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Mali 2013. Bamako est-il capable de sortir du binôme « pognon/trouille » ? Et faire enfin de la politique

Il y a une semaine, le vendredi 7 juin 2013, à Ouaga 2000, était relancée la médiation burkinabè sur le dialogue intermalien (cf. LDD Burkina Faso 0362/Vendredi 7 juin 2013). Faux départ. Il faudra attendre le lendemain pour que les parties en « conflit » se retrouvent et prennent date pour un accord. Ce sera le lundi 10 juin 2013. Une échéance fixée par Paris. La médiation n'aboutira pas.

Tiébilé Dramé, conseiller spécial du président Dioncounda Traoré, est retourné à Bamako pour rendre compte. Et a constaté que son job se limitait à la figuration... diplomatique. Les hommes au pouvoir à Bamako n'ont pas l'intention de lâcher le manche de sitôt. On nous explique le contraire ; mais je ne vois pas comment ceux qui, pour l'essentiel, ont laissé le Mali sombrer dans la pire des crises, pourraient devenir des hommes d'Etat. Quid du bilan politique de Traoré avant qu'il n'accède à ce poste « d'intérimaire » ?

Une semaine vient de s'écouler et il a fallu un déplacement à Bamako de Djibrill Y. Bassolé et d'une flopée de diplomates « internationaux » en charge du dossier pour que les négociateurs gouvernementaux maliens reviennent à Ouagadougou, aujourd'hui, pour reprendre langue. Des tergiversations qui accentuent les tensions. Les Maliens qui, depuis dix-huit mois, ont tout raté, se sont fait mettre une « branlée » par les Touareg, puis ont accepté sans rechigner un coup d'Etat militaire, avant de devenir les « souffre-douleur » des « islamistes radicaux » et autres groupuscules « terroristes », d'appeler au secours la France puis, avec indécence, de enthousiasmer pour l'occupation militaire de leur territoire par des armées étrangères, ont désormais des velléités souverainistes.

Après avoir érigé le retrait stratégique militaire puis la capitulation politique en mode de fonctionnement ! On fustige désormais la médiation burkinabè* et « l'ingérence » française. Pascal Canfin, ministre délégué au développement, a fait aujourd'hui (vendredi 14 juin 2013), le déplacement à Bamako pour affirmer haut et fort que la France est « neutre » dans ce dossier malo-malien. « Il n'y aura pas un perdant ou un gagnant, à Ouagadougou. Il y aura un compromis et le vrai gagnant sera le Mali ».

Que Canfin soit l'homme de cette mise au point ne saurait étonner. Son patron au Quai d'Orsay, Laurent Fabius, trouve que l'affaire malienne traîne en longueur alors que son impact géopolitique est, finalement, insignifiant : il n'y a que la France là-bas et Syrie, Iran, Liban, Hezbollah... sont des dossiers bien plus préoccupants. C'est dépenser trop d'énergie pour des responsables politiques maliens qui sont bien peu... responsables. Chez lui aussi, l'enthousiasme suscité par le bain de foule de François Hollande, au Mali, au lendemain de l'intervention militaire française, est retombé. Mais si Canfin est là, c'est surtout qu'il a été l'homme de Paris lors de la réunion de Bruxelles qui a accordé à Bamako pas moins de 3,25 milliards d'euros pour reconstruire le pays.

Des milliards qui font saliver la classe politique malienne (et l'armée) mais dont la mise en ½uvre est conditionnée par un retour à une vie « démocratique » normale. C'est, en filigrane, ce que Canfin est venu rappeler aux Maliens. En gros : « Pour 3,25 milliards d'euros, vous pourriez fermer votre gueule, être un peu plus dans la conciliation et un peu moins dans la confrontation ». Après tout, ce sont les contribuables français qui ont « sauvé les fesses » de Traoré et consorts et ce serait bien qu'ils ne l'oublient pas.

Il y a le « pognon » et la « trouille ». Tout ce qui motive la classe politique malienne. On a adjoint à la médiation des chefs militaires « internationaux ». Pour expliquer à des Maliens, experts seulement en « retrait stratégique », comment le déploiement de l'armée nationale va être organisé dans la région de Kidal, fief des Touareg. Mais, surtout, pour rappeler que la situation sécuritaire dans le Nord-Mali est loin d'être totalement stabilisée et qu'il est probable que, dès le retrait des troupes françaises, le chaos sera à nouveau à l'ordre du jour.

