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Terrorisme en Tunisie: La menace asymétrique (partieVII)

Par Ridha Ben Kacem

Dans la quatrième partie de cette itération il a été indiqué qu'il existe trois domaines différents ou indépendants, qui peuvent servir de substrat aux enseignements utiles, à dégager des différentes expériences internationales en matière de conflits asymétriques :

1 / La propagande
2 / la société civile
3/ les forces armées ou les forces de sécurité

Nous avons dégagé les enseignements utiles pour ce qui est de la propagande. Qu'en est-il pour ce qui est de la société civile ?

En vérité, la société civile a été évoquée à plusieurs niveaux, dans le traitement du thème de la propagande. Il ne sera pas utile de revenir sur ces aspects de la question. Par contre il est important de mettre l'accent sur le fait qu'Internet porte atteinte à la protection de la vie privée. Ainsi les cookies, véritables « mouchards » déposés sur votre ordinateur, lors de la fréquentation d'un site, livrent un certain nombre de renseignements, dans un but généralement commercial, concernant l'internaute et ses habitudes. Mais rien n'empêche, vous l'avez compris, que ces cookies soient utilisés à d'autres fins. Internet peut aussi être le support à la diffusion d'informations fausses ou diffamantes à l'égard d'un individu d'une organisation ou d'un pays. ce n'est pas innocent lorsque l'on sait ce que l'on peut avoir comme répercussions sur un pays, par exemple en flux financiers ou touristiques, ou bien en flux de jihadistes.

Mais le plus grand danger vient du fait qu'Internet peut être le support d'actions ou d'idées en contradiction avec les fondements et les fondamentaux de la démocratie. Des sites propageant des idées négationnistes ou racistes, séditionnistes, terroriste..., y sont accessibles d'un simple clic. Imaginez l'ampleur du danger, lorsque l'on sait que le Net est parcouru par une majorité d'enfants, de jeunes et d'adolescents, dont l'esprit est encore insuffisamment protégé contre les dangers et dont la représentation du monde est inachevée. De même, les cookies pourraient être exploités afin de connaître les opinions politiques des citoyens à travers leurs consultations de sites. Du côté des autorités, il y a le risque ben évident d'instauration d'une société de surveillance, comme cela vient d'être fait aux USA : Dans certains pays, comme la Chine ou Singapour, les autorités bloquent l'accès à des sites jugés nuisibles, etc., c'est-à-dire pro-occidentaux, ce qui n'est pas forcément la meilleure attitude à adopter, face au danger.

ll en résulte un abstentionnisme massif et une déconnexion croissante entre la société et la sphère politique

Que vous le vouliez ou non, le Net pourrait répondre à la crise de la représentation du monde, qui se manifeste lors d'une crise d'identité généralisée, comme celle que nous vivons, en Tunisie, depuis le 14 janvier 2011. Dans d'autres pays qui ont vécu une telle crise d'identité, un lien étroit a été trouvé avec notamment, la forte abstention électorale qui indique que l'identité socioculturelle est fortement perturbée. Rappelez-vous, à ce propos, le fort taux d'abstentionnisme enregistré lors du scrutin du 23 octobre 2011. Selon les différentes projections, le taux d'abstentionnisme lors du prochain scrutin ne sera pas loin d'être identique à celui du 23 octobre 2011 ce qui semble indiquer la persistance sinon, l'aggravation du problème identitaire. Il ne faut pas oublier que l'abstentionnisme plus il est massif et il une déconnexion croissante entre la société civile et la sphère politique.

L'on ne doit, non plus, ignorer que le Net favorise la mobilisation des citoyens, sur toutes sortes de questions importantes, sans médiation des institutions et des organisations politiques : Pétitions (par exemple, contre la peine de mort en Tunisie), forums de discussion en ligne (chat), appel à manifestation (par exemple, tous les mercredi, pour maintenir la pression dans l'enquête sur la mort de Chokri Belaïd). Il convient cependant, de s'interroger sur la régularité et la représentativité de ces pratiques érigées en un système nouveau. Ce qui pose problème, c'est l'éventuelle dérive qui serait susceptible de favoriser le populisme et la démagogie. Le degré de pertinence de ces questions ne s'aurait bien entendu, vous échapper.

D'un autre côté, Internet pourrait compléter la démocratie représentative, en corrigeant ses insuffisances, par une dimension plus participative, sans en altérer les fondements. On pourrait envisager par exemple, des votes électroniques déjà testés dans certains pays. Mais, attention à l'illusion que pourrait représenter l'e-démocratie. L'offre d'espaces de liberté supplémentaires, aux citoyens, n'induirait pas forcément, la modification des structures de pouvoir. Dans le cas de la mondialisation, qui nous préoccupe, ici, si le Net peut sembler en contester les effets pervers, il en est aussi, un des vecteurs principaux. De fait, le Net est le principal outil de propagation de la mondialisation et ne même temps son principal frein. Avec nos soucis sécuritaires et nos préoccupations d'insertion dans les circuits économiques mondiaux, il peut y avoir incompatibilité. Au fait, sur quel plan se situe-t-on ? Que voulons-nous privilégier ? La sécurité ou l'essor économique ? Pourquoi pas les deux ? Que faudrait-il faire, dans ce cas ? Autant de questions pertinentes et autant de réponses absentes, pour le moment.

