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La PME se meurt, les charges fiscales vont l’achever…

La PME marocaine s'enfonce dans une crise économique et financière dont on ne ne mesure pas l'ampleur. Bien sûr, elle est d'abord touchée dans son activité qui regresse à un rythme continu depuis au moins deux ans, mais en plus elle subit la décélération du crédit bancaire. En effet, les petites et moyennes entreprises, qui représentent au moins 80 % du tissu entrepreunarial, souffrent d'une baisse d'activité pratiquement généralisée à tous les secteurs de l'économie marocaine, même si les études de la DEPF et du HCP rapportent une reprise de souffle dans certains.

La récession a été importante et s'est chiffrée à 20 % dans certains secteurs comme le bâtiment et l'immobilier en particulier, suivis par des branches d'activitésproches comme les prestataires de services, notamment les architectes, le ciment, l'import- export, le transport des marchandises ou encore le tourisme.

Aujourd'hui, ce sont les commerces qui sont de plus en plus touchés, la difficulté de leur situation est bien plus visible parce qu'elle se traduit tout simplement par la fermeture. Et les galeries commerçantes sont les premières à en pâtir.

Le financement bancaire a certainement accéléré pour de nombreux cas ce processus, du fait que face à l'augmentation du risque, les banques ont renforcé les conditions d'accès aux crédits bancaires.

Consciente de la dégradation de la situation de la PME en particulier dans les grandes villes, Bank Al-Maghrib a décidé de mettre en place un nouveau programme destiné à encourager le financement bancaire des PME, même si celles qui travaillent dans l'industrie ou dont la production est destinée à l'export seront les plus concernées, en mettant à la disposition des banques des liquidités garanties.

Cette solution, d'abord partielle, est très en deça des attentes des PME en souffrance. C'est donc à l'Etat que s'impose de venir au secours des PME pour relativiser la profondeur de la crise économique qui les touche et, surtout, éviter de paupériser une classe moyenne à peine éclose dans notre pays.

Car, faut-il le rappeler ?, l'émergence de cette «middle class» s'est faite, certes, avec l'amélioration du pouvoir d'achat des salariés, mais aussi avec le développement de l'entrepreunariat privé.

Ce sont donc des mesures d'allègement fiscal d'urgence qui doivent être appliquées aux entreprises en grosses difficultés. Car comment les PME pourraient-elles faire face à l'affaiblissement de leur trésorerie quand l'on connait le poids fiscal et des charges patronales qui pèsent sur elles ?

A la fin de chaque mois et indépendamment de la santé de son activité ou de la difficulté de son recouvrement, l'entreprise doit payer l'IR, la CNSS et autres cotisations de retraite sur les salaires eux-mêmes incompressibles, la TVA de 20 % sur chaque dirham de chiffre d'affaires qu'elle réalise, mais aussi différentes taxes, celle d'habitation, la taxe professionnelle et, tous les 3 mois, un accompte de l'IS calculé sur le bénéfice de l'excercice précédent.

De nombreuses fiduciaires et cabinets comptables attestent que leurs clients sont arrivés au point de ne pouvoir faire face à leurs obligations fiscales, au point où elles se soumettent de plus en plus au recours du report aux mois suivants, en supportant des intérêts moratoires exorbitants. Ces derniers sont d'ailleurs très lourds et dépassent de loin les intérêts des crédits bancaires qui leur sont refusés.

En effet, pour tout retard de paiement des impôts directs comme l'IR  ou l'IS, l'entreprise non financière est soumise à une pénalité pour défaut de déclaration de 10 % en plus de 5 %, le premier pour retard de paiement augmenté chaque mois 0,5 % supplémentaires.

Pour la TVA, le retard est bient plus lourdement puni.

Le premier mois, c'est 30 % de majoration, soit 15 % pour défaut  de déclaration, 10 % pour défaut de paiement et 5 % de majoration qui se démultiplie les mois suivants de 0,5 % par mois.

Et pourtant, des PME en sont arrivées à utiliser ce recours, à défaut de trésorerie, de crédits bancaires, d'avances ou de découverts.

L'État est donc bien placé pour connaître la situation désespérée des PME puisqu'elles ne peuvent même plus accomplir leur devoir fiscal ! Sans doute pourrait-il, au moins, les soutenir en allégeant le poids de la fiscalité subie, dans l'attente de jours meilleurs.

Après tout quand on sait qu'il a consenti un tel allègement pour un montant de 100 millions de dirhams à Maghreb Steel, on est en droit de se demander à combien de PME un tel projet est-il équivalent…

 

Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune

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