mis à jour le

«Sénégalaise d’ethnie toubab», redevenue Française (Par Madiambal Diagne)

Viviane Wade a longtemps affirmé être une «Sénégalaise d'ethnie toubab». Une telle déclaration l'avait rendue sympathique aux yeux de nombreux Sénégalais. Mais l'actualité de ces derniers temps renvoie à l'image d'une dame devenue acariâtre, grincheuse et qui manifeste peu de respect pour ses «concitoyens sénégalais». Déjà, lors des élections législatives de l'année dernière, elle avait eu un comportement déplacé en déchirant publiquement le bulletin de vote de la coalition Bokk Gis Gis dirigée par l'ancien président du Sénat Pape Diop. Mme Viviane Wade manifestait son courroux contre des compagnons politiques qui avaient tourné le dos à son époux Abdoulaye Wade après la perte du pouvoir par ce dernier.

Mme Wade était passible de poursuites pénales pour son geste fort regrettable, à la limite indigne, mais d'aucuns le mettaient sous le compte d'un simple énervement. On pouvait se montrer plus ou moins indulgent car quelques mois auparavant, une autre ex-Première dame, Mme Elisabeth Diouf, avait eu un geste jugé tout aussi malheureux. En effet, à l'occasion du second tour de la présidentielle de 2012, l'épouse de l'ancien Président Abdou Diouf avait «oublié», à son bureau de vote parisien, de prendre le bulletin du candidat Abdoulaye Wade. Le président du bureau l'avait priée de revenir pour prendre le bulletin du candidat ; ce qu'elle fit sans sourciller. Ce fut un petit désordre pour remettre le bulletin à Mme Diouf et finalement tout était revenu dans l'ordre.
Mme Wade semble persister en posant des actes qu'on pourrait qualifier de défiance. Elle a par exemple si mal vécu l'emprisonnement de son fils Karim Wade pour des actes de prévarication, que la presse lui a prêtés l'intention de vouloir rendre le coup, de «punir» le Sénégal en décidant de reprendre les clefs de l'hôpital de Ninéfesha. Déjà, la menace avait été brandie depuis plusieurs mois, précisément en juin 2012, quand des donateurs suisses avaient poursuivi en justice la Fondation de Mme Wade, qui avait été obligée de rembourser une forte somme d'argent qu'elle n'aurait pas utilisée à bon escient. On pourrait cependant bien comprendre que sa Fondation Agir pour l'Education et la Santé n'ait plus les moyens d'entretenir un tel hôpital et qu'elle ne devrait pas s'encom­brer de gêne pour céder la structure hospitalière à l'Etat du Sénégal. Seulement, l'acte de reprendre les clefs après l'arrestation de son fils, une situation que toute mère vivrait naturellement très mal, est on ne peut plus grossier. Cet hôpital avait été financé sur des donations faites à une fondation dirigée par l'épouse du chef de l'Etat et c'est assurément grâce à ce titre qu'elle avait pu engranger des dons du Conseil général du Nord Pas-de-Calais en France. Avant de revêtir le titre de Première dame, Mme Viviane Wade n'avait jamais été en mesure de recueillir des dons pour construire la moindre case de santé, encore moins un hôpital aussi moderne que celui de Ninéfesha. C'est dire que les populations de la région de Kédougou doivent cet hôpital plus à leur pays qu'à la personne de Mme Wade. Dire que Mme Wade avait eu à confier à un journaliste sénégalais que les populations de Ninéfesha étaient des «primitifs» !
La semaine dernière, Mme Wade aura fait un autre pied de nez au Sénégal. L'ex-Première dame a débarqué à l'aéroport Léopold Sédar Senghor avec un passeport français. Pourtant, la République du Sénégal l'a dotée, comme son époux, d'un passeport diplomatique flambant neuf. Que ce serait beau si elle avait présenté à la police sénégalaise un passeport sénégalais ! Mais Mme Wade refusa toutes les délicatesses du Sénégal «officiel». Elle bouda la voiture que le ministre de Affaires étrangères Mankeur Ndiaye lui proposait. Elle se contentera des bus comme une voyageuse lambda et refusa de passer par le salon d'honneur. Il faut relever néanmoins que pour ce dernier coup d'esclandre à l'aéroport de Dakar, Mme Wade devrait bénéficier de circonstances atténuantes. En effet, il semble inconvenant qu'en dépit de leur insistance, ni son garde du corps ni son assistante qui avaient fait le déplacement pour venir la chercher à l'aéroport et détenteurs d'un «passe» en règle, ne furent autorisés à accéder à elle pour l'assister. A son corps défendant, Mme Wade a pu se sentir en zone hostile. Dire que ce qui avait été refusé à Mme Wade est toléré et même autorisé à des personnes que le protocole d'Etat n'élèverait pas au rang d'ancienne Première dame !
Les écarts de langage de Mme Wade sont légion. En janvier 2012, elle balança aux footballeurs de l'équipe nationale de football en partance pour la Coupe d'Afrique des Nations en Guinée Equatoriale de se protéger contre le Sida à Malabo. Elle n'avait cure du tollé qu'avait provoqué quelques années plus tôt une pareille consigne qu'elle avait délivrée aux soldats sénégalais en partance pour une mission de paix en République démocratique du Congo.
Les coups de sang de Mme Wade commencent à devenir nombreux. En février 2010, elle avait demandé à sa garde rapprochée de virer de force du chantier du Monument de la Renaissance africaine, M. Djamil Kerkal qui conduisait les travaux pour le compte du Cabinet Atepa Technologies. C'est dire que, par la multiplicité de ses gestes déplacés, Mme Wade est en train de s'aliéner la sympathie des gens car, comme le dit le proverbe, «la bouderie en amour est comme le sel, il n'en faut pas trop».

Rewmi

Ses derniers articles: Remaniement ministériel du 1er Septembre : Comment Mimi Touré a court-circuité Eva Marie Coll  Aliou Cissé:  Nécrologie- Décès du journaliste Abdoulaye Sèye