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Madagascar - Affrontez un zébu et devenez un héros

La tauromachie est une tradition typiquement hispanique, qui se pratique en Espagne comme en Amérique du Sud. Mais saviez-vous qu’elle constituait aussi un rite de passage à Madagascar?

Appelée savika, cette coutume est pratiquée par les populations betsileo habitant le centre de l’île. Localement, ce sport consiste à s’accrocher sur la bosse d’un zébu pour le mettre à terre, comme le montre cette vidéo filmée à Ambatomanohina, une ville de la région centrale d’Analamanga.

Mais ces rodéos un peu spéciaux ne sont pas sans risque, comme on le voit avec ce compétiteur qui tombe sur le sol et se fait violemment piétiner par un zébu furieux. D'ailleurs, les cornes de l'animal peuvent empaler le «héros» imprudent. Pourtant, le jeune Betsileo ne peut échapper à cette cérémonie car elle marque le passage à l’âge adulte. S’il réussit, il sera acclamé comme un «héros», précise en sous-titre le film.

En revanche et contrairement à la corrida, le zébu n’est pas mis à mort. De fait, l'animal est très respecté à Madagascar. La tradition veut qu’il ne soit tué que pour être mangé, comme viande de boucherie ou lors d’un sacrifice.

Le savika ou «zébumachie» sert surtout à tisser des liens entre les générations dans la communauté betsileo, dont l’activité principale est l’élevage de bétail. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait que cet héritage ancestral soit si vivace. C'est l'explication du chercheur malgache Ernest Ratsimbazafy, dont la thèse est consacrée au phénomène (PDF):

«L’éducation des jeunes betsileo se réalise par l’observation du vécu quotidien. Le savika est un des éléments d’éducation des jeunes et des adultes. Les parents initient leurs enfants dès leur plus jeune âge à aimer et à soigner les zébus».

Cette activité n’a pas qu’une fonction sociale:

«La société malgache a perdu beaucoup de ses valeurs. Alors les jeunes doivent perpétuer cette pratique parce qu’aujourd’hui, elle est devenue une source de revenus et nourrit beaucoup de familles», souligne Basile Rakotonira, un compétiteur qui témoigne sur la vidéo.

En effet, plus l’animal est difficile à faire plier, plus il est puissant, et donc plus cher il sera vendu sur le marché.

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