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Bouteflika à la télé : « On veut cacher le soleil avec un tamis ! »

Après plus de quarante-cinq jours de rumeurs sur son état de santé et de débat sur sa capacité à gouverner, le président Bouteflika est réapparu mercredi à la télévision. Qu'en pensent les Algériens ? «Nous espérons qu'il va mieux et qu'il se remettra prochainement. Indépendamment de nos opinions politiques, c'est tout ce que nous pouvons souhaiter à tous les êtres humains malades.» C'est l'idée qui fait consensus au sein des citoyens que nous avons interrogé à Alger, Tizi Ouzou et Oran. Peu de nos concitoyens sont en réalité convaincus par ces images : «Il a l'air fatigué, il arrive à peine à bouger son bras gauche et le fait qu'on ne l'entende pas reste suspect», c'est ce que nous confie un commerçant sur la place d'Alger. A Tizi Ouzou, Arezki, 31 ans, employé dans une entreprise publique, estime que l'«on veut cacher le soleil avec un tamis». «Les images du Président sont peu rassurantes. Elles reflètent un état de santé frileux. Il bouge très difficilement, et on n'a même pas entendu sa voix. J'ai un doute qu'il soit capable de gérer les affaires du pays dans cet état. Nos responsables doivent nous dire toute la vérité.» Saliha, 38 ans, secrétaire à Oran, confie aussi : «A voir, hier soir, Bouteflika à la télévision, m'a fait penser à mon défunt oncle qui, longtemps, a souffert d'hémiplégie, et avait toute la partie gauche de son corps paralysée !» Une passante de 35 ans, rencontrée à Belcourt, s'interroge pour sa part : «Pourquoi avoir attendu plus de 45 jours pour une telle vidéo ? Qui me dit qu'elle a bien été tournée hier ? Qui me dit qu'il était bien aux Invalides ? Il est temps pour lui de s'adresser à son peuple, même en quelques mots.» Le scepticisme est donc de mise et Farid, 34 ans, ingénieur en informatique à Oran, regrette un Président qui «nous a habitués à parler fort et à taper du point sur la table». Les Algériens sont plus partagés quant à son retour au pays mais certains espèrent encore : «C'est mon Président et je l'aime, évidemment que j'ai envie de le voir revenir, finir son mandat.» Pour beaucoup, le Président reste et restera encore longtemps, celui qui a mis fin à la décennie noire, ce qui lui confère une aura de sympathie. Pour autant, le peuple algérien ne se fait pas trop d'illusions, il espère pour chasser l'inéluctable de son esprit. «Je suis déprimé par les images», s'exclame Farid, 34 ans, qui déplore la pression médiatique que subit celui qui fait jaser depuis bientôt 50 jours. Pays malade Donner la parole aux citoyens a été l'occasion, pour la plupart, de dresser un constat amer de la situation actuelle en Algérie, au-delà de la santé du chef de l'Etat : «Il est vraiment inadmissible d'entendre parler des responsables d'un pays qui se dépêchent à Paris pour consulter un Président en convalescence sur l'avenir du pays, affirme Saïd, 38 ans, à Tizi Ouzou. Ils auraient mieux fait s'ils ont communiqué au peuple toute la vérité sur l'état de santé de Bouteflika et continué à gérer le pays sans faire sentir, à ce moment là, la vacance du Président. Je suis indifférent. Comme Bouteflika, tout le pays est malade.» Pays malade, c'est une expression qui revient inlassablement chez des citoyens qui semblent résignés. Mohamed, 36 ans, chômeur, s'emporte : «On nous prend pour qui ? Afin de calmer les esprits, les décideurs ont voulu nous le montrer à peine 20 secondes, et qui plus est, des séquences d'images bien choisies. Ou bien il aurait fallu qu'ils disent clairement, et en toute transparence, de quoi souffre-t-il, et là on aurait consenti à se passer d'image ; ou alors, s'ils persistent à dire que son état s'améliore, à ce moment-là, il aurait fallu qu'ils nous le montre en train de parler, et même, pourquoi pas, adresser quelques mots au peuple algérien ! La mascarade d'hier soir sur le JT de l'ENTV dénote le mépris dans lequel nous tiennent les décideurs !» Karim, 43 ans, avocat, ne comprend pas «pourquoi on laisse quelqu'un qui est malade, même très malade, gérer les affaires du pays. C'est dangereux même pour l'Algérie. Il faut préparer la transition dans la transparence, mais pas en catimini, car on risque de sombrer dans des problèmes immenses si les choses ne vont pas se faire dans les normes. Les images qui montrent que Bouteflika est incapable de gérer le pays ont été diffusées par la télévision pour dire que le Président ne peut plus assurer ses fonctions.» D'autres, comme Amar, 36 ans, universitaire, se montrent inquiets à propos des «opportunistes qui ont accompagné le Président durant ses trois mandats et qui étaient sur le point de lui en préparer un quatrième. Ils changent comme des girouettes». Une Algéroise, la trentaine, quant à elle, fait part de son inquiétude de voir certains acteurs «intérieurs ou extérieurs tenter de se servir de cette maladie pour semer le trouble dans le pays, créer les problèmes». Sans convaincre, la prestation de Bouteflika a plutôt réveillé des vieux démons enfouis dans les esprits de la société algérienne.  

El Watan

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