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Terrorisme en Tunisie : La menace asymétrique ( partie VIII )

Par Ridha Ben Kacem

Deux aspects importants de la question relative à la société civile ont été développés, dans la partie VIII de ce document à savoir, la nécessité de contrôler et de réglementer les processus de socialisation, tant sur le Net, que dans la vie de tous les jours. Il reste à évoquer le dernier aspect, celui du comportement du tissu social, face à la menace asymétrique. Nous sortons du monde des hommes en devenir, pour nous intéresser aux hommes et femmes tout court. C'est l'aspect de la question le plus délicat, à évoquer. Il s'agit, à la fois d'attitude d'esprit et de réactions comportementales, deux composantes, à la fois complémentaires et souvent opposées, dans leur expression de tous les jours.

Il ne le faut pas l'oublier, tout ce que nous faisons se traduit par une contribution dans la construction permanente de la société. Il ne s'agit pas de réussite ou d'échec, car ce n'est nullement une question de jugement de valeur. Il s'agit des petites actions, des uns et des autres qui, additionnées ensemble déterminent à la fois, le quotidien et le futur. Lorsque vous décidez de déserter votre lieu de travail pour répondre à l'appel d'un collectif d'aller manifester en faveur de la sauvegarde des chats de gouttière, vous contribuez à façonner le quotidien de votre pays et à tracer ses traits d'avenir. D'une part, parce que votre absence aura contribué à la baisse de PIB du pays, et de l'autre, parce qu'il devrait y avoir, en principe, plus de chats de gouttière, dans le pays et forcément moins de rats et souris, ce qui devrait contribuer à améliorer la situation sanitaire du pays, qui se traduirait par moins de maladies et donc, moins de dépenses non productives et par voie de conséquence, une amélioration attendue du PIB.

Additionnez maintenant, tous les comportements quotidiens de millions de tunisiens, et vous verrez que, dans l'ensemble, les écarts par rapport à une ligne de conduite centrale, des comportements extrémistes de part et d''autre, se neutralisent entre eux. Heureusement, d'ailleurs, sinon les économistes ne pourraient plus jamais vous indiquer, à l'avance, l'évolution probable du PIB. Notez tout de même, que lorsqu'il arrive que l'écart par rapport la ligne de conduite centrale penche plus d'un côté que de l'autre, la prévision devient hasardeuse et se plante fréquemment. Le gouvernement à prévu pour 2013, une évolution positive du PIB de l'ordre de 4%. Elle ne devrait être, finalement, que de 2,5%. L'écart provient, entre autre, de la non maitrise des problèmes récurrents du bassin minier. Je vois venir votre objection. Si ces problèmes sont récurrents, pourquoi n'entreraient-ils pas dans la sphère des prévisions ? Pour toute réponse, je vous demanderez de vous mettre à la place de ceux qui nous gouvernent, auriez-vous suffisamment de courage pour avouer de la sorte, que vous ne maitrisez pas le pays ?

Si quelque part, vous êtes d'accord avec ce qui précède, mettez-vous à l'esprit que ce qui bon pour l'économie est bon pour tout autre secteur d'activité humaine. De fait, la société se comporte comme un corps sain qui arrive à se maintenir en équilibre, quelque soit la situation dans laquelle il se trouve, sans grand effort. Mais qu'en serait-il dans deux situations différentes, celle où il serait stressé, fatigué ou mal nourri et celle où il serait plongé dans un milieu fortement perturbé d'une pandémie, par exemple ? Il en résulterait forcément une maladie du fait que l'équilibre de la ligne centrale de conduite serait rompu. Tout comme pour l'économie et la santé du cops, la menace terroriste peut effectivement rompre l'équilibre et faire chuter toute la société.

D'abord, il est nécessaire de se rappeler, que depuis la révolution du 14 janvier, la Tunisie n'est plus en situation d'équilibre et qu'elle est toujours dans une zone de forte turbulence, dont la durée de traversée ne peut être calculée avec précision. Il faut se rappeler aussi, que le délitement du pouvoir central s'est accompagné de l'apparition de marques cutanées et on ne sait, pour le moment, s'il s'agit de mélanome ou de verrue. Tout ce que l'on sait, c'est que dans ce milieu fortement perturbé dans lequel on se trouve, l'option méchante n'est pas à exclure. Le terrorisme s'est incrusté dans la peau sociale du pays et il va falloir le traiter sans qu'il laisse des séquelles durables, dans la société. Pourrait-on imaginer que dans un corps malades, chaque organe proposerait et appliquerait sa thérapie ? Une telle façon de faire ne serait-elle ne serait-elle pas, en fin de compte, la meilleure manière de faire, pour précipiter la fin et la mort ?

