mis à jour le

A peine 13 ans, sa vie totalement détruite…

Yasmine (nous l'appellerons ainsi pour préserver sa sécurité) a perdu toute trace de jovialité. Le regard hagard, le teint blafard, les yeux tout le temps baissés, la bouche entrouverte, elle donne l'image d'une personne totalement détruite. Nous menions notre enquête sur les mères célibataires au centre d'accueil SOS femmes en détresse, à Alger, lorsqu'elle a été ramenée par sa mère, accompagnée d'une psychologue et une juriste du réseau NADA. Son cas mérite qu'on s'y attarde, parce qu'il lève le voile sur le comportement hideux de notre société sur les victimes de viol. Jugeons-en. En dépit de son corps tout frêle, Yasmine porte dans ses entrailles un bébé de 8 mois. Ses deux accompagnatrices du réseau NADA présentent son dossier, composé d'un certificat médical confirmant sa grossesse, ainsi qu'une longue lettre adressée au ministre de la Justice. L'objet de cette correspondance est choquant. Le réseau demande au garde des Sceaux d'aider Yasmine à obtenir «rapidement une réquisition pour qu'elle puisse subir une césarienne et préserver sa virginité». La santé de Yasmine et la recherche de son violeur ne font pas partie des préoccupations du réseau, qui cite une recommandation des médecins, non jointe au dossier. Même réaction observée chez la maman. «On m'a dit qu'elle pouvait accoucher par césarienne. Je suis venue pour que vous m'aidiez. Elle doit quitter son quartier. Si les voisins découvrent son état, ça sera catastrophique pour ma famille. Dieu l'a préservée jusque-là, puisque son ventre n'a pas grossi...», déclare la maman. La directrice du centre lui répond : «C'est une décision qui relève des médecins. Le plus important maintenant est de soigner votre fille. Elle est trop fragile et trop marquée pour penser à une telle opération. Pensez plutôt aux auteurs de son viol qu'il faudra retrouver...» Des propos qui font réagir la psychologue. «Je ne pense pas que Yasmine puisse subir une telle opération. Les médecins s'y refusent, vu sa fragilité», dit-elle, avant d'être interrompue par la maman de Yasmine. «Mon Dieu. J'aurais dû te tuer le jour où j'ai découvert ta grossesse. Comment vais-je faire ? Que vont dire les voisins ?»,  lance-t-elle au visage de Yasmine, qui suit la discussion tout en étant ailleurs. Effrayée, elle baisse la tête et serre ses mains. Ses yeux rouges laissent couler un flot de larmes. «Votre fille n'est pas responsable de son état. Elle est victime et vous devriez la soutenir, l'aider pour qu'elle se reconstruise. Vous ne voyez pas qu'elle est détruite, qu'elle n'a plus son visage d'enfant ?», réplique la directrice du centre. La maman se ressaisit. Elle tente d'expliquer sa réaction par le fait qu'elle habite un bidonville et que sa maison est tout le temps pleine de voisins, qu'elle travaille pour nourrir les trois enfants en bas âge de son deuxième mari, un consommateur de drogue au chômage qui, de surcroît, s'est remarié avec une de ses voisines. Yasmine est toujours murée dans un silence de marbre. C'est sa mère qui répond à toutes les questions qui lui sont posées. Sur les circonstances de ce viol, elle raconte : «Ce jour-là je n'étais pas à la maison. Ma grossesse était presque à terme, je suis partie à l'hôpital en laissant Yasmine comme d'habitude avec mes deux autres enfants. Lorsque je suis rentrée, j'ai trouvé les lieux sens dessus-dessous. Elle m'a raconté que deux hommes encagoulés sont rentrés. Ils l'ont paralysée avec une bombe de gaz et quand elle s'est réveillée, elle était toute nue. Elle n'avait aucune trace de violence, ni sang ou liquide sur ses jambes. Cinq mois plus tard, son comportement a totalement changé. Elle ne mangeait plus, ne parlait pas et ne faisait que dormir. Lorsque je l'ai emmenée chez le médecin, il m'a dit qu'elle était enceinte. Elle n'avait pas encore treize ans. J'ai été à la brigade de gendarmerie de Dar El Beïda, mais comme le médecin légiste n'a pas constaté de violences, le dossier a été clos.» Une version que Yasmine a apprise à c½ur. Mais il y a trop de zones d'ombre et de contradictions qui laissent croire qu'il y a un secret quelque part. La première démarche entreprise par la directrice du centre a été d'informer la brigade des mineurs de Bab Ezzouar, accompagnée de Yasmine et de sa mère. Une rude épreuve avec la série de questions posées de manière brutale, avant que le responsable ne se déclare incompétent : «Ce sont les gendarmes qui ont commencé à traiter le dossier. C'est à eux de poursuivre l'affaire.» Yasmine rentre au centre pour se reposer, en attendant une deuxième journée de torture. La brigade des mineurs se trouve à Bouzaréah. Encore une fois et après un long questionnaire, les gendarmes informent la directrice et la mère de Yasmine qu'il faut une réquisition du procureur. La troisième journée, c'est enfin le parquet de Hussein Dey qui prend le dossier en main et charge la juge des mineurs de suivre l'affaire. Enfin, c'est la santé de Yasmine qui est prise en compte. Sur réquisition, elle a été placée dans un hôpital, afin de subir les bilans et les soins nécessaires, en attendant que les circonstances du viol soient élucidées. Le cas de Yasmine est révélateur de l'absence et de l'inertie des institutions de l'Etat en matière de prise en charge des victimes de violences, notamment quand il s'agit de viol sur mineures.                 

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien 

peine

AFP

CPI: prononcé d'une première peine contre le Congolais Bemba

CPI: prononcé d'une première peine contre le Congolais Bemba

AFP

Fleuron de la "nouvelle Ethiopie", le tramway d'Addis Abeba peine

Fleuron de la "nouvelle Ethiopie", le tramway d'Addis Abeba peine

Pyramides

Faute de touristes, l'Egypte peine à préserver son patrimoine

Faute de touristes, l'Egypte peine à préserver son patrimoine