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Cameroun - 100 détenus dans 12 mètres carrés

La prison centrale de Douala, la capitale économique du Cameroun, a été construite pour accueillir 600 personnes. Depuis plusieurs années, elle connaît des problèmes de surpopulation au point d’abriter aujourd’hui pas moins de 2.500 détenus pour seulement 27 cellules. Un reportage du quotidien Le Jour indique que 100 détenus se partagent une cellule de moins de 12 mètres carrés. Jean-Pierre, l'un d'entre eux, témoigne:

«Certains choisissent de dormir à la belle étoile, pour fuir la chaleur des cellules ou le manque d’espace qui oblige à dormir assis.»

En effet, la nuit tombée, Jean-Pierre et de nombreux autres pensionnaires de la prison située dans le quartier populaire de New-Bell à Douala se réunissent dans la grande cour de la maison d’arrêt, qui se transforme alors en vaste dortoir. Pour échapper à la chaleur étouffante, aux conditions insalubres et à la promiscuité dans les cellules, les prisonniers se collent les uns aux autres sur un matelas, sous un drap ou à même le sol, et tentent d’éviter les piqûres de moustiques:

«La nuit, pour nous, est semblable à un cauchemar. Notre plus grand souhait est de voir le jour se lever. Quand arrive la pluie, chacun joue des coudes pour trouver un abri dans une cellule ou devant les bureaux. Les moins chanceux restent dehors», confie un groupe de détenus.

Le Jour promène également ses lecteurs à la prison de Mbanga, située à une soixantaine de kilomètres au nord de Douala. Là aussi, c’est le même scénario. Prévu pour 150 personnes, le pénitencier en accueille le double. Les cellules peuvent contenir jusqu’à 80 personnes. Et les détenus sont souvent victimes de nombreuses arnaques, fait savoir le quotidien, qui rapporte le témoignage d’un chef de cellule s’exprimant sous couvert d'’anonymat:

«Lorsqu’un nouveau arrive, on lui octroie une cellule en fonction du montant qu’il paie aux autorités de la prison. Les prix des cellules varient entre 25.000 et 205.000 francs CFA [entre 38 et 312 euros, ndlr].»

Les conditions de détention dans les prisons camerounaises violent les recommandations des Nations unies qui exigent la séparation entre les prévenus en attente d’un jugement et les personnes condamnées. Ce texte adopté en 1955 recommande aussi que la nuit, les cellules ne soient occupées que par une seule personne et que les conditions élémentaires d’hygiène soient garanties aux détenus.

«On voudrait bien respecter ces dispositions, mais les infrastructures d’accueil et les moyens font défaut dans toutes les prisons du pays», justifie un administrateur des prisons.

En plus de l’insalubrité des prisons camerounaises, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a souligné dans un rapport publié en mai 2011 des cas de tortures dont seraient victimes de nombreux détenus:

«Les prisons et autres lieux de détention au Cameroun sont surpeuplés et les conditions sont telles que la vie des détenus y est souvent menacée», fait savoir l’ONG.

L’agence de presse camerounaise CamNews24, qui revient sur ce rapport, évoque aussi un constat des Etats-Unis sur la situation des droits de l’homme au Cameroun. Selon un rapport publié en avril 2011, la torture serait généralisée dans les prisons. Il cite le cas de celle de New Bell à Douala, où des gardiens infligeraient des sévices corporels aux prisonniers, qui sont parfois fouettés ou enchaînés dans leur cellule.

Lu sur Le Jour, CamNews24