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Manifestation contre le Sénat : « L'UNDD ne sera pas dans la rue le 29... »

La création du Sénat au Burkina Faso ne finit pas de susciter des réactions. De la société civile en passant par les formations politiques, tout le monde y va de sa critique. Le parti de Me Hermann Yaméogo, l'Union pour la démocratie et le Développement (UNDD), partie prenante au consensus sur le Sénat, à travers son Conseil des régions, présidé par Amadou Dabo, déclare ne pas prendre part à la manifestation de l'opposition le 29 juin. Explication.

Voici déjà quelque temps que le débat relatif au Sénat agite le landernau politique burkinabè. La vie politique nationale s'en trouve énervée par une controverse tranchée entre partisans et contempteurs de cette institution. La polémique, qui gagne progressivement tous les segments de la vie nationale, évolue en contestations sur des demandes économiques et sociales plus vastes, voire même sur le mode de gestion de notre pays. Voilà qu'elle en appelle maintenant à la rue en ultime recours.

L'UNDD se doit, à cet égard, de rappeler sa ligne politique à travers des alertes à toutes ses structures, parce que le différend en cours peut évoluer en fracture nationale. Le Conseil national des régions renvoie par conséquent ses structures et militants, comme l'opinion en général, aux positions bien connues de l'UNDD, par rapport à la question spécifique du Sénat, comme à celle plus générale de la gouvernance nationale.

Cette invite rafraîchira les mémoires et éclairera mieux les analyses et les mots d'ordre par rapport au débat engagé et aux manifestations programmées des 29 juin et jours suivants sur l'ensemble du territoire national. Le débat, en tant que tel, faut-il le souligner, n'est pas un mal en soi. Il est même un adjuvant à la démocratie et un fortin contre les dérives qui peuvent la menacer, mais encore faudrait-il le conformer aux exigences constitutionnelles, sécuritaires... qui interpellent notre gouvernance, spécialement par les temps qui courent.

En effet, en analysant les arguments développés par les pourfendeurs du Sénat et le mode opératoire pour les faire aboutir, en relation avec nos enjeux collectifs de société, on peut trouver à y redire.

Le différend en cours peut évoluer en fracture nationale

L'utilité questionnée du Sénat, en des transports souvent méprisants, est une véritable antienne largement contredite par le recours ascendant en ce 21e siècle, aussi bien en Afrique que dans le monde, au bicaméralisme. De nos jours, 86 Etats dans le monde, dont 24 en Afrique, pratiquent le bicaméralisme. Dans l'optique de l'UNDD, si le Sénat actuel, ½uvre d'un consensus, est toujours bon à prendre, il reste à lui apporter des améliorations pour qu'il s'affirme notamment comme un véritable organe de contrepoids, de représentation des catégories et secteurs spécifiques de la nation, de contrôle et de révocation des mandats...

Il peut, dans l'entendement du parti, face à la crise générale actuelle de l'Etat Nation, jouer plusieurs rôles : favoriser la stabilisation institutionnelle, agir comme instrument de pondération parlementaire, contribuer à la prévention et à la résolution des conflits, redonner tout son sens à la représentation en démocratie. Victor Hugo, qui a laissé dans l'histoire universelle une empreinte indélébile en tant qu'écrivain et politique, à propos du Sénat, prévenait que : « La France gouvernée par une assemblée unique, c'était l'océan gouverné par la tempête ».

Toute ½uvre humaine étant perfectible, nous prenons comme acquis l'initiative législative reconnue au Sénat en concurrence avec l'Assemblée nationale et l'Exécutif, ainsi que le privilège qui lui revient de décider en dernier ressort pour les matières intéressant la décentralisation. Nous considérons également comme un gain le fait que cette autre chambre ne pourra être dissoute par le président du Faso, contribuant ainsi au renforcement de la séparation des pouvoirs. Le Sénat, il faut le dire, par ses attributions légales et extralégales potentielles, est fondamentalement différent de la précédente 2e Chambre, purement consultative.

Le Sénat est toujours bon à prendre

L'argument de l'incongruité de la création du Sénat est une autre attaque, peu originale, qui ne saurait prospérer face à la réalité des faits. La démocratie responsabilisée, et donc soumise à contrôle, est une demande forte qui grandit en Afrique et dans le monde face à la défiance croissante vis-à-vis du système représentatif. Une autre assemblée, qui a sa part dans le travail parlementaire, qui peut, par sa faculté de relecture, enrichir la production parlementaire, améliorer le système de contrôle des organes de l'Etat, impulser une nouvelle dynamique à la décentralisation démocratique, endosser une fonction de médiation dans les conflits, assurer dans sa représentation une place aux Burkinabè de l'extérieur, sera éligible aux standards internationaux de bonne gouvernance.

