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Abdellatif Laâbi ou l’autre écriture

Ce livre* que j’ai hâte de lire, convoque une période cruciale de notre histoire, à tous les niveaux, politiques et culturels. Le lien avec les révolutions d’aujourd’hui et les contestations partout au Maroc, est d’une pertinence explosif.

Et ce lien a été mis en évident dans une activité organisée par le Mouvement du 20 février Paris-IDF (bravo les ami-es), autour du livre de Kenza Sefrioui. Kenza Sefrioui est, dans cette vidéo, rayonnante et domine parfaitement son sujet (voir ci-dessous).

Je sais qu’on ne pouvait pas tout aborder en si peu de temps dans une vidéo. Je voudrais rapidement souligner, à travers quelques éléments, que la personnalité de Abdellatif Laâbi reste incontournable dans cette phase de l’Histoire. Il était fort exigeant et, par exemple, Tahar Benjelloun n’aurait jamais eu la chance de rejoindre et de publier ses poèmes dans Souffles, si Abraham Sefaty ne l’avait pas défendu. Pour Laâbi, Tahar Benjelloun ne pouvait mériter le statut d’écrivain de « race ». L’écriture de « race » telle qu’elle est définie par Laâbi dans ses écrits théoriques (car il s’agit bel et bien d’écrits théoriques pour l’avenir de la littérature universelle, et en particulier au Maroc et au Maghreb), est esquissée dans « L’Oeil et la Nuit » et dans les ½uvres contemporains de ce roman épais étrange par son obscurité à bon escient. Une écriture qui n’a rien à voir avec la facilité des écrits commis par des gens comme Tahar Benjelloun. Et je crois que, même si nous étions nombreux à avoir lu Tahar Benjelloun, ce dernier reste un auteur mineur soutenu par tout un Paris friand d’exotisme et de « curiosités » littéraires, folkloriques, en somme.

Abdelkbir Khatibi, quant à lui, s’est arraché les cheveux pour comprendre par exemple le poème intitulé « RACE » de Laâbi… Plus tard un conflit intellectuel entre Khatibi et Laâbi a retenti au grand jour. Khatibi dit qu’il ne peut y avoir de « bilinguisme intégral »; et Laâbi dit et répète que son ½uvre est profondément bilingue, intégralement bilingue… C’est un débat crucial qu’il faudrait un jour aborder.

Cela dénote que l'½uvre de ce grand homme, qui est Laâbi, a fait non seulement irruption dans la langue française pour la dénoyauter de l’intérieur, mais il a du même coup cassé la sacralité de la langue arabe, amenée à se soumettre à la logique du métissage obligé… Ce qui me permet de dire que les auteurs écrivant en arabe, de cette époque, ont tout fait pour « travailler de l’intérieur » ou même « exécuter » (mot que Laâbi emploie), cette langue, pour la soumettre à la modernité.

Driss Chraïbi qui a écrit « Le Passé Simple » en 1954 et qui a été obligé de le renier sous la pression perfide et inculte du Mouvement national, était si heureux de la naissance de Souffles. En effet Laâbi l’a réhabilité en dénonçant l’hypocrisie de notre société… Car en effet, Driss Chraïbi pourrait être le père fondateur de cette nouvelle littérature, avec son « apport précieux » dont parlait Laâbi…

Abdellatif Laâbi avait un immense projet qui est toujours à l’ordre du jour. Son écriture est sans hésitation novatrice sur le plan universelle. Je conseille mes ami-es à le lire ou à le relire. Un auteur qui, selon moi, mérite le Prix Nobel de la littérature, haut la main…

Par : Mohammed Belmaïzi

* Kenza Sefrioui, La revue Souffles  (1966-1967). Espoirs de révolution culturelle au Maroc, Editions du Sirocco, Casablanca, 2013

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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