donc unique, universelle, générale, et scientifique. A côté des besoins matériels, il existe des besoins moraux et spirituels ;

2. L'économie capitaliste examine les biens et les besoins, tels qu'ils existent, et non tels qu'ils devraient être. Dès lors, la principale préoccupation de l'économiste est de voir exclusivement dans le bien un moyen de satisfaire un besoin ;

3. En outre, l'économie capitaliste sépare la matière économique des relations sociales.

La conséquence est que les économistes se sont préoccupés de la production de la richesse, plutôt que de sa répartition en vue de satisfaire les besoins. Alors que le problème économique ne réside pas dans la rareté relative des marchandises et des services, mais dans la répartition des efforts et des capitaux entre les individus, afin qu'ils puissent satisfaire entièrement leurs besoins fondamentaux et accessoirement leurs besoins complémentaires.

L'augmentation de la production peut entraîner un accroissement du niveau de richesse d'un pays, mais ne mène pas nécessairement à l'entière satisfaction des besoins fondamentaux de tous les individus, comme le prétendent les capitalistes.

Quant aux doctrines socialistes, elles s'accordent toutes sur trois points qui les distinguent des autres doctrines économiques : la réalisation d'une certaine forme d'égalité, l'abolition totale ou partielle de la propriété privée et l'organisation collective de la production et de la répartition. Le socialisme qui prône l'égalité n'est pas réaliste puisque « par leur nature, les hommes étant inégaux, mentalement et physiquement, ils le sont dans la satisfaction de leurs besoins. Par conséquent, l'égalité entre eux est éloignée de la justice et elle est irréalisable. Les disparités entre les hommes et les inégalités dans la possession, de biens et de moyens de production, sont inéluctables. C'est l'ordre de la Nature. Toute tentative, d'établir l'égalité entre eux, est condamnée à l'échec, parce qu'elle contredit leur inégalité naturelle. »

L'abolition totale de la propriété privée contredit également la nature humaine, « parce que la propriété et la possession sont une manifestation de l'instinct de survie. Elles existent de facto parce qu'elles sont naturelles et qu'elles font partie intégrante de la constitution de l'homme.»

Annabhani va même plus loin, en s'opposant à toute limitation quantitative de la propriété. La seule limitation qu'il accepte est la limitation qualitative. Pour le justifier, il énonce que:

« la limitation quantitative fait obstacle au dynamisme de l'homme, freine ses efforts et l'empêche de travailler plus, lorsqu'il atteint le niveau de possession autorisé, et qu'il lui est interdit de posséder ce qui excède la limite fixée. »

Il rejette l'organisation collective de la production et de la répartition, organisation justifiée par le fait qu'en son absence, les ouvriers ressentent l'injustice des hommes d'affaires.

Selon lui,

« il arrive que des hommes d'affaires soient si ingénieux qu'ils réussissent à satisfaire tous les besoins des ouvriers, comme c'est le cas aux Etats Unis pour les ouvriers de l'industrie. Alors, ils ne ressentent plus l'injustice dont ils sont victimes. »

Il voit que « le socialisme s'appuie, dans l'organisation de la production et de la répartition, sur l'anxiété vécue par les ouvriers ou sur les remous qu'il suscite parmi eux. »

Dans sa critique du socialisme, Annabhani met l'accent sur trois aspects :

1. Le travail n'est pas la seule source de la valeur. Il y a également la matière brute, comme c'est le cas pour la chasse et la pêche ;

2. L'évolution économique et la lutte des classes ne sont pas les conditions du passage au socialisme, mais une révolution sanguinaire menée par un groupe en Russie, un autre en Chine, et l'occupation des pays de l'Europe de l'Est, par les Russes ;

3. La théorie de la concentration du capital est fausse, parce qu'il y a une limite que la concentration ne peut dépasser. En outre, la concentration de la production est absolument inexistante dans le principal secteur de production, qui est l'agriculture. Enfin, la concentration peut avoir pour issue la mutation des ouvriers en capitalistes !

En conclusion, « l'Islam ne peut adopter des solutions, en dehors des prescriptions légales, extraites des preuves légales scripturaires. Les autres solutions économiques, qu'elles soient capitalistes ou socialistes, ne sont pas des prescriptions légales. Au contraire, elles font partie du système d'impiété. Les accepter, sans adhésion religieuse, équivaut à de la perversion et y adhérer par conviction est de l'impiété. »

===== Notes de bas de page =====

(1) Cette étude se réfère à l'ouvrage de TakieddineAnnabhani « Annidham al iqtisadi fil Islam »

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