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«Le blocage institutionnel ne date pas d’aujourd’hui»

- Cela fait presque deux mois que le chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika, est absent pour cause de maladie. En tant qu'homme de droit, ne pensez-vous pas que le pays vit un véritable blocage institutionnel ?     Le blocage institutionnel ne date pas d'aujourd'hui et n'est pas le résultat direct de la maladie du Président. Depuis, notamment, la révision de la Constitution en 2008, le Président a entre les mains tous les pouvoirs : il est chef de l'Etat, du gouvernement, ministre de la Défense nationale, il légifère par ordonnance, pour ne pas parler de la mainmise sur le Conseil constitutionnel et la justice. Cette mainmise sur les institutions, leur dépendance d'un groupe, la maladie du Président et l'absence des partis politiques et de la société civile ne peuvent que conduire à ce blocage. Malgré la maladie et l'absence du Président, la situation est fort heureusement calme, et ce, grâce à la conscience du peuple auquel la classe politique ne doit cesser de rendre hommage.   - Le Conseil constitutionnel reste toujours silencieux sur l'incapacité du Président à gérer les affaires du pays. Quelles en sont, selon vous, les raisons ?     Le Conseil constitutionnel n'a pas plus d'informations sur la maladie du Président que le citoyen. Sa mission réelle est de légitimer des décisions prises ailleurs ; il ne peut en aucun cas se réunir en toute souveraineté, conformément à la Constitution, pour prendre une décision en toute indépendance. Je ne trahis pas un secret en disant que le président du Conseil constitutionnel a été nommé justement pour subordonner l'institution. Il faut signaler, par ailleurs, qu'en dehors de la démission ou du décès du Président, rien n'oblige le Conseil de se réunir, car l'hospitalisation du Président n'est pas en soi un cas «d'incapacité totale d'exercer ses fonctions». Un autre obstacle réside dans les dispositions de l'article 73 de la Constitution qui prévoit que le président de la République doit jouir uniquement de la nationalité algérienne d'origine. Cette disposition s'applique-t-elle au chef de l'Etat par intérim ? Aux spécialistes du droit constitutionnel d'y répondre. L'incapacité du président de la République ne se résume pas à un point de droit. L'application ou la non-application de l'article 88 de la Constitution peut engendrer des problèmes politiques plus graves que le statu quo.   - Vous dites que le problème est politique, alors que la solution relève d'une simple procédure de la Constitution...     Oui. Sur le plan technique, la procédure est détaillée dans la Constitution. Mais encore une fois, je pense que la mise en ½uvre de cette disposition est un problème politique avant tout.        - La maladie du chef de l'Etat a relégué les grands scandales de corruption qui ont marqué son règne au second plan. Est-ce que le fait de tenir secrète sa maladie pour prolonger son règne n'est pas une manière de taire ce mal qui gangrène le pays ? Vous n'allez pas me dire que le Président a prémédité sa maladie pour cacher les grands scandales financiers ! La maladie ou la santé du Président ne peuvent en aucun cas faire oublier les grands scandales de corruption et de détournement de deniers publics, notamment les derniers dossiers. La presse a donné la priorité à l'état de santé du Président, ce qui est légitime, mais pas au détriment de l'information sur les autres problèmes, tels que la corruption, le détournement, ainsi que la criminalité et la vie économique et sociale.   - Quels sont, selon vous, les différents scénarios qui peuvent être tenus pour sortir de cette situation de bocage ?     Dans une contribution publiée par le quotidien El Khabar, j'ai écrit que tous les indices portent à croire qu'il n'y aura ni déclaration de l'état d'empêchement ni élection présidentielle avant avril 2014. La visite du Premier ministre et du chef d'état-major de l'ANP au Président, le communiqué du ministère de la Défense nationale, les images diffusées par la télévision sont des éléments qui viennent renforcer cette analyse.   - Etes-vous de ceux qui pensent que la prochaine élection présidentielle est une élection fermée ?     Une élection présidentielle pluraliste n'est jamais ouverte ou fermée. Tout dépend du charisme des candidats et également de leur crédibilité. En 1995, par exemple, tout le monde savait que M. Zeroual allait gagner sans surprise face à trois petits candidats dont le rôle était de donner un semblant d'élection plurielle, contre quelques privilèges. Mais en 1999, les chances de M. Bouteflika étaient minimes face à des personnalités comme Aït Ahmed, Taleb Ahmed et Hamrouche. Cependant, pour permettre au premier d'être élu Président, on a poussé les autres à se retirer à la veille du scrutin à cause d'une manipulation autour d'une fuite de bulletins de vote.     - Pensez-vous que le scrutin soit un véritable tournant pour l'Algérie ?     Une élection présidentielle est un événement important dans la vie d'un pays, mais, seule, elle ne peut pas constituer un véritable tournant, car les grands équilibres et la faiblesse des partis politiques ne peuvent permettre, à moyen terme, qu'un changement dans la continuité du système.   - Dans tout ce tourbillon politique, quelle est la perception que vous avez de ce qu'on appelle le camp démocratique ?     La majorité des Algériennes et des Algériens sont des démocrates épris de libertés publiques, de droits de l'homme et de justice. Toutefois, ces démocrates ne sont pas encore organisés. Quant aux partis politiques autoproclamés démocrates, ils n'arrivent même pas à garder leurs militants. La solution réside donc dans un grand rassemblement sur la base d'un programme. Mais là encore, malgré leurs échecs répétés, les directions de ces partis n'arrivent pas à dépasser les divergences sur des questions accessoires.   

El Watan

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