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Jean de Dieu Somda, ex-vice- président de la Commission de la CEDEAO : « Accumuler les richesses n'a pas de valeur si cela ne sert pas à l'Homme, au développement »

Ancien ministre délégué chargé de la Coopération, Jean de Dieu Somda a aussi été pendant plus de cinq ans vice-président de la Commission de la CEDEAO. Le départ de ce diplomate de carrière de la vice- présidence de la Commission de l'organisation économique régionale ayant coïncidé aussi avec sa retraite, il a dû rapidement se redéployer ailleurs pour continuer à être utile à la société Burkinabè. De cette nouvelle vie et de bien d'autres sujets, Jean de Dieu Somda nous parle dans l'interview qu'il nous a accordée le 15 juin 2013 à Dissin, en marge d'une visite de l'Ambassadeur de Taïwan au Burkina,Shen Cheng-Hong.

Lefaso.net : Que devient l'ancien vice-président de la CEDEAO ?

Jean de Dieu Somda : J'ai accompli mon mandat qui était de quatre ans. J'ai fait cinq ans et demi. Il faut rendre grâce à Dieu et rendre grâce à toute la hiérarchie qui m'a accompagné, qui m'a fait confiance. J'ai fait avec beaucoup de bonheur, de plaisir ce mandat-là parce que je crois profondément à l'intégration comme moteur essentiel de développement de l'Afrique. Nous parlons souvent de développement, nous nous accusons les uns et les autres, mais tout le monde a compris qu'aujourd'hui, c'est par l'intégration que l'Afrique a vraiment des chances d'arriver au véritable développement. Vous prenez le pays le plus puissant du monde, tout seul, il ne peut pas se développer.

Depuis la fin de mon mandat qui a coïncidé avec la fin de ma carrière administrative, je suis loin de m'asseoir dans un fauteuil tranquille. En tant que jeune retraité, je pense que j'ai encore suffisamment assez de forces à mettre à la disposition et de mon pays, et des ressortissants de ma région, le Sud-Ouest, et particulièrement de la province du Ioba et de la commune de Dissin.

Je suis donc souvent sur le terrain pour faire profiter aux populations, qui n'ont pas eu les mêmes chances que moi, de ce que j'ai eu dans la vie comme chance, comme succès ; et d'être en contact avec elles.

Vous voyez que je suis un homme heureux et comblé. Parce que tous les jours c'est comme ça : je reçois sans arrêt des amis, des visiteurs ici à la résidence qui est une maison d'hôtes. Vous avez vu la partie familiale et la partie réservée aux clients. Il y a au total 22 chambres. Je crois que chacun y trouve son petit bonheur. Voilà ce à quoi je m'emploie. Et je suis très heureux, je suis un retraité comblé.

Lefaso.net : Mais, qu'est-ce qui justifie autant d'engagement de votre part ?

JDDS : Dans la vie quand on a eu la chance d'avoir le parcours que moi j'ai eu, il faut être reconnaissant vis-à-vis de nos autorités supérieures, premièrement. Deuxièmement, il faut être reconnaissant vis-à-vis de la population qui vous a vu naître et partager cette chance avec elle. Un tant soit peu, ce que vous pouvez leur apporter en termes de soutien dans le cadre du développement, en termes de financement de microprojets, je pense que c'est important. Pour moi, accumuler les richesses n'a pas de valeur si vous n'utilisez pas ces richesses pour promouvoir l'homme, pour promouvoir le développement et pour vous épanouir. Dieu aidant, je dépense beaucoup mais ça rentre aussi. Cela me plaît, me comble énormément de faire plaisir aux gens. C'est peut-être une philosophie de vie, mais je trouve mon bonheur dans le bonheur des autres.

Lefaso.net : Participez-vous aussi à des activités politiques ?

JDDS : Bien sûr, je suis un militant du CDP et je suis fier de l'être.

Lefaso.net : Peut-on s'attendre un jour à vous voir à l'Assemblée nationale ?

JDDS : Mais, l'Assemblée nationale vient d'être installée. Il faut attendre cinq ans. D'ici cinq ans on en reparlera. Mais, pour le moment je suis un militant à la base, je suis membre du bureau politique. J'assume pleinement mon militantisme et je travaille au mieux pour le développement du Burkina dont je suis fier et dont j'ai défendu les intérêts dans ma carrière administrative et dans ma carrière internationale. Je pense que j'ai encore assez de forces, assez de capital humain et de savoir- faire pour poursuivre cette ½uvre.

