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Le pathétique alibi

Le piteux exercice médiatique auquel a été soumis le président de la République est à la fois pathétique et révoltant. Pathétique en ce qu'il montre un Président pas au meilleur de sa forme, sans voix, peinant à supporter le poids d'une tasse de café. Le tout ayant pour cadre un salon sombre, dont l'arrière-plan est constellé de vases exposés comme des reliques dans une bibliothèque sans âme relevant de l'institution de réadaptation fonctionnelle des Invalides, célèbre Panthéon militaire dont l'esplanade accueille les hommages nationaux aux figures et gloires de la France. Tout ce clip de trois minutes assemblé grâce à ce triste montage pour montrer enfin, et à l'issue d'une période de plus de 45 jours d'hospitalisation, que le Président est capable de faire bouger ses membres et écouter attentivement ce que ses invités lui disent. Tout ce scénario pour infirmer les rumeurs incessantes sur la dégradation de la santé du Président, dont certaines le donnaient pour mort. Il y a fort à douter que ces images diffusées en boucle par les chaînes publiques et privées de télévision soient en mesure de délester les Algériens de leur doute et de leur méfiance vis-à-vis de la crédibilité de la communication de leurs gouvernants. Peu réfléchie et manquant visiblement de cohérence, cette communication produit à l'évidence des effets inverses. En ne livrant pas la vérité sur la santé du Président et en persistant à soutenir une fausse réalité des choses. Cette communication n'est pas seulement prise au sérieux, mais contribue paradoxalement à alimenter le doute dans l'esprit des citoyens, peu enclins à accorder du crédit aux messages de leurs gouvernants. Au même moment, les Algériens ont pu apprécier la prise en charge de la communication du gouvernement sud-africain à propos de la santé de Mandela, dont le contenu n'est puisé que des bulletins de santé émanant de la structure d'hospitalisation hébergeant le leader africain.   Révoltant en ce que cet exercice révèle l'anachronisme de la scène affichant un Président visiblement diminué, affaibli, mais donnant l'impression d'écouter avec force attention l'exposé de son Premier ministre sur les grandes affaires de l'Etat algérien étalées, pour les besoins de ces quelques images alibi, dans une salle d'un centre relevant du ministère français de la Défense. Cette façon de procéder occultant, le temps de la mise en scène de ce pénible exercice, les considérations de souveraineté nationale et, sous le couvert du manifeste souci de rassurer sur la santé du Président, vise en fait à décourager toute tentative à recourir à l'article 88 de la Constitution. Mais jusqu'à quand peut-on ainsi continuer à donner du crédit à un tel scénario qui, de plus en plus, risque de se transformer en une problématique incontournable : le Président est-il en mesure de gouverner ?  

El Watan

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