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L’armée tient à sa neutralité

Après la maladie du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, toujours en convalescence aux Invalides, à Paris (France), beaucoup de voix se sont élevées pour demander l'application de l'article 88 de la Constitution portant sur l'empêchement en cas de maladie «grave et durable» ou pour appeler carrément l'Armée populaire nationale à intervenir. C'est le cas de Mohamed Mechati, ancien moudjahid et le dernier membre des 22 qui ont déclenché la Révolution, encore en vie, qui a appelé l'armée à «agir vite». Il n'y a pas si longtemps, beaucoup demandaient à celle-ci de rentrer plutôt dans les casernes et de ne s'occuper que des missions qui lui sont dévolues par la Constitution. La sphère politique doit être laissée aux seuls politiques. Pourquoi lui réclame-t-on d'intervenir alors ? Les voix qui le lui demandent avancent l'argument que le pays va à la dérive et que la situation qui résulte du règne du chef de l'Etat et de son absence, depuis presque deux mois, pour cause de maladie et les man½uvres qui l'entourent met l'Algérie en danger. Les responsables militaires semblent ne pas voir les choses sous cet angle. Dans un communiqué rendu public le 12 juin dernier, le ministère de la Défense nationale a publié une très claire mise au point dans laquelle il rappelle que «l'Armée nationale populaire est une institution nationale républicaine aux missions clairement définies par la Constitution, où il est formellement déterminé le rôle de consolidation et de développement du potentiel de défense de la nation et qui s'organisent autour d'une Armée nationale populaire totalement investie dans sa mission permanente de sauvegarde de l'indépendance et de défense de la souveraineté nationale». L'institution militaire n'a pas manqué par ailleurs de souligner qu'elle «demeure pleinement dévouée à assumer sa noble mission dans le respect rigoureux de la Constitution et des textes de loi régissant le fonctionnement des institutions de l'Etat algérien, sous la conduite du président de la République, chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale». Accusés pendant longtemps d'avoir imposé des présidents aux Algériens, les responsables militaires veulent visiblement être au-dessus de tout reproche en s'engageant, cette fois-ci, à rester dans la stricte légalité que leur impose la Constitution. La maladie ou l'absence du chef de l'Etat, ce n'est pas leur affaire, laisse entendre le communiqué. Leurs missions sont bien définies. Par contre, pensent certains, il y a bien d'autres institutions pour constater la vacance du pouvoir due à «une maladie grave et durable» du chef de l'Etat. C'est le Conseil constitutionnel présidé par Tayeb Belaïz, ancien ministre de la Justice, très proche du cercle présidentiel. Est-ce qu'il va prendre la décision de s'autosaisir pour déclarer l'incapacité du président de la République à gérer les affaires du pays ? Toute la question est là, maintenant que tout le monde sait l'état de santé qui est celui du chef de l'Etat montré par la télévision très malade, très fatigué, sérieusement atteint par l'accident vasculaire cérébral (AVC) qu'il a eu le 27 avril dernier. Ce ne serait certainement pas l'armée, théoriquement, qui va se substituer aux institutions civiles et à une classe politique totalement laminée, incapable de faire entendre sa voix. Qu'à cela ne tienne, une intervention de l'ANP que certains appellent ne serait rien d'autre qu'une forme de coup de force contre un président en exercice. Ce boulet, l'ANP déclare fermement ne pas vouloir le traîner. Pour des analystes, ce serait un facteur supplémentaire d'instabilité alors que quelques mois nous séparent de l'élection présidentielle de 2014. Des sources bien informées expliquent que la situation de crise que vivent le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) serait un autre signal de la volonté de l'Etat de laisser hors de portée des ambitions présidentielles de ces deux instruments du pouvoir. Un fait qui présagerait d'une élection à la magistrature suprême ouverte, soutiennent les mêmes sources. Les responsables de l'armée se gardent en effet de s'encombrer de rôles qui ne sont pas les leurs. Et surtout d'une intervention qui desservirait l'institution militaire et le pays. Certains d'ailleurs n'attendraient que cela pour crier au loup. Si le ministère de la Défense nationale a cru bien faire de publier une mise au point pour éclaircir sa position, le flou plane par contre sur l'évolution de la situation politique du pays.  

El Watan

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