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Le palais présidentiel malien et le dilemme cornélien : Entre le marteau de Hollande et l’enclume du peuple malien

Avouons-le d’emblée, le premier décideur malien n’a pas la tâche aisée. Le président Dioncounda Traoré ressemble aujourd’hui à « un pourchassé » cerné par une horde de lions arrivés au bord d’un marigot rempli de crocodiles affamés et de surcroît anthropophages. Les lions menacent, le marigot a faim ! Tenu par l’insistance française de conclure un accord avec les bandits du MNLA et soumis à la forte pression de son peuple, le président malien fait face à l’Histoire, temps des orages enclins aux décisions régaliennes, l’équation ne serait pas aussi alambiquée si elle n’était pas inhérente au destin vital d’un pays, son avenir que toute décision non incluse dans une perspective stratégique lucide peut hypothéquer.

 

 

Le négociateur de Ouagadougou avait-il sous-estimé autant que la France la résistance malienne ? Les Maliens, même affaiblis, humiliés, divisés, sont néanmoins loin d’être couchés. Des « GRIN », ces cercles de causerie informels et fortement politisés à l’Assemblée nationale ; de la diaspora à l’armée ; de la presse écrite à la sphère facebookienne, l’opinion publique malienne s’exprime, exige, veille au grain car elle n’ignore ni les crimes du MNLA au nord du pays ni sa faible représentation même au sein des Touaregs. Les Maliens ne veulent plus d’un Accord de la honte. Les nôtres dans l’armée ne sont pas morts inutilement pour voir offrir sur un plateau d’or la prime de l’impunité aux bourreaux.

 

 

La fameuse communauté internationale, en réalité, la communauté des puissants présidant aux destinées du monde, même sous l’onction onusienne pour lui conférer un visage légal et juridique, peut faire son chantage mais l’Afrique a trop appris des limites de l’aide, de la dette, ses côtés pervers quand la main gauche récupère ce qu’a donné la main droite. Tant que la France n’a pas compris que l’opposition des Maliens aux négociations de Ouaga est moins dirigée contre elle que contre les criminels du MNLA, elle continuera à faire l’éberluée face à la désillusion à propos du retard de voir un accord conclu.

 

 

En réalité, les Maliens ont trop souffert d’une crise humiliante et trop fatigués ils sont par le réveil cyclique d’une rébellion dont les arguments « développementalistes » n’ont pas suffi à en cacher l’essence vraie, la visée véritable, l’indépendance à l’horizon pour une zone du pays (le Nord) dont les « indépendantistes » ou « autonomistes » sont loin d’être majoritaires. Sorte de mobilisation subversive et armée contre l'État mais rébellion coupée d’un soutien populaire. Si le MNLA échoue dans ses visées, c’est que lui-même, en dépit de son habilité médiatique, n’a pas mesuré la fracture sociologique et anthropologique qui condamne son projet séparatiste sans soutien populaire des populations locales abusivement enrôlées dans le nom imposteur Azawad. Et c’est ce que la France doit comprendre. À vouloir imposer un mouvement qui prétend parler au nom d’une zone où il n’est pas populaire, Hollande finira par être surpris. Il peut imposer la date des élections mais l’évolution de la situation septentrionale du Mali prouve bien que les puissances ne réussissent jamais à faire tout ce qu’elles veulent. Il n’y a rien de plus dangereux contre un projet colonialiste que la résistance populaire. Cette vérité vaut également pour le MNLA dont le projet séparatiste est rejeté même au Nord du Mali.

 

 

Le président malien sait, lui-aussi, que son peuple n’acceptera plus d’apprendre la teneur d’un Accord sur RFI sans que les députés et la presse locale l’aient connu et fait connaître à l’opinion nationale. Le temps est certes lent mais le temps change et les opinions d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Nous croyons en la fraternité entre les peuples et défendons ce Mali fraternel et divers, ouvert à la Coopération, la vraie mais pas celle qui avilit et divise notre pays. Entre le marteau de Hollande et l’enclume des Maliens, le président malien, face au choix cornélien, sait qu’en politique, l’intelligence des situations n’est pas un slogan mais une preuve. Cette preuve-là est plus belle quand elle est du côté de la Vérité : celle des intérêts vitaux du Mali. La France n’a pas tort de défendre les siens. À nous de savoir dire Non au nom du Oui à notre Avenir. De Gaule a déjà averti que les États n’ont pas d’amis mais des intérêts. Le chaudron malien est une épreuve d’incandescence mais de ce temps volcanique doit naître le Mali Kura, porteur d’une mémoire des failles et des faiblesses passées afin que le mal ne se répète et ne frappe à nouveau.

 

 

Yaya TRAORE

Politologue

Mali Web

Ses derniers articles: Atelier de concertation du HCR sur le retour des réfugiés et déplacés du Mali : Les acteurs en conclave pour la facilitation du processus  ORTM / Journal TV 20h du 15 Septembre 2013  L’étrangleur de Bagadadji étranglé 

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