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Rached Al-Ghannouchi : Ingérence , en Algérie ?

Par Ridha Ben Kacem

« Monsieur Rached Al-Ghannouchi est un homme politique expérimenté, clairvoyant et avisé, je suis convaincu qu'il n'a pas tenu ce genre de propos qui lui sont prêtés et qui pourraient être considérés comme une ingérence dans les affaires intérieures de l'Algérie ». Extrait : « ... qui pourraient être... ».Voyez la subtilité de ce langage diplomatique. Ces propos ont été prononcés hier, à Alger, par Amar Belani, porte-parole du ministère des Affaires étrangères algérien, qui se dit, par ailleurs, surpris par les propos prêtés à Rached Al-Ghannouchi qui vient de séjourner en Algérie. «M. Mokri est le candidat le plus indiqué, pour la prochaine présidentielle »,aurait déclaré Rached Al-Ghannouchi, au siège du MSP. Ses propos ont été rapportés notamment, par le journal L'Expression. Le MSP est le Mouvement de la société pour la paix, en arabe : Harakat Moudjtamaa As-Silm, appelé autrefois, Hamas. C'est un parti politique islamiste algérien, créé le 6 décembre 1990, par Mahfoud Nahnah, qu'il présida jusqu’à son décès, en 2003. Le MSP a remporté 7 % des voix et eu 38 députés au parlement, suite aux élections législatives de 2002. Il fait partie de la coalition parlementaire, qui forme le gouvernement, avec le FLN et le RND. Abderrazak Mokri a été élu, samedi 4 mai 2013, à la tête du MSP. Ancien vice-président, il a pris la place de Bouguerra Soltani, qui dirigeait le parti, depuis 2003.

Rached Al Ghannouchi a séjourné en Algérie, pour participer à un colloque tenu le week-end dernier, à l'occasion du 10ème anniversaire de la mort du fondateur du MSP, Mahfoud Nahnah. Plusieurs partis islamistes algériens se sont retrouvés à l'hôtel Riad, à Sidi Fredj, en présence des leaders des partis islamistes arabes : le Tunisien Rached Al Ghannouchi, bien sûr, mais aussi, le Palestinien du Hamas, Oussama Hamdane, Cheikh El Djabri du Liban et d'autres représentants du Soudan, du Pakistan et du Koweït. Une belle brochette de décalés temporels, en somme. Lors du colloque, Rached Al Ghannouchi a émis le souhait que les rangs des islamistes algériens soient unifiés, d'autant qu'il n'y a pas de « différences» entre ces partis a-t-il souligné. Il donne ainsi l'impression, de mieux connaitre la mouvance islamiste algérienne, que son homologue, en Tunisie, qu'il n'arrive pas à unifier, sous sa houlette, lui qui a l'ambition d'unifier et de présider tous les mouvements des frères musulmans du monde Arabe.

Pour comprendre le pourquoi et le comment des propos tenus par le gourou tunisien, il faut les placer dans leur contexte naturel. Il s'agit d'une part, de la fragilité de la santé du Président algérien, Abdelaziz Boutaflika, et de l'autre, de la tenue des prochaines élections présidentielles algériennes, en 2014. Ces élections seront les premières à se tenir en Algérie, au lendemain des mouvements de révolutions arabes, qui, avec le soutien de Washington, ont abouti à l'arrivée des islamistes de la mouvance des frères musulmans, au pouvoir en Tunisie, en Egypte et en Libye. Pour les algériens, les enjeux de ces élections présidentielles, dont l'échéance avance à grands pas, sont considérables et les chances de voir l'Algérie retomber dans la spirale de la terreur, sont présents, dans tous les esprits. Les propose tenus par Rached Al-Ghannouchi sont perçus, par nos amis algériens, comme de l'huile qu'on jette sur le feu.

