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Des moustiques sénégalais résistants aux insecticides

Les moustiques sont des insectes intelligents, qui s’adaptent rapidement. Un peu trop rapidement. Une étude publiée le 18 août par des chercheurs sénégalais montre que les Anopheles gambiae —une des espèces responsables de la transmission du paludisme à l’homme— deviennent résistantes aux moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Les conclusions de l’enquête scientifique, présentées par BBC News, pourraient constituer un tournant dans la lutte contre le paludisme, qui tue un enfant toutes les 45 secondes en Afrique.

Simples d'utilisation et économiques, les moustiquaires imprégnées sont la méthode la répandue pour lutter contre la maladie sur le continent, note le site Medscape Today. Introduites en 2008, ces moustiquaires spéciales se sont généralisées et permettent, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de faire reculer de moitié les cas de paludisme —à condition d'être correctement déployées.

Mais les observations réalisées par l’équipe de scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement de Dakar pourraient sonner la fin des progrès enregistrés avec cette technique.

L'étude a été réalisée dans le village de Dielmo, situé à la frontière nord du Sénégal, qui le sépare de la Gambie, entre 2007 et 2010. Ont été observés d’un côté les habitants touchés par le paludisme, et de l’autre les moustiques. En 2008, les chercheurs ont distribué à chacun des habitants une moustiquaire imprégnée.

Ils ont alors pu observer deux phénomènes relativement inquiétants:

- D'abord, les moustiques ont développé une aptitude à survivre aux insecticides utilisés sur les moustiquaires. Entre 2007 et 2010, la proportion des insectes ayant acquis une résistance génétique à un type de pesticide est passé de 8 à 48%. Rien que pour le Deltamethrin, l’insecticide recommandé par l’OMS, «la proportion de moustiques résistants était de 37%» en 2010.

- S’ajoute à cela le phénomène inverse chez les humains: l’utilisation prolongée des moustiquaires réduirait l’immunité acquise «grâce» à l'exposition aux piqûres répétées lorsqu'ils n'étaient pas protégés, selon les chercheurs.

Par conséquent, après avoir chuté les deux premières années suivant la distribution des moustiquaires, les cas de paludisme se sont multipliés, explique Medscape Today. Le taux de personnes touchées par la maladie est passé de 33% en 2007 et 2008, à 63% en 201 —les enfants âgés de 10 à 14 ans étant particulièrement concernés.

«Ces résultats sont extrêmement préoccupants, car ils soutiennent l'idée que la résistance aux insecticides pourrait ne pas permettre une baisse substantielle de la morbidité du paludisme dans de nombreuses parties de l'Afrique», écrivent les scientifiques.

Mais déjà des voix s’élèvent dans la communauté scientifique pour ne pas généraliser trop rapidement à tout le continent ces conclusions. Espérons toutefois que les moustiques de Dielmo soient vraiment des cas particuliers.

Lu sur BBC News, Medscape Today