mis à jour le

Focus : Un rêve égoïstement sacrifié

Deux points sur six ! C'est le triste bilan que l'Equipe nationale de football (senior) du Mali vient de réaliser à domicile. Juste-là en pôle position avec l'Algérie dans le groupe H des éliminatoires du mondial 2014, les Aigles ont subitement perdu l'élan amorcé depuis la CAN 2012 au Gabon et en Guinée Equatoriale.

 

 

En une semaine, le rêve du public sportif malien d'une première qualification historique pour une phase finale de Coupe du monde s'est effondré. Deux nuls au 26 Mars de Yirimadio, les 9 et 16 juin, respectivement face au Rwanda (1-1) et le Bénin (2-2) l'ont définitivement enterré. Plus réalistes, les Fennecs ont au même moment remporté deux victoires décisives à l'extérieur, notamment contre le Bénin (3-1) et le Rwanda (1-0). En conséquence, l'Algérie se qualifie pour la dernière phase éliminatoire du mondial «Brésil 2014» car ne pouvant plus être rejointe dans le groupe H de la zone Afrique. Avant la dernière journée prévue en septembre prochain (Algérie-Mali), elle affiche 12 points contre 8 au Mali, le second du groupe. Le Mali enterre son rêve !

 

 

Tout a basculé en une semaine. À qui la faute ? Le Français Patrice Carteron est le meilleur bouc émissaire dans cette situation. Sans doute que sa démission à la veille de ces deux matches importants a finalement été un handicap sérieux. Il était visiblement le seul à maîtriser le système mis en place depuis un an. C'est d'autant vrai que son second n'a pas été à la hauteur. Il a lamentablement pataugé. La sélection a baissé de niveau entre le match contre le Rwanda et celui contre le Bénin. Dans la dernière rencontre, elle a été méconnaissable. Mais, à notre avis, le départ controversé de Patrice Carteron n'est que la suite logique de la mauvaise gestion de l'après CAN 2012. Sans doute que la qualification et la 3e place conservée à la CAN 2013 en Afrique du Sud avaient fait croire que le pire avait été évité. Hélas, cela nous a pétés dans le visage au moment où l'espoir était le plus fort. Patrice Carteron est parti comme son prédécesseur, Alain Giresse : dans la controverse ! Et le mauvais rôle a été attribué à la même personne : Moussa Konaté, vice-président de la Fédération malienne de football (Femafoot), cité aussi dans la tentative d'exclusion ou d'éloignement de Cheick Tidiane Diabaté. Les deux techniciens français l'ont indexé comme le principal responsable de leur départ précipité.

 

 

D'abord, parce qu'il était leur principal interlocuteur dans les négociations pour le prolongement de leur contrat. Mais, aussi pour de nombreuses autres raisons qu'ils ne veulent pas étaler au grand jour par courtoisie, mais «surtout par respect pour le Mali, un grand pays avec un peuple passionné de foot». Mais, pour l'un et l'autre, le ver est dans le fruit et il serait utopique de vouloir réaliser certains rêves tant que tous les acteurs ne se remettent pas en cause, ne renoncent pas à des rêves personnels. À l'exception bien sûr de l'Etat qui joue pleinement son rôle de bailleurs de fonds et dont les marges de man½uvre sont considérablement réduites par la CAF et la FIFA. D'ailleurs, Carteron l'a reconnu dans plusieurs interviews, il n'a rien à reprocher au ministère de la Jeunesse et des Sport qui a toujours assumé ses responsabilités et où les portes lui ont toujours été largement ouvertes pour discuter de ses préoccupations. Ce qui ne fut pas certainement le cas à la Fédé ou Carteron et Giresse disent s'être fréquemment heurtés à un mur de «silence» si ce n'est de «dédain».

