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Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (1/2)

Mardi 18 juin 2013. « Date mémorable » pour le représentant du gouvernement malien ; « geste historique » pour le représentant de l'UA. Blaise Compaoré ne pouvait pas ne pas y penser. Dans son allocution de conclusion de « la cérémonie de signature de l'accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali », à deux reprises, il a évoqué un « appel ».

Celui qui a été « entendu » par tous les acteurs et qui a permis d'aboutir à « un acte historique pour le Mali, la région et la communauté internationale ». Celui qu'il a lancé « à tous les Maliens pour construire la paix ». Ce discours était-il préparé ? Je ne le pense pas. L'officiel avait été prononcé un peu auparavant, à l'issue de la signature de l'accord avec le MNLA et le Haut Conseil de l'Azawad. Celui de « l'appel » est intervenu un peu plus tard, à la suite d'une seconde cérémonie, cette fois avec le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) et la Coordination des mouvements des forces patriotiques de résistance du Mali qui, conformément à l'article 24 de l'accord préliminaire, ont accepté, « sans condition », d'y adhérer. L'essentiel avait été fait auparavant.

Cette seconde étape, quelque peu bricolée et improvisée, pour ne pas dire instrumentalisée, a été l'expression d'un événement majeur : l'éviction de Tiébilé Dramé en tant que chef de la délégation du gouvernement de Bamako, remplacé par le ministre de l'Administration territoriale, une passation de pouvoir qui passera pourtant quasiment inaperçue. Mais pour comprendre ce qui s'est passé en ce jour de « l'appel du 18 juin », il faut reprendre la chronologie de cette journée historique.

Il apparaissait, d'emblée, que la situation avait évolué après les atermoiements qui avaient suivi le week-end du 8-9 juin 2013. Djibrill Y. Bassolé avait été dépêché à Bamako, où il avait été accueilli par son homologue, le ministre des Affaires étrangères qui, longtemps, avait été l'interlocuteur de Ouaga sur ce dossier : Tieman Coulibaly, avant de s'entretenir avec le président par intérim Dioncounda Traoré. A Vienne, où il séjournait alors, Blaise avait dit ce qu'il avait à dire : Bamako devait prendre conscience des réalités ; autrement dit : sans sa médiation, la junte serait toujours au pouvoir et Traoré n'aurait pas pu appeler au secours la France le 10 janvier 2013 face à l'offensive des « islamistes ».

Ceci étant rappelé avec fermeté (cf. LDD Burkina Faso 0366/Lundi 17 juin 2013), Dramé, qui avait rejoint Bamako au soir du 10 juin, était revenu à Ouaga dans de meilleures dispositions. Faisant amende honorable, étant dans les « meilleures dispositions », reconnaissant les « louables efforts » de la médiation. Le boulet n'était pas passé loin : lassé de ses tergiversations, Ouaga avait menacé de suspendre sa médiation. Rappelé à l'ordre, aux réalités politiques et militaires par la médiation et la « communauté internationale », Bamako s'est rendu à Ouaga comme on va à Canossa.

Dès ce matin du mardi 18 juin 2013, il était donc annoncé que la signature de l'accord aurait lieu officiellement à Ouaga 2000 à 16 h. La presse était en place à 15 h 30. Les représentants des organisations Touareg sont arrivés rapidement. Emmanuel Beth, l'ambassadeur de France, avait, lui, le sourire. Soulagé. « Ils sont tous très durs, me confie-t-il au passage. Notamment à Bamako. Mais ça va mieux ». Bassolé ne tarde pas non plus à arriver. « C'est maintenant que ça commence » me dit-il au passage. Autrement dit : le plus délicat sera la mise en ½uvre effective de l'accord préliminaire.

