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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Cadavres, levez-vous !

Birago Diop avait raison lorsqu'il écrivait «les morts ne sont pas morts». Ils sont jugés dans les tribunaux, ils perçoivent des salaires et effectuent leur devoir civique. Texte et dessin inédits du dessinateur burkinabè Damien Glez.

L'auteur sénégalais Birago Diop écrivait: «Les Morts ne sont pas sous la terre / Ils sont dans l'arbre qui frémit / Ils sont dans le bois qui gémit…»

Ils sont aussi parfois en procès.

20 juin 2011. Salle d’audience du tribunal militaire de Douala, au Cameroun. La cour appelle l’accusé Maxime Wondjè. Silence. S’agirait-il d’un procès par contumace, comme celui de l’ex-président tunisien Ben Ali? Pas du tout. L’accusé de vol à main armé a été arrêté et il y a belle lurette. Mais le silence se prolonge dans le tribunal. Au bout de quelques secondes, la cour se renseigne auprès du chef d’escorte. Celui-ci avoue ne pas savoir où se trouve le prévenu. Se serait-il évadé?

Un détenu se signale soudain et annonce que l’accusé est décédé, après s’être présenté, souffrant, à sa dernière convocation. Est-il mort il y a si peu de temps que l’information n’a pu être enregistrée au greffe? En fait, il est mort depuis environ… un an. On peut être condamné à mort ou mort avant d’être condamné…

                           «Les Morts ne sont pas sous la Terre

                             Ils sont dans les cachots humides

                             Dans les audiences préliminaires

                             Ils sont dans les prétoires… même vides»

Il n’y a pas qu’au tribunal qu’on peut sentir le souffle des fantômes. En février dernier, la ministre guinéenne du Travail et de la Fonction publique annonçait que 2.019 fonctionnaires décédés continuaient de percevoir leur salaire. L’état débourserait plus de 4 milliards de francs guinéens (413.500 euros) par an pour payer les morts non déclarés au fichier du personnel.

À la même période, en Afrique Centrale, le journal Cameroon Tribune affirmait que des campagnes d'assainissement des fichiers de l’Etat auraient débusqué près de 110.000 fonctionnaires fictifs depuis le milieu des années 90. Huit milliards de francs CFA (12 millions d’euros) seraient ainsi distribués, chaque année, à des fantômes…

Fin 2009, déjà, le «nouveau» pouvoir gabonais annonçait que les fonctionnaires fantômes seraient sanctionnés, après le lancement d’une opération de recensement des agents de l'Etat. Un audit général de la fonction publique devait permettre de dégraisser les charges salariales qui grèvent le budget de l'Etat. «Nous voulons des fonctionnaires qui existent physiquement», déclarait le Premier ministre.

En 2006, après le Niger et le Mali, c’est le Sénégal qui traquait les employés fictifs. Le problème n’était pas que celui des morts-vivants. Dans de nombreux pays, on parle de cas de doublons d'emploi, mais aussi de gens ayant cessé toute activité et continuant tout de même de percevoir leur salaire, en particulier dans des régions reculées. Il aura donc fallu des opérations d’«identification physique et géographique» et de «billetage». Cadavres, présentez-vous!

En 2006 toujours, le Niger annonçait que quelque 4,6 milliards de francs CFA (environ 7 millions d’euros) étaient versés, chaque année, à des fonctionnaires fictifs. Au Mali, 3.000 agents payés seraient restés introuvables lors d'un contrôle «physique»…

Dans quelles poches tombent les émoluments non-fictifs d’employés virtuels?

                         «Les Morts ne sont pas sous la terre

                          Ils sont dans la fonction publique

                          Ils reçoivent des fiches de salaires

                          Ils boursouflent les statistiques.»

Les défunts sont décidément bien actifs. Et ils ne grèvent pas seulement les budgets des fonctions publiques. Ils biaisent aussi la démocratie. Si les élections provoquent parfois le décès de militants, elles semblent également ressusciter quelques électeurs. Le jour des scrutins, il serait intéressant de croiser le registre électoral et les pages de communiqués nécrologiques. On s’apercevrait que des morts sortent de leurs sépultures, comme dans un clip de Michael Jackson, et se rendent au bureau de vote le plus proche.

Au Nigeria, à l’occasion des récentes élections du président, des députés et des gouverneurs, on rappelait que les deux dernières décennies de processus démocratique avaient été marquées par des fraudes. La précédente liste électorale était truffée d'électeurs décédés. Le pays vient de se doter d'un nouveau fichier électoral électronique comportant les empreintes digitales du votant. Les cadavres fraudeurs n’ont qu’à bien se tenir!

                        «Les Morts ne sont pas sous la terre

                         Ils sont dans l’urne délétère

                         Ils sont dans les scores staliniens

                         De dictateurs "républicains".»

Qui a dit qu’être mort était reposant?

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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