Que le Net s'autorégule, dans l'ensemble, est un fait, mais rien ne garantit que cet « ensemble » se répercute favorablement, sur chaque individu présent sur le Net. Pour cette raison, il ne faudrait pas qu'Internet soit un média sans contrôle démocratique. Dans la plupart des pays, le Net, en s'affranchissant des frontières, pose le problème du contrôle des serveurs et des sites. Les juridictions nationales peinent à imposer leur verdict et les législateurs à suivre le rythme des évolutions technologiques. La Tunisie a pris énormément de retard dans ce débat imposé par l'actualité.

Dans certains pays, il existe cependant, des institutions nationales, qui tentent de réguler le système, notamment, pour le prémunir contre les atteintes à la vie privée ou à la liberté individuelle. Ce rôle revient, par exemple, en France, à la Commission nationale informatique et libertés ( la CNIL ),créée par la loi du 6 janvier 1978, qui doit ainsi, vérifier le respect des droits de chacun : droit à l'information préalable, en cas de constitution d'un fichier informatique, droit d'accès aux informations individuelles, droit de rectification des erreurs, etc. Elle dispose de moyens juridiques puissants, en cas d'infraction, mais qui restent limités aux frontières de la France. Qu'en est-il en Tunisie ? Nous savons que plusieurs fichiers informatiques ont été crées, ces dernières années. Les tunisiens seraient bien en peine, aujourd'hui, de dire à quelle loi, ils obéissent, exactement.

On est habitué à parler de socialisation des enfants et des jeunes. La famille, en premier lieu, le milieu social de l'enfant et l'école sont les lieux classiques de la socialisation. Malgré les dangers que peuvent présenter chacun de ces milieux, ils sont potentiellement peu dangereux, car la société a eu le temps de développer les reflexes et les outils de contrôle et d'équilibre de leur pouvoir de persuasion, auprès des jeunes notamment, lors de la phase de construction de la représentation du monde. Mais qu'en est-il du Net ?

Fondamentalement, l'on estime que le Net est une force positive et bénéfique, qui ouvre des débouchés, tant sur le plan économique, que social, en favorisant l'émergence de nouvelles formes d'interactions sociales. Les sites de socialisation ont ainsi, transformé notre manière de communiquer. Une enquête de la Commission européenne réalisée en 2011, a révélé que, sur 250 000 jeunes de 25 pays de l'Union, 77 % possédaient un compte sur des réseaux sociaux. Les jeunes tunisiens semblent être dans la même situation.

Mais sommes-nous suffisamment conscients, que des problèmes tels que la fraude sur l'internet, le cyber harcèlement, la cyberpornographie la cyber violence le cyber terrorisme, doivent être traités, de toute urgence, pour que l'internet puisse continuer d'être utilisé de manière responsable et bénéfique ? S'il ne saurait être question de censure, comme on ne cesse de le répéter depuis le début, on reste tout de même, fermement convaincu, qu'une politique de laisser-faire généralisé, concernant les médias électroniques, n'est pas acceptable en l'état actuel des choses. Il s'agit avant tout, de trouver des compromis et des solutions équilibrées susceptibles de gérer, d'une manière souple et responsable, ces questions sociales complexes.

Mais, je voudrais revenir sur la problématique de la socialisation classique, au niveau de la société et de ses interactions habituelles, selon les milieux. Il est un aspect de cette question qui n'a pas échappé à l'attention de tout le monde. Il s'agit du regain d'intérêt pour les questions religieuses, que connaissent nos sociétés et qui a accompagné l'émergence et l'amplification de la menace asymétrique. Les « succès » remportés par Oussama Ben Laden et compagnie, ont eu de l'attrait, certes, mais sans les relais joués par les mosquées instrumentalisées par les suppôts du terrorisme jihadiste, rien n'aurait été possible. Si la Tunisie est, aujourd'hui, le principal fournisseur de chair à canon, en Syrie, elle le doit, certes à cette mauvaise socialisation rampante du Net, mais elle le doit surtout, à ces mosquées qui reprennent en écho et en live, les messages virtuels les plus virulents. Il est donc important que la société civile développe, à ce propos, les outils adéquats de sa protection contre ce poison mortel.

Les outils à privilégier, à ce propos, sont la discussion et la recherche de consensus. Il ne saurait être question, encore une fois, d'imposer quoique ce soit et encore moins, de jouer un clan face à un autre. De fait, nul n'a raison et nul n'a tort. Il s'agit, avant tout, de formuler des opinions sous la forme d'« avis »,qui garantissent que les préoccupations de la société civile trouvent un écho, dans le processus décisionnel tunisien, au niveau des sphères gouvernementales. La société civile consensuelle doit peser de tout son poids, pour contrôler et réguler tout processus de socialisation.

De même la société civile doit avoir suffisamment de poids, pour amener les décideurs politiques à prendre à bras-le-corps, la question des implications sociales du Net. Si ce développement a essayé de mettre l'accent sur la sécurité du Net et la protection des mineurs, contre les abus, c'est parce qu'aucune mesure adaptée n'a encore été trouvée et appliquée, pour maitriser les aspects psychologiques des sites de socialisation.

Par Ridha Ben Kacem le 14 juin 2013

Lire les parties I , II , III , IV , V et VI

Tunisie Focus

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