Du même coup, Paris a décidé de maintenir sur zone bien plus de troupes et de matériel que cela n'avait été prévu ces derniers mois. Ce qui ne manque pas d'agacer Alger qui n'aime pas voir l'armée française stationner aux abords de sa frontière Sud ; plus encore alors qu'Abdelaziz Bouteflika n'est plus qu'une momie et que sa succession est en cours de négociation. La France au Mali rassure les Nations unies qui, à juste titre, doutent que les troupes africaines déployées dans le cadre de la Minusma (sous commandement du général rwandais Jean-Bosco Kazura), soient capables de résister à une recrudescence des affrontements dans le « corridor sahélo-saharien » et des attentats terroristes dans les villes.

Est-ce les arguments financiers et sécuritaires qui ont ramené Bamako à la table des négociations à Ouaga ? Ce qui est sûr c'est la pression des « partenaires » se fait plus forte de jour en jour. Pas d'alternative pour « l'intérimaire » dès lors que les Touareg, eux, jouent le jeu (ou font semblant). Dans L'Observateur Paalga de ce matin (vendredi 14 juin 2013), Boureima Diallo écrivait : « A dire vrai, dans ce round de négociations, il apparaît clairement que les rebelles du MNLA sont déterminés maintenant à aller à la paix, car ils estiment qu'il serait impossible d'obtenir mieux que ce qui leur a été proposé dans ce projet d'accord [c'est L'Obs qui souligne]. Mais on ne peut signer un accord qu'avec un interlocuteur qui le veut aussi. Et c'est là que la bonne foi de Bamako [...] est mise en doute ».

Ce commentaire de Boureima Diallo est explicatif du point de vue qui prévaut à Bamako : si l'accord de Ouagadougou est le meilleur que les rebelles du Nord-Mali peuvent obtenir, c'est que Ouaga et la communauté internationale penchent de leur côté ! Or, il ne faut pas se leurrer, Bamako n'entend pas faire des gens de Kidal des acteurs politiques ; pas question d'intégrer dans la communauté malienne (sauf contraint et forcé) ceux qui ont déclenché la guerre. Alors Bamako traîne les pieds ; en espérant que les Touareg aillent à la faute. Ce qui est peu probable tant ils sont aujourd'hui tenus serrés par les institutions internationales et la médiation.

Une semaine vient de s'écouler. Nous sommes le 14 juin 2013 ; l'accord devait aboutir avant le 10 juin 2013. Mais rien, pendant cette semaine, n'a changé fondamentalement. Il y a une présidentielle à disputer, une réconciliation à organiser, un pays à réunifier et à sécuriser. Si Bamako avait réussi à régler par lui-même la crise « malo-malienne », on s'en serait rendu compte. Il faut bien reconnaître, aussi, que dans ces « médiations », les acteurs ont trop souvent une capacité de nuisance mais sont incapables d'être une force proposition.

Bamako a perdu la guerre contre le MNLA puis les « islamistes radicaux » ; Bamako a préféré le coup d'Etat militaire plutôt que la concertation avec le pouvoir en place ; Bamako a appelé au secours la France ; Bamako a accepté toutes les résolutions du Conseil de sécurité et les accords de Ouagadougou (4 décembre 2012) et de Bruxelles. Bamako veut le beurre, l'argent du beurre et même le cuir de la vache ; mais il se pourrait que la vache soit folle.

* Pour Soumana Sako, la médiation de Ouagadougou, c'est « le plus vaste complot contre l'intégrité du Mali ». Il n'hésite pas d'ailleurs à « exiger » l'arrêt des négociations. Ministre des Finances de Moussa Traoré, Sako a été premier ministre d'ATT lors de la « transition » de 1991. Candidat à la présidentielle de 1997, il a finalement retiré sa candidature. En 2002 et 2007,

il a soutenu ATT. Que Sako nous dresse la liste des officiers et sous-officiers ainsi que des responsables politiques (ministres, députés, maires, etc.) qui sont « morts pour le Mali ». Quand on n'est pas capable de défendre son pays les armes à la main, on n'hésite pas à prendre un stylo pour signer l'accord qu'on vous propose. Sinon on risque à terme de se faire « botter le cul ». Ce qui ne serait pas alors une injustice.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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