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Doit-on serrer la main d'un dictateur?

Un diplomate doit savoir, par définition, se montrer habile en négociation et faire preuve de tact. Mais c'est parfois plus facile à dire qu’à faire, particulièrement lorsque l'on se trouve en face d'un dictateur.

Curieux de connaître leur comportement dans ce genre de situation, des journalistes de la chaîne britannique BBC News ont posé une question délicate à plusieurs anciens de la profession: serriez-vous toujours la main aux tyrans que vous rencontriez?

Jan Egeland, ancien secrétaire adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires explique ainsi que lors de sa rencontre avec l’ougandais Joseph Kony, il «s’efforça de ne pas sourire».

Joseph Kony est le leader de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). En 2005, un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale a été émis à son encontre. Il est accusé de 12 chefs de crimes contre l'humanité et 21 chefs de crimes de guerre. Selon l'ONG Human Rights Watch, la LRA serait à l’origine de la mort de 2.400 civils en République démocratique du Congo, en Centrafrique et au Soudan.

Pour Jan Egeland, faire preuve de sympathie vis-à-vis de ce criminel aurait pu devenir très compromettant. Le président français Nicolas Sarkozy en sait quelque chose: avoir tendu la main à Mouammar Kadhafi lors de sa visite à Paris en 2007 lui a été préjudiciable —et continue de l'être compte tenu de la situation en Libye.

D'autant plus que le chef d'Etat avait promis lors de sa campagne électorale de ne pas «serrer la main aux dictateurs», rappelait le site tunisien nawaat en janvier 2011. Une promesse transformée en «circonstance aggravante» pour ceux qui l’accusaient d’avoir sous-estimé l’insurrection populaire qui mena à la chute, le 14 janvier 2011, du président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, alors au pouvoir depuis 23 ans.

En réalité, l’attitude à adopter face aux dictateurs est un vrai dilemme pour les diplomates. Car si l’on cherche à obtenir quelque chose d’eux, mieux vaut éviter de les froisser.

«Les mauvaises gens, les auteurs de massacre, les seigneurs de guerre et les dictateurs peuvent souvent débloquer une situation pour les autres», précise Jan Egeland.

Mais ça ne doit jamais être une simple rencontre un peu originale avec quelqu'un de célèbre. Il doit toujours y avoir une bonne raison; négocier la libération de civils, l’échange de blessés, débattre d’un cessez-le-feu.»

Les Etats-Unis ont par exemple assoupli les restrictions qu’ils avaient mises en place afin de négocier avec les shebab d'une aide humanitaire aux Somaliens. Toutefois, rien ne dit que les diplomates américains se soient sentis obligé de leur serrer la main. Ce n'est d’ailleurs pas une coutume dans tous les pays.

Lu sur BBC News, nawaat