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L’excision encore bien présente en Egypte

L’excision est interdite en Egypte, et pourtant elle a encore fait une victime la semaine dernière. Une enfant de treize ans est morte pendant l’opération. L’excision reste fréquente chez les populations peu éduquées et rurales. La pratique reculait ces dernières années, grâce également à des campagnes de sensibilisation aux dangers médicaux et psychologiques entraînés par l’opération. Mais depuis que les partis islamistes gagnent les élections, certains craignent un retour en arrière, car ce domaine ne fait pas partie des priorités des islamistes, qui auraient plutôt tendance à ne pas contrarier les croyances de leur électorat traditionaliste.

L’enfant ne s’est pas réveillée de l’anesthésie générale effectuée pour l’opération. Le médecin responsable a été relâché. Une opération ou une anesthésie peuvent certes mal se passer – mais l’excision est interdite en Egypte.
Les organisations internationales ont condamné l’événement et appelé l’Egypte à redoubler d’efforts pour faire appliquer la loi. Les autorités n’ont pas réagi – certes elles ont d’autres problèmes à traiter, comme le cafouillage du barrage éthiopien, la pétition forte de plusieurs millions de signatures qui va bientôt demander la démission du président, etc.

Une pratique interdite en Egypte

Une étude du début des années 2000 a montré que la plupart des excisions étaient conduites par des médecins – dans des cliniques privées, bien sûr, pas dans les hôpitaux d’Etat. L’excision est pourtant illégale en Egypte depuis un décret de 1996. En 2007, deux enfants de douze et treize ans étaient mortes à cause de l’opération d’excision. Les législateurs égyptiens avaient alors corrigé un manque dans le décret de 1996, interdisant aussi au personnel médical de pratiquer l’opération, les menaçant d’amendes, de peines de prison et d’interdiction d’exercer.

« Beaucoup de médecins continuent à exciser les filles dans des cliniques privées, en secret. La loi leur demande de dénoncer les parents qui demandent l’excision pour leurs enfants, mais s’ils acceptent la pratique, pourquoi la dénonceraient-ils? » dit Hussein Gohar , un gynécologue du Caire.

Une tradition ancrée dans le manque d’éducation

La pratique recule généreusement, mais reste à des taux impressionnants. Chez les populations peu éduquées, où les traditions servent de cadre de pensée, ni la loi égyptienne ni les déclarations des autorités religieuses condamnant la pratique n’impressionnent les familles.
Beaucoup pensent que l’excision est essentielle pour préserver la réputation des filles. Sans clitoris, pas de désir sexuel, et donc aucun risque pour les filles de « fauter » avant ou en-dehors du mariage.
Les complications médicales n’inquiètent apparemment pas d’avantage: ni les risques d’hémorragie pendant l’opération, ni les cystites à répétition plus tard, ni les risques de déchirure lors de l’accouchement ou la douleur inévitable lors des rapports sexuels ne semblent faire contrepoids.
Si les familles pensent que l’excision est un devoir religieux, aucun argument de ce genre ne pourra les convaincre. Beaucoup de mères demandent sans gêne dans les hôpitaux ou cliniques d’Etat où elles pourraient trouver un médecin qui pratique l’opération – l’interdiction n’est pas vraiment prise au sérieux.

En 2008, une étude faite sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé a montré que 50% des filles de 10-18 ans avaient subi l’excision. En zone rurale, le pourcentage était plus élevé (61,7%). Au contraire, dans les écoles urbaines, le taux n’était que de 9,2%.
Le Nord de l’Egypte est moins touché (25%) que le Sud, où dans certaines zones rurales, comme la campagne autour de Louxor (99% ).

L’étude montre que les mères sont celles qui prennent la décision, et que celle-ci est fortement liée à leur niveau d’éducation – ainsi évidemment qu’à la doxa présente dans leur environnement.

La justification religieuse

L’excision était traditionnellement pratiquée aussi bien par les musulmans que les chrétiens en Egypte. Il s’agit d’une coutume traditionnelle africaine, même si les défenseurs de la pratique lui donnent des justifications religieuses. Pourtant l’autorité religieuse sunnite musulmane de référence, Al Azhar, condamne l’excision urbi et orbi en 2007, indiquant qu’elle n’a pas la moindre justification religieuse. L’Eglise copte s’oppose également à la pratique.

« Malheureusement, certains membres des Frères musulmans ou, plus encore, des salafistes, pas assez versés en religion, essaient de faire croire qu’elle est demandé par l’islam », dit Nourhan Refaat, une cairote de vingt-trois ans qui a signé l’année dernière une pétition pour plus de fermeté des autorités contre la pratique.

L’année dernière, Azza al-Garf, une parlementaire du parti des Frères musulmans, Liberté et Justice, avait fait les gros titres en déclarant que l’excision n’était pas bien grave et que ce n’était qu’une opération de chirurgie esthétique.

Certains membres des Frères musulmans, en 2007, avaient tenté de s’opposer à la loi criminalisant l’excision. Mais la Confrérie avait alors fait s’exprimer les plus modérés de ses membres, comme Abdul Moneim Abu El Fotouh, qui a depuis quitté l’organisation et s’est présenté comme candidat à la présidentielle de 2012, pour faire savoir que les Frères musulmans dans leur ensemble ne soutiennent pas l'excision.

Cela dit, en février dernier, sous un président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, le tribunal Constitutionnel a enfin rendu son verdict sur une plainte déposée en 2008 par des avocats islamistes, contre la loi de 2007 criminalisant l’excision pratiquée par les médecins. Les plaignants ont été déboutés. Cela ne signifie cependant pas grand-chose sur la position du gouvernement, le judiciaire égyptien étant en ce moment particulièrement avide de faire savoir son indépendance et son inimité à l’égard du pouvoir.

La malédiction Suzanne Moubarak

Suzanne Moubarak, la femme du président déchu en février 2011, avait lancé beaucoup de campagnes de protection des femmes. Maintenant, il n’est que trop facile de dénoncer toute revendication féministe ou ces campagnes pour la parité, contre l’excision etc., comme partie intégrante de la propagande et des accomplissements de façade de l’ère du dictateur.

Aujourd’hui vendredi 14 juin différentes organisations non gouvernementales égyptiennes, de concert avec les organisations des Nations Unies, lancent une campagne de sensibilisation contre l’excision, dans toute l’Egypte. L’une des organisations, le Conseil national des femmes, est considérée par certains comme le projet personnel de Suzanne Moubarak.

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