Lefaso.net : Vous avez passé cinq ans et demi à la CEDEAO en tant que vice-président de la Commission. Après votre départ, il y a un autre compatriote, en la personne de Kadré Désiré Ouédraogo, qui est président de la Commission. Quand vous observez, avez-vous l'impression qu'il continue dans le sillon que vous avez tracé en tant que devancier ?

JDDS : Vous me placez très haut. Lui, il est président et il ne peut pas continuer dans le sillon que moi j'ai tracé en tant que vice-président.

Mais, je crois que c'est un honneur pour le Burkina. Il faut reconnaître là tout le travail formidable réalisé par le Président du Faso en faisant la promotion des cadres supérieurs comme nous autres. Nous, nous avons eu la chance d'en bénéficier. Nous lui devons cette reconnaissance. C'est un bonheur pour moi de savoir qu'après avoir été vice-président, il y a un Burkinabè qui vient faire plus en devenant président de la Commission. Tout cela est à l'honneur du Burkina. Je pense que nous devons non seulement être redevable au Président du Faso pour la promotion de nos cadres supérieurs parce que ce sont des fonctions statutaires qui relèvent de la décision des chefs d'Etat, mais aussi le valoriser en mettant cela sur les acquis positifs de notre diplomatie.

Lefaso.net : Quelle appréciation faites-vous de cette visite de l'Ambassadeur de la République de Chine à Dissin ?

JDDS : La visite de Son Excellence l'Ambassadeur de Taiwan à Dissin le 15 juin 2013 est une visite d'amitié qui nous va droit au c½ur. Nous avons tenu à l'inviter pour qu'il vienne toucher du doigt le développement profond. Quand on parle de développement, les gens croient souvent que c'est Ouagadougou, c'est Bobo. Mais, l'inter-land de la Haute Volta, du Burkina d'aujourd'hui, si vous vous promenez un peu, vous vous rendrez compte que le développement est partout et visible.

Vous avez vu les infrastructures routières, vous avez vu l'électricité, l'eau, le téléphone. C'est un peu ça le vrai développement. Il faut sortir de Ouagadougou, des bureaux et aller au contact des populations. Nous avons échangé ici avec les paysans, qui contrairement à ce que l'on pense, sont très évolués, sont au fait de ce qu'il faut pour le vrai développement. On a parlé des questions d'eau, ils ont dit que l'eau pour eux c'est la priorité des priorités. L'eau, c'est la santé, le développement. On peut faire du jardinage, on peut faire tout avec l'eau. Je crois que nous avons là des vrais contacts pour toucher du doigt le développement, pour toucher du doigt les gens et voir comment le pays évolue dans le concret. C'est pourquoi, nous avons tenu à l'inviter en tant qu'ami pour qu'il vienne sur terrain voir ce qui se fait en matière de développement, avec aussi l'aide de la République de Chine Taiwan.

Lefaso.net : Parlez-nous un peu de l'association FAA.I.TUORA dont vous êtes le président du Conseil d'administration !

JDDS : C'est une association que nous essayons d'animer. L'association regroupe essentiellement des femmes, des jeunes et s'attaque aux problèmes de la pauvreté.

Notre objectif, c'est de promouvoir le développement de la femme, de la jeunesse ; l'auto-développement, FAA.I.TUORA veut dire auto-développement. L'aide peut venir en appoint mais on se développe soi-même. On ne développe pas quelqu'un, comme disait le Professeur Ki-Zerbo. Et nous, nous y tenons beaucoup. C'est tout le sens de notre association.

Lefaso.net : Concrètement, que faites-vous sur le terrain comme actions ?

JDDS : Nous réalisons des forages, nous réhabilitons les anciens forages ou en panne, nous constituons des stocks alimentaires que nous redistribuons pendant la période de soudure, notamment le mois d'août, durant la fête de l'amitié ; nous faisons des microcrédits aux jeunes entrepreneurs. Nous aidons également les jeunes scolarisés à pouvoir mieux préparer leurs examens. Nous avons installé ici un cybercafé haut débit pour que les élèves et les étudiants qui préparent les concours aient un minimum de documentation via Internet.

Entretien réalisé par Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

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