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Analyse : Kidal, en attendant « WARABA » ?

Bamako et Paris savent l'urgence de sortir de l'impasse qu'est devenu Kidal et devraient utiliser pour cela le bataillon de l'armée malienne en fin de formation à Koulikoro

 

 

Beaucoup plus qu'un couac, pas encore une crise ouverte : ainsi pouvait-on décrire, il y a quelques jours encore, le dossier de Kidal qui menaçait de s'envenimer sous l'effet de frustrations maliennes de moins en moins maîtrisées et de réticences françaises de moins en moins compréhensibles. Cela commençait même à sentir le roussi dans les marges de la belle entente sous l'effet de l'échauffement croissant de cette zone de friction.

 

 

Côté malien, le ministre des Affaires Etrangères, le président de l'Assemblée nationale puis le président de la République, sans parler de la société civile, des partis politiques ou de l'UNTM, se sont fermement prononcés pour la prise de contrôle de Kidal par l'armée malienne avant la présidentielle. Côté français, le président Hollande comme ses ministres préconisaient, dans la perspective des élections, le retour de l'administration malienne à Kidal sous la protection des forces internationales, sous-entendu hors de la présence de soldats maliens.

 

 

Pourquoi cette divergence sur Kidal en particulier alors que la reconquête militaire a été menée de pair et en bonne intelligence partout ailleurs ? Lorsque dans la nuit du 29 janvier, les forces françaises sont parachutées à Kidal, elles ne sont pas accompagnées et ne seront pas suivies de soldats maliens mais tchadiens. L'armée malienne, concentrée sur la défense de Gao et de Tombouctou juste reprises et menacées par des groupes jihadistes, n'a de toutes les façons pas de ressources logistiques et humaines suffisantes pour investir et sécuriser Kidal.

 

 

UNE INDENIABLE DIVERGENCE. La situation n'est pas pour mécontenter la France qui redoute d'être éclaboussée par de sanglants dérapages et qui, surtout, veut sauver ses ressortissants pris en otage par Aqmi. Le MNLA qui, avec son opportunisme habituel, occupe le terrain déserté par Ansar Eddine et recycle des dirigeants et des combattants du mouvement islamiste, fait des offres de service et fournit des supplétifs pour l'avancée vers Tessalit et Tinzawatène puis l'offensive franco-tchadienne dans le massif de Teghargar. Le sanctuaire est nettoyé sans, malheureusement, que les otages soient retrouvés.

 

 

Pendant ce temps, les troupes tchadiennes s'impatientent d'attendre l'armée malienne. Après les attentats suicides dont est victime le contingent tchadien à Kidal, les relations se tendent avec le MNLA. Les Tchadiens redéployés vers Tessalit, les forces françaises restent en tête-à-tête avec le MNLA tandis que les Maliens, désormais parés, font route vers Kidal. Les deux fortes colonnes s'arrêtent cependant en chemin en attendant le feu vert de l'autorité politique.

 

 

Celle-ci n'a visiblement pas pu s'accorder avec son allié français sur la marche à suivre. Le dossier des otages n'étant plus dans la balance, comment expliquer les réserves de Paris ? Toujours par la crainte de bavures ? On a peine à le croire après les innombrables opérations militaires menées conjointement dont la coordination peut être reconduite et renforcée à Kidal pour éviter toute mauvaise surprise. Quid de l'hypothèse d'un accord secret garantissant une protection particulière au MNLA ? Elle est battue en brèche à plusieurs reprises par le président Hollande et les ministres Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius qui réaffirment la souveraineté malienne sur Kidal et condamnent un quelconque diktat des groupes armés. Or qu'est le MNLA sinon un groupe qui s'est employé à se tailler un territoire les armes à la main et qui ne désarme pas ?

 

 

Pas d'accord secret donc mais une indéniable divergence d'approche née de grilles de lecture différentes des événements et, surtout, des protagonistes. La négociation permettra de régler le problème, répète-t-on à Paris avec une gêne évidente tant cette éventualité reste vague dans la configuration des enjeux du moment. Impensable en effet que la Transition prenne des engagements touchant aux problèmes de fond du septentrion. Seules des autorités légitimées par des élections et installées dans la durée auront un mandat assez fort pour le faire. Et ni un MNLA qui aura déposé les armes, ni un Haut conseil unifié de l'Azawad de génération spontanée, ne pourra alors prétendre à une quelconque exclusivité.

 

 

LA TRAJECTOIRE DE ALHGABASS INTALLAH. On peut donc légitimement s'interroger sur la portée attendue d'un résultat obtenu à Ouagadougou ces jours-ci alors que le calendrier électoral n'autorise aucune marge, que la Transition est presque sur le départ et que, visiblement, c'est le sauve-qui-peut dans les rangs d'un MNLA moins fiable que jamais. A ce propos, la trajectoire d'une « personnalité » comme Alhgabass Intallah donne une idée de la crédibilité des supposés interlocuteurs proposés au gouvernement. Le fils du patriarche Intallah Ag Attaher était député de Kidal à l'Assemblée nationale. Première défection : il lâche la République et passe au MNLA. Deuxième défection : il abandonne le MNLA et emménage à Ansar Eddine. Troisième défection : il déserte les rangs jihadistes et créé le Mouvement islamique de l'Azawad, MIA. Quatrième défection : il oublie tout et se recycle dans le Haut conseil unifié de l'Azawad. Le tout en un an et demi, au gré de fidélités alignées sur ses intérêts du moment et l'évolution des rapports de force.

 

 

Aucun résultat sérieux ne peut sortir d'une négociation engagée avec des individus de ce calibre. Dans la course contre la montre engagée vers le 28 juillet, les discussions de Ouagadougou ne peuvent alors avoir qu'un aboutissement positif : contraindre le MNLA à désarmer et cantonner ses hommes tout de suite pour permettre à l'armée malienne de sécuriser sans casse la zone et à l'administration de se réinstaller pour mettre les préparatifs électoraux en route. Tout autre schéma relèverait de la diversion.

 

 

Bamako et Paris savent l'urgence de sortir de l'impasse qu'est devenu Kidal. L'arrivée à Bamako de Laurent Fabius en ce début de semaine a certainement permis de préciser la man½uvre et de s'accorder sur un timing. La nouvelle a commencé à filtrer que le bataillon « Waraba » actuellement formé par la Mission européenne de formation de l'armée malienne (EUTM) à Koulikoro, sera chargé du gros de la mission de réoccuper Kidal. Cette unité qui sera opérationnelle dans quelques jours, fournit, effectivement, le compromis rêvé. C'est à la fois une solution qui satisfait les Maliens, intraitables sur la présence de l'armée nationale à Kidal, et une assurance pour la France et les Européens que la capitale de l'Adrar sera contrôlée par une troupe formée selon des normes élevées de discipline, de règles d'engagement et de respect des droits des civils.

 

 

Qui mieux que « Waraba », beau symbole de la solidarité internationale envers le Mali, pour dénouer la première grosse divergence franco-malienne et sortir de l'impasse kidaloise vers le haut en préservant l'amour-propre de tous ?

 

 

S. DRABO

Mali Web

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