Imaginons que chacun continue à tirailler et à brailler, de la manière qui lui convienne, qu'obtiendrait-t-on, en fin de compte, sinon un suicide collectif au nom de la liberté retrouvée et si vite perdue ? Loin de moi, l'idée de vouloir couler dans un moule vos réactions. D'ailleurs, même si je le voulais, ni moi, ni personne ne parviendrait à obtenir un tel résultat. Dans un collectif aussi nombreux, il serait tout simplement impossible, face à un événement quelconque, d'obtenir la même réaction. L'idée n'est pas de contrôler les actions et réactions des uns et des autres, mais de remonter à la source de ces actions et réactions pour mieux les canaliser en vue d'un résultat concourant à réagir sainement, face à la menace terroriste. Il ne faut pas l'oublier, la menace est d'autant plus importante, que la réaction va dans le sens de l'amplification des dégâts par une cacophonie hystérique de peur et de lamentations, sur fond d'accusations et de contre-accusations, mutuellement échangées. C'est exactement de cela que se nourrit et grandit la menace asymétrique.

L'idée est donc, de faire en sorte que l'attitude, face à la menace, soit la même et non pas changeante en fonction des circonstances et des événements. Des attitudes changeantes entrainent systématiquement des réactions différentes et imprévues. En psychologie sociale, l'attitude est une disposition interne durable, qui soutend les réponses favorables ou défavorables de chacun d'entre nous, face à un événement ou face à une représentation du monde social. Une attitude responsable entraine de la sorte, des réactions mesurées sans qu'elles soient forcément dictées. Ce que je propose c'est de sensibiliser correctement les différentes composantes de la société à la vraie nature de la menace asymétrique, pour éviter, dans la mesure du possible, les réactions hystériques en chaine qui menacent de décomposition, la société.

Qui ? Qui serait chargé de faire preuve d'½uvre utile, en la matière ? Pas un organisme étatique, tout de même ! Non, l'idée est que le tissu social se prenne en charge, par lui-même, à travers tout le tissue associatif qui le compose. Il suffit pour cela, que toutes les associations introduisent ce thème, dans le champ sémantique de leurs activités. En amont, il devrait y avoir un organisme centralisateur des données de base et de la responsable de la bonne tournure des messages, à livrer, pour assurer un minimum de cohérence d'ensemble. Cet organisme pourrait être un observatoire indépendant, où se rencontreraient, éventuellement, les composantes politiques et associatives du pays. Mais, rien ne devrait empêcher, à mon sens, l'émergence d'un organisme fédérateur des associations, sur ce thème précis. Les deux solutions peuvent du reste, cohabiter ensemble, en prenant soin d'assurer un minimum d'échange toujours, dans le souci d'assurer la cohérence d'ensemble, à tous les niveaux.

Une meilleure sensibilisation à tous les dangers de la menace asymétrique devait se traduire par des attitudes concordantes et non discordantes, et par voie de conséquence, des réactions saines, en tout cas, moins bruyantes et moins brouillées. Ce point est d'importance capitale, dans le cadre de la lutte qui s'engage contre la menace terroriste. Il est d'autant capital, qu'il conditionne la maitrise des dégâts humains, qui pourraient résulter, dans un futur proche, de cette menace, qui a déjà fait sa première victime civile, à Kasserine. Et c'est ce thème qui sera traité dans la partie qui suit.

En effet, la relation est fortement connexe entre réactions et dégâts. Plus les réactions sont disparates et plus les dégâts sont importants. Plus elles sont canalisées et moins de dégâts on enregistre. Or, en matière de terrorisme, plus les dégâts son considérables et plus la menace asymétrique se porte bien et grandit. Moins les dégâts sont importants et plus la menace se raréfie. C'est ainsi que l'Algérie a presque vaincu le terrorisme des années 1990.

Lorsqu'elle s'installe sur un territoire nouveau, la menace terroriste suit toujours, la même logique. D'abord, elle frappe des cibles individuelles, militaires d'abord, et civiles ensuite. Après cela, elle vise, des cibles de plus en plus nombreuses, en suivant un processus croissant, passant par les ceintures d'explosifs et les voitures piégées, pour aboutir aux doubles attentas, les plus meurtriers. Dans ce dernier cas, le schéma est le suivant. Une voiture bourrée d'explosif explose, dans un lieu très fréquenté. Elle tue disons, deux dizaines de personnes. Immédiatement après l'explosion, les lieux sont désertés. Mais moins de quinze minutes plus tard, l'endroit est de nouveau fortement fréquenté, par les forces de sécurité, les secouristes, les journalistes et les curieux. C'est le moment choisi pour qu'une seconde voiture, garée non loin de la première et tout autant bourrée d'explosifs sinon plus, explose et entraine un véritable carnage. La menace terroriste se nourrit du sang des ses victimes, il ne faut jamais le perdre de vue. La source doit donc, être IMERATIVEMENT asséchée.

