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Ghana: la ruée vers l'or des Chinois stoppée par des violences

Des milliers de Chinois pauvres, partis chercher fortune dans les mines d'or d'Afrique de l'Ouest, voient aujourd'hui leurs rêves réduits à néant par des vagues d'arrestations accompagnées de violences, parfois mortelles, selon eux.

Cette semaine, les proches de Zhuo Haohe ont enterré les cendres de ce père de famille dans un champ près de sa maison, dans le canton de Shanglin. Son fils a rapporté du Ghana les restes de son père dans ses bagages. Il a été tué dans une attaque de bandits armés, selon lui.

"Nous avons aidé les habitants à s'enrichir et une fois devenus riches, ils ont acheté des armes pour nous voler", accuse Zhang Guofeng, le beau-frère du défunt, mimant un homme appuyant sur la détente d'un fusil.

Les mésaventures des mineurs de Shanglin illustrent les tensions grandissantes créées par l'afflux de travailleurs chinois en Afrique. Tandis qu'en Chine, la population demande une meilleure protection de ses ressortissants à l'étranger.

Avec ses petites maisons aux toits de tuiles blanches, le canton de Shanglin, au Guangxi (sud-ouest), une des provinces les plus pauvres de Chine, est à mille lieues des gratte-ciel des grandes villes.

Les hommes y sont devenus des mineurs avertis dans les régions froides du nord-est chinois, ouvertes à la prospection dans les années 1990. Il y a une dizaine d'années, quelques uns sont partis tenter leur chance au Ghana, où certains ont fait fortune grâce à des petites exploitations dans des zones délaissées par les grands groupes occidentaux.

De retour en Chine, ils ont acheté des voitures étrangères et se sont offert de belles maisons. Il n'en a pas fallut plus pour enclencher le mécanisme d'une migration massive: selon les estimations du gouvernement local, plus de 10.000 habitants de Shanglin sont partis au Ghana, deuxième producteur d'or du continent.

"Avant d'aller au Ghana, on avait à peine assez pour manger un vrai repas tous les jours", affirme Zhang.

Le contexte semblait favorable: la Chine investit massivement sur tout le continent africain, à la conquête de nouveaux marchés et de ressources naturelles.

Les mineurs du Shanglin font partie d'une vaste diaspora de petits entrepreneurs, commerçants et ouvriers chinois venus en Afrique dans le sillages de grands contrats d'Etat. Mais ils sont parfois accusés d'exploitation et mal perçus.

Plus de 150 d'entre eux ont été arrêtés au Ghana pour travail clandestin dans des mines, selon Accra. La loi ghanéenne interdit aux étrangers d'être recrutés dans les mines.

Les arrestations ont eu lieu un mois après le lancement par le président John Dramani Mahama d'une opération pour mettre fin aux exploitations minières illégales, accusées de polluer les rivières et de dégrader l'environnement.

Amertume

Mais à Shanglin, les proches des migrants soutiennent que les Chinois ont été la cible de violences. Ils sont d'autant plus amers que ni le Ghana ni la Chine n'ont confirmé de pertes en vies humaines. D'après eux, des hommes en uniforme ont pris part aux violences.

"Avant, ils nous dépouillaient avec des fusils de chasse, mais ces derniers temps, ils ont utilisé des AK-47", assure Zeng Guanqiang, revenu du Ghana en mai dernier.

Ici, les anciens mineurs affirment qu'ils ne travaillaient pas illégalement et qu'ils avaient l'accord des propriétaires locaux, souvent des chefs de tribus.

Du coup, des milliers de Chinois se sont réfugiés dans les forêts et les collines alentours pour échapper aux expulsions, rapportent les villageois.

Pour eux, Pékin n'a pas pris la mesure du danger. Ils montrent des photos qui auraient été prises par leurs proches sur portables. On y voit des Chinois dans des cellules, ou des mineurs installés dans des campements de fortune dans la campagne.

Zhuo Shengwen, 20 ans, est le neveu du défunt. Il a publié les photos sur un réseau social chinois, où elles ont été partagées plus d'un million de fois.

"Nous voulions utiliser internet pour attirer l'attention", dit-il.

L'ambassade de Chine a annoncé sur son site internet dimanche que les 190 Chinois arrêtés seraient libérés et rapatriés.

Dans le même temps, les médias ont reçu l'ordre de ne pas publier leurs propres estimations du nombre de détenus, a affirmé à l'AFP un journaliste chinois au courant de la censure, préférant garder l'anonymat.

"Les autorités ont ordonné aux rédacteurs en chef de se conformer aux informations de (l'agence officielle) Chine Nouvelle", assure ce journaliste, ajoutant: "Il y a beaucoup de détails qu'on n'a pas le droit de mentionner".

AFP

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