Pour apaiser la tension créée par les propos qui lui sont attribués, Rached Ghannouchi a déclaré : « Je ne vois pas pour quelle raison l'Algérie ira chercher aujourd'hui, un Président, puisqu'elle en possède déjà, un qui occupe la place naturelle qui lui sied et qu'il mérite. Il s'agit du frère et ami, le Président Abdelaziz Bouteflika, puisse Dieu le Tout-Puissant hâter son retour dans la plénitude de ses forces, pour poursuivre ses missions ».Il a tenu ces propos dans le cadre d'une déclaration à la presse, à l'aéroport international Houari-Boumediène, avant de quitter hier, Alger. C'est très subtil de se situer sur deux plans temporels, à la fois : Actuellement et 2014. La Palice n'aurait pas fait mieux. Quant à l'expression « ... puisse Dieu le Tout-Puissant hâter... »,bien évidemment, on peut la mettre aussi à une autre sauce, si vous voyez ce que je veux dire. Par ailleurs, Rached Ghannouchi a qualifié de « pure affabulation » les propos rapporté ci haut, et qui lui ont été attribués, sur son soutien manifeste, à Abderrazak Mokri, à la prochaine présidentielle, en Algérie, soulignant qu'il ne lui, revenait pas « de proposer la candidature de telle ou telle personne. Je ne suis pas un électeur dans ce pays, mais je dirai que le poste de Président est occupé par quelqu'un qui le mérite», a-t-il dit. « Je prie Dieu pour le retour de Son Excellence le Président que nous fêterons tous ensemble »,a-t-il ajouté, exprimant par ailleurs et comme il se doit, sa gratitude pour l'hospitalité, dont ont fait part, les responsables de l'Etat algérien, à son égard. Il a rappelé avant de s éclipser, que sa visite en Algérie s'inscrivait dans le cadre de la conférence consacrée au défunt cheikh Mahfoud Nahnah. Un autre cheikh, un autre temps.

N'empêche, les islamistes du MSP algérien sont aux anges, car leur rêve panislamiste algérien reprend forme car leur mouvance est légèrement atomisée. Non seulement, ils relancent leur projet fédérateur des mouvements islamistes, en Algérie, mais ils viennent d'obtenir la baraka du Cheikh Rached Ghannouchi, le leader d'Ennahda, connu pour être le premier frère musulman, à être arrivé « pacifiquement » au pouvoir, dans un pays Arabe, ce qui lui confère, forcément, une certaine légitimité, à prétendre diriger cette mouvance islamiste. Rached Ghannouchi, invité de marque du MSP algérien, accueilli tel un chef d'État, n'a pas tari d'éloges, sur l'actuel leader du MSP en affirmant tout en infirmant, à la fois, qu'Abderrazak Mokri était apte à briguer la magistrature suprême, en Algérie. Cette baraka du cheikh malheureusement tunisien, est suffisante pour que les dirigeants du MSP relancent leur projet sur la fédération des mouvements islamistes algériens, en prévision de la présidentielle de 2014. Le MSP au pouvoir, en Algérie ? Cela donnerait surement, des ailes, à Ennahdha en Tunisie. De quoi appliquer la Charia, deux fois plutôt qu'une.

En résumé, on rappelle donc, que la présence du leader d'Ennahda, en Algérie, en compagnie d'une forte délégation de son mouvement, répond à l'invitation du MSP qui célèbre en grandes pompes, le dixième anniversaire du décès de son fondateur, Mahfoud Nahnah. Une occasion pour Rached Ghannouchi, pour battre le rappel des Frères musulmans du monde entier, à son profit, et pour son grand ami, Abderrazak Mokri, de relancer le projet fédérateur des Frères musulmans algériens. D'ailleurs, Abderrezak Mokri s'est montré, hier, confiant quant à l'adhésion des partis islamistes algériens à son projet. Un projet qui avait été lancé au lendemain du déclenchement du Printemps arabe, qui a vu l'arrivée des Frères musulmans au pouvoir en Tunisie, en Égypte et en Libye et qui avait donné des ailes aux islamistes algériens. Pour rappel aussi, le MSP avait décidé de divorcer avec l'Alliance présidentielle, déjà en hibernation, pour lancer son Alliance verte panislamiste.