 

 

Ce que nous n'avons surtout jamais compris, pourquoi les responsables de la Femafoot n'ont jamais laissé le Directeur technique national (DTN) jouer son rôle d'interface entre le Comité exécutif et les deux Français ! Laisser partir Alain Giresse fut un très mauvais choix ! Surtout que, officiellement, les points d'achoppement étaient négligeables par rapport à l'intérêt national en jeu. Nous l'avions dénoncé à l'époque, en insistant surtout sur le fait que toute la vérité n'était pas portée à la connaissance de l'opinion dans cette affaire. Comme beaucoup d'observateurs, nous sommes convaincus qu'avec lui le Mali aurait fait mieux que la 3e place de la CAN 2013 et nous ne sérions pas sans doute à ce stade déception par rapport à  la qualification à la Coupe du monde. Nous ne minimisons nullement les performances réalisées par Pat (Patrice Carteron) en un an.

 

 

Le système aussi pourri que ses animateurs

Mais, on ne peut bâtir les grandes sélections que sur le long terme, que dans la continuité. Mais, pour des raisons qui ne sont connues que d'eux-mêmes, les acteurs nous amènent sans cesse à la case-départ. Et c'est l'intérêt national qui en pâtit. Ce n'est pas fortuit que chaque fois que nous nous approchons de la concrétisation d'un rêve national, les vieux démons ressurgissent des ténèbres pour nous barrer la route. L'équipe actuelle n'a pas brillé par la gestion des hommes, notamment des entraîneurs. Il est facile pour elle d'indexer les techniciens en question en les accusant de «trahison»... Les absents ont bon dos, mais toujours tort, dit l'adage. Mais, ces boucs émissaires ont toujours eu l'élégance de se taire pour ne pas se mêler à un conflit qui ne les concerne pas ou de servir une cause qui est loin d'être la leur : livrer l'actuel Comité exécutif à ses adversaires !

 

 

À notre analyse, ceux qui s'agitent aujourd'hui dans les médias inféodés ne valent pas mieux que ceux qui sont aux affaires. Ces derniers ne valent pas non plus mieux que ceux qu'ils ont combattu pour être là ! C'est le système qui est vicieux, les alliances mégalomaniaques, donc loin d'être sincères. Ce sont l'égoïsme, l'hypocrisie et l'égocentrisme qui minent le foot malien. Les acteurs qui sont au devant de la scène depuis plus d'une décennie sont presque tous faux. Ils sont incapables de se regarder en face pour se cracher les quatre vérités. Ils préfèrent parler les uns dans le dos des autres. Dans la même «équipe» (???), on n'hésite pas à se jeter des peaux de bananes dans l'ombre pour ensuite chercher le bouc émissaire ensemble. Ils ne peuvent jamais faire fi de leurs intérêts au bénéfice de cette nation. Chacun veut une portion du pouvoir fédéral pour sa cause, pour s'en servir comme un tremplin au moment opportun. La fédé est devenue une orange très convoitée par un club d'affairistes (ventes de joueurs, sélections des protégés même en méforme, exclusion de ceux qui ont le culot de s'opposer) pas pour servir la discipline, mais pour les avantages que cela leur confère. Si le système est pourri, les hommes le semblent plus. Alors qu'ils dégagent tous pour faire de la place à de nouvelles compétences. Il est facile de se décharger sur les Keshi, Giresse, Carteron... Mais, il est temps que chacun se remette en cause, que chacun s'oublie pour donner une vraie opportunité au Mali de s'affirmer pour de bon sur la scène africaine et mondiale. De donner enfin à ce passionné de foot sa vraie chance, sans hypocrisie ni égoïsme ! Et cela à travers ceux qui aiment réellement ce football et ont les compétences requises de le servir en toute responsabilité !

Dan Fodio

Mali Web

Ses derniers articles: Atelier de concertation du HCR sur le retour des réfugiés et déplacés du Mali : Les acteurs en conclave pour la facilitation du processus  ORTM / Journal TV 20h du 15 Septembre 2013  L’étrangleur de Bagadadji étranglé