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Assurances et Réassurance : Les compagnies face à la complexité des nouveaux risques

Catastrophes naturelles (tsunamis, cyclones, inondations, tremblements de terres, éruptions volcaniques, etc.) et risques socio-politiques (Printemps arabe, guerres civiles, etc.) se succèdent à une cadence effrénée. Pour corser le tout, de nouveaux risques environnementaux, liés surtout aux changements climatiques, le terrorisme et les cyber-risques ont fait leur apparition, modifiant la cartographie des risques des assureurs et réassureurs du fait notamment de la fréquence de ces risques et surtout des montants importants que peuvent occasionner la survenance de tels aléas. Il reste que l'identification de ces nouveaux risques, leur couverture et l'implication des Etats dans leur gestion continuent à susciter des débats.

C'est dans ce cadre que la Société Centrale de réassurance (SCR), filiale de la Caisse de dépôt et de Gestion (CDG), et l'Union Générale Arabe d'Assurances (GAIF), association panarabe qui regroupe tous les acteurs des métiers de l'assurance et de réassurance du monde arabe, ont organisé les 10 et 11 juin 2013 un séminaire portant sur le thème «Assurance et réassurance des nouveaux risques» et visant à éclairer davantage ses membres sur les enjeux de ces nouveaux risques.

Ainsi, si ces nouveaux risques constituent de nouveaux marchés et donc de nouvelles opportunités d'affaires pour les compagnies d'assurance et de réassurance de la région, il n'en demeure pas moins que leur multiplicité, leur complexité et les difficultés dans leur identification posent d'énormes difficultés aux assureurs, qui doivent appréhender ces risques et développer une offre innovante de produits et services adaptés. Seulement, comme l'a bien souligné M. Iordanis Chatziprodom, Swiss-Re, «le gros problème pour les compagnies d'assurance et de réassurance a trait aux informations et aux données statistiques concernant les risques nouveaux afin d'effectuer des projections». C'est pour faire face à cette situation, explique Dr. Andreas Tacke, de Hannover Re, que le réassureur allemand mène annuellement deux études pour évaluer les tendances des nouveaux risques à gérer et essaie ainsi de suivre la probabilité de la survenance de tels risques et les montants en dommages qu'elle pourrait occasionner. Toutefois, les intervenants reconnaissent les difficultés pour délimiter le champ des dommages dans l'espace (difficultés de chiffrer avec précision les dommages indirects) et dans le temps (une partie des dégâts occasionnés évoluant dans le temps).

Les cyber-risques en hausse

Parmi ces nouveaux risques, il y a la recrudescence de certaines catastrophes naturelles comme les inondations et les sécheresses, qui sont en partie liées aux effets du changement climatique. En 2011 uniquement, quelques 820 catastrophes naturelles ont été recensées. Si ces phénomènes naturels ont toujours existé, leur grande fréquence et les dégâts humains et économiques qu'ils occasionnent sont fortement croissants du fait notamment de la concentration géographique des populations et des investissements exposés aux risques naturels.

Outre la recrudescence des catastrophes naturelles, les opérateurs économiques sont de plus en plus préoccupés par les cyber-risques. La démocratisation de l'accès aux technologies de l'information et la globalisation des réseaux sociaux ont été des facteurs de développement du cybercrime (atteintes aux systèmes de traitement, infractions aux cartes, blanchiment d'argent, etc.). Selon M. Cyrus Salesse d'Arab R-Liban, «il s'agit de risques systémiques nouveaux qui coûtent chers aux entreprises qui ne sont pas couvertes». Face à cette situation, de plus en plus d'entreprises recourent à l'assurance pour faire face à la hausse des cyber-risques. Du coup, «le marché connaît une évolution significative depuis les années 1990 avec une croissance de l'ordre de 80 % au cours de ces dernières années», ajoute t-il. Pour M. Antoine Bdadouni de Guy Carpenter-UK, «le cyber-crime est devenu l'un des risques les plus importants pour les entreprises et revêt plusieurs formes : espionnage, extorsion de fonds, terrorisme, vols,  etc.». Ainsi, selon Interpol, 80 % de la cybercriminalité sont liés en 2012 à des bandes organisées transfrontières et représentent un coût financier estimé à 750 milliards d'euros par an en Europe !

Par ailleurs, les risques liés au terrorisme inquiètent également les compagnies d'assurances et de réassurance du fait des coûts énormes liés au remboursement des dommages en cas de survenance d'un acte terroriste. A titre illustratifs, pour l'attentat du World Trade Center de 2011 seulement, les indemnisations les plus basses sont estimées à plus de 20 milliards de dollars.

Implication de l'Etat nécessaire

C'est donc peu dire que, pour faire face aux nouveaux risques, les assureurs et réassureurs doivent renforcer considérablement leur fonds propres. Toutefois, quelque soit la solidité des compagnies, et même si celles-ci ont su gérer jusqu'à présent de grandes catastrophes, il n'en demeure pas moins que la multiplication des aléas de toutes natures nécessite une étroite collaboration entre les compagnies d'assurance et de réassurance, les entreprises, les régulateurs et l'Etat. «Le soutien des pouvoirs publics est une nécessité pour faire face à la couverture des nouveaux risques», a souligné M. Abdul Khaliq R. Khalil, Secrétaire Général du GAIF. En clair, la multiplication des aléas de toutes natures nécessite une implication de l'Etat dans le champ de l'assurance et ce afin d'éviter que la survenance de certaines catastrophes naturelles occasionnant des dégâts matériels importants et donc des montants élevés pour les remboursements n'entraine une fragilisation du secteur des assurances et de la réassurance. Dans ce cadre, au Maroc, après les inondations de Berrachid de 2001 qui avaient occasionné d'énormes dégâts aux opérateurs économiques de la région, l'Etat, les opérateurs économiques et les compagnies d'assurance et de réassurance s'étaient engagés à la mise en place d'un régime d'assurance des risques catastrophiques d'origine naturelle ou humaine. Un peu plus de 10 ans après, un régime obligatoire a été mis en place. Celui-ci repose sur deux volets : un fonds alimenté par une surprime obligatoire prélevée annuellement sur tous les contrats (hors ceux souscrits en assurances vie, maritime et aviation) et un fonds d'urgence alimenté par l'Etat qui vise à indemniser les personnes non assurées. Pour faire face aux nouveaux risques, l'implication de tous les acteurs est essentielle.

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

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