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4è Intégrales de la Finance de CDG Capital : La crise oblige à différer la réforme du marché des capitaux

Ces dernières semaines les évènements financiers portant sur les marchés de capitaux au Maroc, leurs outils de financement et leur développement attendu par le biais deréformes pointues se sont succèdés. Organisé par l'ASFIM, le premier a porté sur la dette privée, son développement récent et les réformes nécessaires à la maitrise de son risque par la notation notamment pour rendre cette outil de refinancement des entreprises efficace. Puis lundi dernier, la Bourse a organisé une table ronde sur la thématique: «Quelles trajectoires de croissance pour la Bourse de Casablanca» suivie le lendemain de la quatrième édition du grand évènement de CDG Capital,

«Les intégrales de la Finance» sur le thème: «Mutation des marchés de capitaux, quels défis et pour quel impact ?»

Lors de chacune de ces manifestations, l'on n'a pas manqué de rappeler les handicaps et freins actuels au développement du marché national des capitaux.

De fait, certains ont été révélés par la crise comme l'illiquidité de la Bourse alors que d'autres insuffisances de ces marchés sont structurelles comme le manque de diversité des produits financiers, la faiblesse des introductions en bourse et le poids insignifiant des petits porteurs ou encore la nécessité d'élargir les compartiments de la cote aux PME.

Certes, le projet Casablanca Finance City est toujours une forte incitation et même une exigence à mener à bien ces réformes, avec son ambition de faire de la place de Casablanca un hub vers l'Afrique, ce continent tant convoité.

Un constat sévère

Le Ministre des Finances, Nizar Baraka appuie par sa présence et des discours d'introduction tous ces évènements, démontrant ainsi que la volonté politique est acquise à toutes les réformes déjà identifiées des marchés de capitaux qu'il reconnait comme nécessaires et qu'il essaye d'accélérer en favorisant le vote des différents textes y afférents au Parlement.

D'ailleurs, aux «Intégrales de la Finance» de CDG Capital, le Grand Argentier a reconnu que «le marché des capitaux au Maroc commence à montrer des signes d'essouflement».

Mais, selon M. Nizar Baraka, les réformes «sont dans le pipe», nombreuses et diversifiées, et de citer les cinq principaux axes suivants :

- Renforcer la supervision et la transparence du marché des capitaux;

Réaliser l'attractivité de la bourse,

Accompagner le développement du marché de la dette privée;

Encourager la mobilisation de l'épargne longue;

Soutenir le projet de Casablanca Finance City.

Or, il s'avère de plus en plus clairement que toutes ces réformes tardent à se mettre en place pour des raisons de déséquilibres macro-économiques.

En effet, autant elles sont nécessaires pour relever le niveau des prestations de notre marché des capitaux et susciter la confiance des investisseurs, autant leur mise en application ne serait pas favorisée par la situation de crise économique particulière que connaît le Maroc, laquelle dissuade et éloigne les investisseurs internationaux, sans l'appui et la reconnaissance desquels un marché financier ne saurait exister. Ces investisseurs, d'ailleurs, sont le plus souvent influencés et incités par des indices comme celui de Morgan Stanley. Or, le Morgan Stanley Countries Index, MSCI, a extrait, le mardi 11 juin, le Maroc de sa catégorie «pays émergents, envoyant ainsi un signal à ces investisseurs étrangers sur le fait que la Bourse de notre pays ne remplit plus les conditions de liquidité de marché, ni  les performances économiques des pays émergents où la croissance est soutenue.

Justement, un des intervenants aux Intégrales de la Finance, M. Carlos Asilis, ancien économiste en charge des recherches au Fonds Monétaire International ( FMI), co-fondateur de Glovista, un cabinet de conseil financier de grande renommée aux États-Unis, et qui fut également responsable de la stratégie du portefeuille Actions sur les marchés émergents chez JP Morgan à New York, a expliqué à quel point, les difficultés actuelles de l'économie marocaine n'étaient pas propices à un développement du marché des capitaux.

Conseils et critiques d'un «pro»

En d'autres termes, notre pays ne remplit pas les conditions nécessaires d'attrait des investissements étrangers en portefeuilles, pour le développement d'un marché des capitaux.

