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Nigeria: craintes grandissantes de liens entre les islamistes et Al-Qaïda


Video fournie le 21 octobre 2010 par la secte Boko Haram montrant 7 membres de la secte dans un endroi non identifié AFP/Archives

Une série d'indices fait craindre l'existence de liens entre une violente secte islamiste active au Nigeria et des groupes extérieurs, notamment la branche maghrébine d'Al-Qaïda, estiment des analystes.

Bien qu'il n'y ait pas de preuves formelles, des diplomates occidentaux et des experts en matière de sécurité relèvent que les nombreuses attaques imputées à la secte Boko Haram, souvent à l'aide de bombes, sont de plus en plus sophistiquées. Ils se réfèrent aussi à des messages postés sur des sites djihadistes.

L'éventualité d'une telle connivence fait peur à de nombreux pays occidentaux. Puissance régionale, le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 150 millions d'habitants, en est aussi le premier producteur de pétrole.

"Les liens entre Boko Haram et d'autres organisations extrémistes en Afrique et ailleurs nous inquiètent beaucoup", a déclaré le général américain Carter Ham, commandant des forces américaines pour l'Afrique (Africom) à des journalistes lors d'une visite au Nigeria cette semaine.

Un porte-parole de l'armée nigériane s'est dit convaincu que Boko Haram avait établi des relations avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Il n'avait pas de preuves mais s'est référé au type de bombes utilisées ces derniers mois.

"Avec la présence d'Al-Qaïda dans des pays proches tels que le Mali, le Niger et l'Algérie, il est aisé pour Boko Haram d'établir des liens", a déclaré à l'AFP le lieutenant colonel Hassan Mohammed. Des déclarations de membres présumés de Boko Haram ont aussi fait référence à des liens avec les insurgés islamistes shebab, en Somalie.

Dans le passé, un texte qui aurait été diffusé par Aqmi a également fait état de rapports avec la secte nigériane.

Cette question est hautement controversée au Nigeria, où certains suggèrent que Boko Haram, tout comme les autorités nigérianes, pourraient bénéficier de tels soupçons. Les islamistes voient leur image renforcée par une éventuelle dimension régionale, voire mondiale, tandis que les autorités, elles, peuvent utiliser cet argument pour justifier leur échec à mettre fin aux attaques quasi-quotidiennes attribuées à Boko Haram.

Pour Kyari Mohammed, professeur d'histoire qui étudie Boko Haram, "il s'agit encore d'une insurrection locale".

Dans une récente vidéo, deux otages occidentaux enlevés en mai dans le nord-ouest du Nigeria affirment être aux mains d'Al-Qaïda. Des affirmations qui n'ont pas pu être vérifiées.

Selon un diplomate occidental s'exprimant sous couvert d'anonymat, les auteurs de cet enlèvement pourraient aussi très bien être des malfaiteurs locaux se servant du nom de la nébuleuse.

"Certains officiels nigérians haut placés croient fermement qu'Al-Qaïda est présente", dit-il. Quant à Boko Haram, le gouvernement ne semble pas avoir de plan pour les maîtriser, ajoute-t-il.

La secte a affirmé vouloir instaurer un Etat islamique au Nigeria, qui compte environ autant de musulmans, majoritaires dans le nord, que de chrétiens, plus nombreux dans le sud.

Son insurrection en 2009 avait été violemment réprimée par les forces de l'ordre, faisant plus de 800 morts en quelques jours.

Après une accalmie, des membres présumés ont commencé il y a un an à assassiner des policiers, des responsables politiques ou religieux. Ces derniers mois, les attaques à l'aide de bombes artisanales se sont multipliées. La secte agit essentiellement dans le nord-est mais a revendiqué en juin un attentat au QG de la police à Abuja, la capitale fédérale.

Des analystes estiment que la corruption très répandue au Nigeria ainsi que le clivage énorme entre riches et pauvres sont un terreau fertile pour le groupe dont on sait encore peu de choses.