La décentralisation, par ailleurs imparfaitement défendue dans le cadre du monocamérisme, ne peut qu'être mieux servie avec un Sénat ayant un pouvoir législatif préférentiel vis-à-vis des collectivités d'habitants composant la collectivité nationale. Certes, nous reconnaissons avec nos contradicteurs du Sénat que la loi organique qui a consacré l'institution parlementaire n'est pas parfaite, que les conditions de sa mise en ½uvre feront la part trop belle au parti majoritaire, que le débat sur la rationalisation des institutions de l'Etat est pertinent, mais nous ne pensons pas que le recours à la rue soit, dans les conditions actuelles de notre vie nationale et sous-régionale, le meilleur moyen de faire aboutir des revendications politiques.

Il n'est pas trop tard pour travailler à obtenir un élargissement du consensus obtenu depuis le CCRP autour des institutions. Nous restons en effet persuadés que, face à la fièvre montante au sujet du Sénat, du déverrouillage ou non de l'article 37, de l'inadéquation de nos institutions, voire du passage à une nouvelle république, une Constituante peut avoir une vertu fondatrice, réconciliatrice en aidant à la promotion d'un consensus véritablement national, à valeur ajoutée de légitimité.

Nous y sommes d'autant plus attachés que, par la force des choses, nous sommes quasiment entrés dans une période de transition qui oblige à un débat franc, courageux, plus inclusif sur la gestion de notre pays. Ce choix citoyen, dans un contexte qui se dégrade, peut seul résorber l'érosion entamée de l'affiliation républicaine aux institutions. Ce qui nous préservera des écueils d'une dévolution mal assurée du pouvoir qui hante d'ores et déjà bien des esprits et nourrit d'infinis calculs pas toujours des plus sains.

La rue n'est pas le meilleur moyen

S'agissant du coût présumé exorbitant de cette institution, autre ritournelle, nous disons que la démocratie a un prix. Très souvent, c'est lorsque l'on mégote ou que l'on triche sur ses bases fondatrices, sur ses instruments de régulation, que l'on la dévoie ou que l'on en fait un mécanisme budgétivore, qui au demeurant, pédale à vide. Si l'on rajoute à cela le coût de fonctionnement du Sénat estimé à 3 et non pas 6 milliards et que l'on place en perspective les opportunités d'emplois qui découleront de la création de cette nouvelle Chambre, on se convaincra que tout est loin de n'être que bon à jeter dans la Haute Assemblée.

Relevons en passant, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes, que quand il s'est agi d'augmenter le nombre de députés, l'opinion n'avait pas été ameutée par rapport à des dépenses pantagruéliques. Loin s'en faut, on a voté, toutes tendances confondues, dans l'allégresse cette proposition pleine de sagacité ! C'est pour toutes ces raisons, et aussi parce que nous avons été demandeurs du CCRP et partie prenante au consensus sur le Sénat, que nous ne pouvons aujourd'hui dire une chose et son contraire, renier notre signature.

Nous sommes en définitive prêts aux combats majeurs liés à la pérennité même de notre nation : ceux relatifs à l'insécurité, à l'emploi des jeunes, à la préservation de l'environnement, à l'union politique de l'Afrique, à une meilleure redistribution des richesses, spécialement par l'institution d'un salaire minimum... mais pas pour des luttes par nature insusceptibles d'armer utilement notre peuple pour lui permettre de faire face, avec responsabilité, aux enjeux majeurs auxquels il est confronté.

Mais si nous ne serons pas dans la rue le 29, nous n'en demandons pas moins au pouvoir de ne pas ignorer les leçons du passé d'avoir un sens plus aigu de l'altérité, de se draper d'une assurance modérée pour ne pas verser dans une suffisance neurasthénique devant des phénomènes de mécontentement qui peuvent, même au-delà de toute forme de contestation organisée, mobiliser bien de déçus.

Mais plus grave encore, enrôler tous ces laissés-pour-compte qui ont mal à leur gouvernance et qui n'attendent que la moindre occasion pour exprimer leur dépit, sinon leur soif de prédation vengeresse. C'est en cela que l'offre renouvelée de dialogue élargi, de consensus national en recourant au pouvoir instituant du peuple, peut se révéler une ½uvre de sagesse anticipatrice, de prévention intelligente. Car ne l'oublions pas, un petit feu négligé peut, à la faveur d'un petit vent qui se lève, causer des pertes irréparables.

Le président du Conseil des régions
Amadou Dabo

Le Faso

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