Cette Alliance verte n'avait pourtant pas réussi à rassembler toutes les composantes de la mouvance islamiste et n'avait pas permis aux islamistes algériens, de réaliser des scores importants, lors des élections législatives et locales, de l'an dernier. Bien au contraire, non seulement les islamistes avait reculé, dans les scores enregistrés, mais surtout avaient souffert des divisions internes, notamment, depuis la création de deux partis issus du MSP, par deux anciens cadres du parti, Amar Ghoul et Abdelmadjid Menasra. Même si les cadres du MSP ne cachent pas leur optimisme, quant au soutien apporté par les Frères musulmans du monde entier, et des Tunisiens, Rached Ghannouchi, en tête, en particulier, ils se montrent d'autant plus confiants, que les autres formations politiques islamistes algériennes semblent, pour le moment, il est vrai, adhérer à leur démarche fédératrice. Mais ces mouvements sont loin de succomber à l'euphorie, en ce concernes les prochaines élections présidentielles, eux qui ont reçu une véritable douche froide, lors des élections de l'an dernier.

Lucides, les frères musulmans algériens savent que leur vison rétrograde de la société, fait peur aux citoyens. D'ailleurs, Rached Ghannouchi, en personne, le grand leader des Frères musulmans tunisiens, a reconnu, à Alger même, que son mouvement a dû faire machine arrière, dans le projet de la rédaction de la future Constitution tunisienne, en renonçant à inscrire la charia, comme base de référence des lois, dans le pays. Pour le moment serait-on tenté d'ajouter.

On le voit bien, les prochaines élections présidentielles algériennes suscitent pas mal de débats. Mais, il est un grand pays qui semble poser problème aux algériens : Les USA. En effet, Washington évoque d'ores et déjà, l'échéance cruciale de la présidentielle, de 2014. Si l'on admet le langage très diplomatique, de la sous-secrétaire d'État US aux Affaires politiques, en visite, ce lundi 17 juin, à Alger, quant à la non-implication des Américains, dans le processus en cours, en Algérie, il n'en reste pas moins que Washington ne peut s'empêcher de dire son mot, dans la prochaine opération électorale, surtout que celle-ci intervient en plein bouleversement dans la sphère Arabe. L'on sait que dans le principe, les Américains soutiennent toute révolution démocratique, émanant du peuple. Mais dans les faits, ils ½uvrent pour faire en sorte que le prochain élu algérien leur soit plutôt, favorable, sinon, inféodé, comme Ennahdha et Ghannouchi, en Tunisie.

En pesant dans la balance en faveur des islamistes, comme ils l'ont fait en Égypte et en Tunisie, la Maison-Blanche affirme néanmoins qu'elle « travaillera » avec n'importe quel gouvernement algérien, qui sera issu des urnes. Difficile à croire, mais bon. Il faut bien comprendre, en effet, que les USA ne perdent jamais de vue leurs intérêts stratégiques, l'objectif étant de veiller à la stabilité des États alliés ou des pays avec lesquels la coopération sécuritaire revêt un aspect fondamental, pour les USA, comme c'est le cas de l'Algérie. Pour un pays qui est considéré comme un pilier, dans la guerre contre le terrorisme international, qui fait face à une crise sahélienne des plus sérieuses, mais qui, dans le même temps, doit veiller à la poursuite des réformes démocratiques, l'Algérie est condamnée à renforcer sa stabilité politique, surtout que les islamistes qu'elle a combattus, dans les années 1990, jouissent de bons soutiens, dans le monde Occidental. C'est pour ces raisons que la perspective des élections de 2014 n'est pas seulement réduite à l'organisation d'une présidentielle. Elle est aussi et surtout la réussite ou l'échec pour un bon bout de temps, de la mouvance islamiste, qu'elle porte ou non, l'appellation d'Alliance verte.. Réussite ou échec, non pas par rapport aux citoyens des pays concernés, mais tels qu'ils sont perçus, par les USA, l'Occident et l'OTAN, dans l'ordre ou le désordre, car tout es bénef, pour Washington.

Par Ridha Ben Kacem le 18 juin 2013

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