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1ère matinée du Forum d’Essaouira : « L’art et la culture savent mieux faire que la politique »

Le Forum du Festival Gnaoua a débuté ce matin autour de la thématique « Sociétés en mouvement, jeunesses du Monde » et le ton a été donné rapidement par Neila Tazi, Directrice du Festival, qui justifie le choix du thème du Forum de cette année par la constante volonté d'accorder une place de choix à la jeunesse. « Des enfants qui accompagnaient leurs parents il y a quelques années, viennent aujourd'hui avec leurs proches et amis, preuve que le Festival continue à être à l'écoute des jeunes ».

André Azoulay, conseiller du Roi Mohamed VI, avec beaucoup de sincérité, a renchérit en affirmant que « la confiance en notre société est cruciale, lui donner la capacité de s'exprimer, de critiquer ou de s'abstenir sans frilosité mais avec pédagogie est l'objectif de ce Forum ». Il ajoute que bien souvent « l'art et la culture savent mieux faire que la politique » ancrant un peu plus la légitimité de ce festival. S'en sont suivis des contributions de spécialistes, de membres de la société civile et de personnes du terrain.

Le Docteur en anthropologie Mohamed Sghir Janjar a introduit les débats en expliquant que « les jeunesses du monde sont de retour », en référence à l'actualité des trois dernières années à travers le monde arabe mais aussi occidental. L'éminente sociologue Mouna Bourquia a dressé la liste des mutations qui expliquent les orientations actuelles des jeunesses du monde, de la mondialisation à l'affaiblissement des structures familiales, en passant par la révolution digitale. Elle conclut sur la prise de parole inédite et l'appropriation de l'espace public et virtuel de cette jeunesse nouvelle.

Mouna Kadiri, économiste, a par la suite présenté les conclusions de deux grandes enquêtes datant de 2005 et 2011 sur la jeunesse marocaine qui révèlent entre autres « une colossale ouverture des réponses enregistrées, une prise de parole beaucoup plus libre des jeunes, une migration des tabous ». Le professeur Yves Gonzalez-Quijano, de l'Université de Lyon a partagé son expérience et a relevé notamment que la terminologie utilisée par le Forum était « jeunesses du Monde » et non pas du Maroc, du Maghreb ou même du monde arabe, « ce qui témoigne de la place de la jeunesse marocaine dans un cadre plus large, non identitaire et universel ». Mohamed Merhari, fondateur du Festival l'Boulevard qu'on ne présente plus, a quant à lui, déploré le manque d'implication des artistes dans la mobilisation sociale et politique pour les droits au Maroc, un appel clair à l'engagement en faveur de la jeunesse.

Le second panel a accueilli un témoignage poignant et d'un grand impact sur l'assistance de Rami Farah, cinéaste syrien, expatrié depuis un an à Paris à cause des événements en cours dans son pays. Il a affirmé avec conviction que les jeunes qui ont entamé cette révolution n'ont pas contrôlé le fait qu'ils allaient se retrouver récupérés à des fins électoralistes, ni qu'ils seraient l'enjeu d'équilibres des puissances au niveau mondial. « 100 000 morts sont déjà à déplorer dans ce conflit et les aspirations de la jeunesse ne sont plus à l'ordre du jour ».

Hassan El Kadiri, coordinateur de l'association Bayti à Essaouira a ensuite présenté le bilan et l'état de l'action de l'association auprès des jeunes et enfants en situations difficiles, en insistant sur le rejet de la terminologie « d'enfants défavorisés » qui « stigmatise encore plus ces jeunes ». Le doctorant Mohamed Jeghllaly du centre marocain des sciences sociales et élève du professeur Mohamed Tozy, a présenté avec beaucoup d'humour et de verve son expérience sur le terrain dans les petites communautés du Nord et du Sud marocain où il y a compris « le concept de politique par le bas » en voyant l'apport des jeunes dans le débat politique contrairement aux grandes villes.

C'est Kamal Chibli, conseiller du Président du Sénat français, chargé de la jeunesse du sport et de la vie associative a conclu parfaitement cette première matinée du Forum en déclarant que « la volonté de participer aux décisions est une réalité de la jeunesse d'aujourd'hui, et y répondre c'est éviter le marasme favorable aux extrémismes ».

Zouhair Yata

La Nouvelle Tribune

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