En partant de l'exclusion du Maroc de l'indice de Morgan Stanley, MSCI Emerging Markets, devenue offcielle mardi, Carlos Asilis a expliqué que le Royaume n'y avait tout simplement pas sa place à cause de deux de ses problèmes majeurs, l'illiquidité du marché des capitaux et la faiblesse des introductions en bourse. Il serait donc mieux représenté dans l'indice MSCI Frontier Markets. Mais de fait, ce reclassement sort le Maroc de la catégorie des pays émergents tels que reconnus Morgan Stanley.

Pour M. Asilis, les investisseurs, qu'il est très bien placé pour bien connaître, ont des critères précis pour leurs choix. La liquidité du marché et la transparence en sont les principaux. Or, non seuleument, le marché des capitaux marocain souffre d'une illiquidité qui ne cesse de s'aggraver depuis 2009, mais l'information y est asymétrique, c'est-à-dire que certains y accèdent avant les autres, aggravant ainsi l'illiquidité du marché. Mais, d'autre part, l'autre exigence des investisseurs internationaux, selon ce conseiller de renom, c'est la croissance économique.

Les pays émergents les plus prisés sont ceux où la croissance est soutenue par des facteurs endogènes qui ne dépendent donc pas de la crise économique des pays occidentaux, comme c'est le cas des pays asiatiques de l'ASEAN, Association des Nations de l’Asie du Sud-Est.

Et pour cause, les investisseurs ne tolèrent pas la volatilité qui est un facteur de risque. Pour eux, le Maroc est petit, ils n'ont pas suffisamment d'analystes pour s'y intéresser d'autant que le niveau des investissements réalisables reste faible, le minimum requis pour qu'ils s'engagent étant de 50 millions de dollars.

Quelles réformes pour quelle urgence?

En fait, le Maroc a subi des chocs au cours des dix-huit mois passés, du fait de la crise européenne, en particulier en France et en Espagne, ses principaux partenaires.

Il est fragilisé au point où sa stabilité est affectée.

Son déficit budgétaire, celui de sa balance commerciale et de son solde extérieur, aggravé par la baisse des transferts des MRE et une dette publique qui ne cesse de croître,  le mettent dans une situation d'instabilité qui constitue un réel repoussoir des investisseurs internationaux.

Le conférencier nous a aussi appris qu'un indice, le FDI, (Indice de Développement Financier), très utilisé par les investisseurs internationaux, intégrant un grand nombre de critères qui mesurent de façon qualitative la force d'un marché, démontre que le Maroc doit tout particulièrement revaloriser son environnement institutionnel, la gouvernance d'entreprises, la transparence de l'informarion financière, mais aussi revoir la fiscalité qui pèse sur le coût de l'investissement.

En définitive, les réformes du marché des capitaux devraient passer après d'autres beaucoup plus urgentes et nécessaires au développement de ces marchés.

Le Maroc ne peut tout simplement pas prétendre devenir un hub pour l'Afrique s'il ne connait pas de stabilité macro-économique.

Il faut une situation de croissance dans une économie libre et ouverte avec des marges de profits attractives, améliorer le capital humain, réduire le coût du capital, mais également  comprendre que le marché Actions ne saurait être liquidie sans un marché obligataire également liquide. Or, c'est le cas chez nous où il n'y a pas de marchés secondaires de la dette privée tandis que celui de la dette publique fonctionne mal.

C'est ainsi que l'on devrait donc revoir les priorités qui s'imposent de plus en plus à notre pays.

Commencer par la reconvertion de l'économie marocaine pour booster l'export, mener la réforme de la fiscalité pour plus de justice et d'équité, assurer un allègement des charges supportées par le tissu économique, entreprendre les réformes destinées à alléger le Budget public comme celles de la Caisse de compensation et des retraites, afin de réussir la refonte des marchés de capitaux, devenus sûrs et  solides.

Sans de telles réformes, le Maroc ne saurait attirer les investisseurs internationaux. Sans ces derniers, le Royaume ne saurait espérer figurer dans le «concert des nations émergentes», son exclusion le privant de la possibilité de développer un marché financier…

Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune

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