Il règne dans la salle polyvalente de Ouaga 2000, située dans l'enceinte du palais présidentiel, une ambiance de fête de fin d'année scolaire à l'occasion de la remise des prix. Les hauts parleurs diffusent de la musique. Mohamed Sanné Topan, ambassadeur du Burkina Faso à Bamako, arrive avec dans les bras les parapheurs contenant le texte de l'accord préliminaire. Par rapport à la cérémonie du samedi 8 juin 2013, on note la présence de plusieurs officiers supérieurs de la MISMA/Minusma ainsi que du chargé de presse de la Minusma (qui me confond avec François Soudan, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique, mais il n'est pas le premier). Il y a aussi bien plus de diplomates que pour le lancement de la négociation. A 16 h 10, il manque toujours la délégation malienne. « Mais comme certains sont là, on se dit que... », me glisse un des acteurs de la journée. Dramé arrive enfin. Il est déjà en campagne présidentielle et ne manque pas de saluer, un à un, les journalistes maliens qui ont fait le déplacement. La salle est pleine ; on rajoute des sièges.

Discrètement, le colonel Moussa Sinko Coulibaly a fait son entrée. Sans susciter de mouvement particulier parmi les nombreux photographes présents. Il est l'invité inattendu. L'homme de la vingt-cinquième heure. Ce quadra est membre du gouvernement depuis le 20 août 2012. Nommé par Cheick Modibo Diarra. Il était auparavant directeur de cabinet du président du CNRDRE, autrement dit du capitaine Amadou Haya Sanogo. Coulibaly a un parcours militaire exceptionnel pour ce qui est de la formation : Kati, La Fèche, Saint-Cyr, Angers, Accra, Yaoundé. Avant le coup de force de Sanogo, il était directeur de l'instruction à l'Ecole de maintien de la paix, poste auquel il avait été nommé en 2010. Paris le connaît bien. Il est, étant ministre de l'Administration territoriale, l'interface pour ce qui est de l'organisation de l'élection présidentielle ; et Laurent Fabius a eu plusieurs fois l'occasion de s'entretenir avec lui à Bamako et... ailleurs.

A 16 h 20, le président du Faso peut enfin faire son entrée. Tout va très vite. Les parapheurs circulent pour la signature : côté gouvernemental, côté MNLA/HCA. C'est enfin le tour des médiateurs et des témoins. Poignées de main entre les différents protagonistes. Les diplomates et les militaires se lèvent pour immortaliser la scène. Vingt minutes se sont écoulées. Bassolé peut entamer la lecture de l'accord préliminaire. Qui va durer une bonne demi-heure. Le président du Faso va alors donner la parole aux acteurs de cette opération. Coulibaly tout d'abord. Qui évoque un « Mali nouveau » et une « date mémorable » pour son pays et pour l'Afrique puisque ce texte doit être fondateur de « la réconciliation des Maliens entre eux et avec eux », ce qui laisse penser que la déchirure n'est pas seulement Nord/Sud mais également interne. Du côté des représentants des Touareg ont mettra l'accent sur « le vivre ensemble », la reconnaissance de « la diversité culturelle », la nécessité de « tourner la page de la haine ». Etonnamment, un appel « particulier » sera lancé aux Etats-Unis.

Le représentant du président nigérian (médiateur associé dans ce dossier) saluera cet accord qui doit déboucher sur une paix durable. Celui de l'ONU sera plus prolixe et plus concret. C'est une signature « importante et cruciale », une « avancée significative dans le processus de stabilisation » ; il évoque le « courage » et la « détermination » des acteurs de cet accord mais souligne que ce n'est « qu'un premier pas ». Il faut « donc se tourner vers l'avenir », autrement dit être fidèle « dans la lettre et dans l'esprit » au texte signé. Il rendra hommage à Pierre Buyoya, le représentant de l'UA, et à Bassolé ; et rappellera que le 25 juin se tiendra à New York une nouvelle réunion sur le Mali. « Cette fois, ça doit réussir », conclura-t-il.

Buyoya fera court : c'est un « geste historique » qui permet une « sortie de crise » ; reste à mettre en application l'accord signé, ce qui nécessitera « courage et volonté politiques ». Le représentant de l'UE notera que c'est « le Burkina Faso qui a créé les conditions pour déboucher sur ce processus » tandis que les Maliens ont été capables de « surmonter leurs divergences » ; mais, ajoute-t-il, « le plus important, c'est ce qui reste à faire » : la mise en place d'un « processus qui suscite beaucoup d'attentes ».

Il est 17 h 30. C'est au président du Faso de prononcer son discours de clôture. On pense que la journée est terminée et que tout est réglé. Ce n'était pas tout à fait vrai.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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