Pour cela, il y a deux manières de procéder. D'abord, il faut empêcher les terroristes de circuler à leur guise, dans le pays, comme en territoire conquis. C'est avant tout le rôle des autorités, mais aussi, dans une certaine mesure, des citoyens aussi. Pour ce qui est du rôle des autorités, il est important de placer les lieux les plus sensibles, qu'il faut d'ailleurs, lister, sous contrôle et sous surveillance constante de jour mais, surtout de nuit. L'expérience montre que le meilleur moyen de le faire est d'installer des systèmes de surveillance par caméra, et de centraliser au niveau d'un poste de commande, tous les systèmes de surveillance, y compris privés. Mais attention, nous avons une tendance négative, en Tunisie, à choisir les systèmes les moins chers et donc, les moins performants. Entre une simple caméra fixe noir et blanc, à faible résolution, et une caméra évoluée, haute définition, tournant sur 360°, pilotée par des détecteurs de mouvement et de sons et zoomant fortement, pour permettre à son logiciel de pilotage de reconnaitre les carrures et les visages, à travers son système biométrique, couplée à des viseurs nocturnes, et à un système laser de mesure de la distance, il n'y a pas photo. La première est un simple alibi, la seconde permet réellement, d'éviter les carnages dont on parlait ci haut. Evidemment, d'autres mesures doivent être prises, pour que le système de surveillance soit complet. L'idée est d'obtenir à la fois, une complémentarité et une interaction homme/machine/système, aussi parfaites, que possible.

Mais il est évident que l'on ne peut pas compter sur un système, aussi perfectionné soit-il, pour éviter les dégâts humains. Je voudrais rappeler ici, ce qui a été dit à propos du double attentat. Les dégâts sont systématiquement considérables, à causes des curieux. Imaginons que l'on arrive à maitriser cette donnée. Il devient évident que l'on peut parvenir ainsi, à diminuer le nombre des morts et des blessés. Il s'agit à la fois, de sensibilisation au danger et d'éducation civique, à travers les conseils que l'on peut diffuser, à ce propos. Mais poursuivons. Il a été démontré que ce genre d'attentats ne fonctionne à plein, que dans les pays qui ne savent pas ou oublient d'anticiper. Une règle de base doit être observée, après un attentat. Les équipes de démineurs doivent être les premières, sur les lieux. Elles sont équipées de ce qu'il faut en effet, pour détecter et neutraliser les explosifs cachés. Inutile de passer en revue leurs techniques, elles sont nombreuses et redondantes. Disons simplement, qu'elles utilisent en particulier, des robots chenillés, qui reniflent et neutralisent les explosifs.

Mais allons plus loin, encore. S'il est possible, dans la plupart des cas, de neutraliser la seconde explosion, dans un double attentat, il est également possible de prévenir la première, dans beaucoup de cas. Il se trouve qui lorsque l'on est bien instruit de l'expérience internationale, l'on arrive, non seulement, à lister les lieux potentiellement dangereux, mais aussi à dresser le calendrier des dates probables des attentats. Le reste est une simple question d'anticipation sur la logique de la menace asymétrique. Encore faut-il, cependant se donner les moyens humains et matériels, d'anticiper et d'agir en conséquence, avec un fort pourcentage de réussite, et c'est ce que nous verrons dans la dernière partie de ce document (partie IX). Il reste juste à préciser aussi, que la maitrise de la menace ne s'aurait être complète, sans une discipline comportementale, de la part de tout un chacun. Il faut réellement accepter, pour quelque temps, une certaine limitation de la liberté de circuler. Non pas, dans le sens de ce que l'on vous demanderait de faire, éventuellement. Mais, en vous vous demandant à chaque fois, si les conditions sont favorables au déplacement que vous comptez entreprendre, en plus de ceux auxquels vous êtes habitué. Je vous donne un exemple. Vous comptez aller à un spectacle, au théâtre romain de Carthage. Essayez de savoir auparavant, si les organisateurs avaient pris les mesures nécessaires en la matière. Ce n'est qu'en vous comportant de la sorte, que vous amènerez tous les responsables des lieux publics, à se mettre en conformité, avec les comportements adéquats. Ne comptez pas sur les autorités, pour le faire à votre place car, d'abord, on n'est pas en Suède, ici, et ensuite, les autorités n'ont pas que cela à faire, en plus du fait, qu'elles sont néophytes dans la gestion des affaires de la Cité.

Par Ridha Ben Kacem le 15 juin 2013

Lire les parties : I, II , III , IV , V,  VI et VII

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