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100jours gouvernement Larayedh : confiance 39% , défiance 57%

Par Ridha Ben Kacem

Dans tout pays démocratique qui se respecte, on accorde toujours, 100 jours, à un nouveau pouvoir, avant de le juger. Evidemment, 100 jours, c'est un peu plus que trois mois, mais moins que 4 mois. En fait, cette période n'a pas de signification précise. Ce qu'il faut retenir c'est le symbole représenté par le nombre 100. Ce qu'il faut retenir aussi, c'est que ces 100 jours représentent un délai de grâce, en théorie du moins, durant lequel on accorde généralement, un préjugé favorable, au nouvel arrivant.

On peut tout de suite, remarquer qu'Ali Larayedh n'a pas réellement, bénéficié de ce délai de grâce, ni du préjugé favorable, qui le soutend et ce, pour deux raison essentielles. D'abord, l'actuel chef du gouvernement n'est pas une nouvelle figure politique, puisqu'il a officié, à un poste officiel sensible, au gouvernement précédent. Ensuite, Ali Larayedh accède au poste de Chef du Gouvernement, non seulement, sur un constat d'échec des son action, au ministère de l'intérieur, mais également et en quelque sorte en couronnement, à cet échec, à la suite de l'assassinat du martyr Chokri Belaïd et de la crise gouvernementale qui s'en suivit.

Ceci étant précisé, l'on apprend, sans surprise, que seulement 39% des Tunisiens ont confiance, dans la capacité du Chef du gouvernement, Ali Larayedh, à redresser la situation du pays. On doit cette précieuse donnée, à TUNISIE SONDAGE qui, à l'occasion des 100 jours de présence de M. Larayedh, à la tête du gouvernement tunisien, depuis sa prise de fonctions, au mois de février 2013, a réalisé, du 3 au 7 juin 2013, un sondage d'opinion auprès d'un échantillon de 2050 personnes. À l'opposé, 57% des tunisiens n'ont pas confiance en Ali Larayeh, ni en son action, en tant que Chef du gouvernement, pour redresser la situation du pays. Les 7% qui restent ne se prononcent pas. Compte tenu du passif accumulé par Ali Larayedh, lors de son accession aux fonctions de Chef du gouvernement, l'on ne sait s'il faut interpréter ce résultat négatif, comme un désenchantement, accompagné d'une érosion rapide, du capital de confiance de départ ou si c'est la conséquence de la défiance de la majorité des tunisiens, envers celui qui n'a pas su ou voulu gérer les crises sécuritaires vécues par le pays et qui ont connu leur apogée, avec l'attaque de l'ambassade américaine, et l'assassinat de Chokri Belaïd, alors qu'il était ministre de l'intérieur et qui trouvent aujourd'hui, à la fois, leur prolongement direct et leur aboutissement, dans les événements de Jebal Châambi.

Signe qui ne trompe pas, quant à la défiance d'une grande partie des tunisiens, envers leur actuel chef du gouvernement, seuls 56,3% des sondés ont bien voulu énumérer les points positifs du bilan d'Ali Larayedh, alors que 82% ne se gênent pas, pour dégager les points négatifs. Ce déséquilibre flagrant est en soi, symptomatique et nécessite approfondissement. Les 56,3% des sondés qui ont bien voulu dégager les points positifs du bilan de Laraydh, en 100 jours d'exercice du pouvoir, classent ainsi, les points positifs de l'action gouvernementale:

1 / Pour 44,6% d'entre les 56,3%, il s'agit de l'efficacité de la lutte contre le crime et l'insécurité
2 / Pour 20,6% il s'agit de la liberté retrouvée de se rassemble et de manifester (due en fait, à la présence d'un indépendant à la tête du ministère de l'Intérieur).
3 / Pour 18,1%, il s'agit d'une plus grande moralisation de la vie politique
4 / Pour 10,8%, il s'agit enfin, de la réduction des déficits publics, bien que rien de nouveau n'ait été enregistré, en réalité, sur ce plan.

Les 82% des sondés qui ont dégagé des points d'insatisfaction, dans l'action d'Ali Larayedh, semblent, en revanche plus prolifiques et plus tranchants, dans leur réponses :

1 / 53% de ces 82% classent en premier point de leurs préoccupations, la détérioration du pouvoir d'achat
2 / 49,5% sont préoccupés par les résultats peu tangibles de la lutte contre le chômage
3 /45% sont préoccupés par l'absence de résultats, dans la de lutte contre les inégalités sociales et régionales
4 / 34,2% sont inquiets, en raison de la non réduction du déficit public
5 / 32,4 sont préoccupés par les résultats peu palpables, de la lutte contre le crime et l'insécurité
6 / 27,5% sont préoccupés par l'érosion des marges de la liberté de se rassemble et de manifester.
7 / 17,2%, pensent qu'il y peu de résultats, en matière de moralisation de la vie politique

En comparant les listes des points de satisfaction et d'insatisfaction, l'on remarque d'emblée, qu'aucun des points de satisfaction ne dépasse le cap des 50% de satisfaits, chez les 59,3% des sondés, qui ont bien voulu se prononcer sur cette question. Pour ce qui est, en revanche, des points négatifs du bilan des 100 jours du Chef du gouvernement, Ali Larayedh, 82% des sondés ont répondu à la question comme il déjà, été précisé. Mieux, deux points d'insatisfaction dépassent ou égalent (49,5%) le cap significatif des 50%. De plus, les points de cristallisation de l'insatisfaction sont plus nombreux que ceux de la satisfaction : 7 points contre 4. En termes de pertinence des résultats, cela renforce considérablement l'insatisfaction face à la satisfaction et donne, de la sorte, plus de poids aux 57% des sondés qui n'ont pas confiance en l'action du Chef du gouvernement, Ali Larayedh.

Il reste évidemment, à relativiser l'action du Chef du gouvernement actuel, Ali Larayedh, par rapport à celle de Hamaid jebali, son prédécesseur. Sur ce plan, les résultats du sondage montrent que :

1 / 39% des sondés estiment qu'avec le gouvernement Larayedh, il y a eu une amélioration de la situation dans le pays, par rapport à l'ère Jebali
2 / 36% considèrent que la politique d'Ali Larayedh est un prolongement de celle de son prédécesseur et ne voient pas de changement notable, par conséquent.
3 / 18% estiment, par contre, que la situation s'est dégradée, depuis le départ de Hamadi Jebali.

Comment interpréter ces résultats ? D'abord, et contrairement à une idée reçue, Ali Larayedh semble plus estimé et plus apprécié, en tant que Chef du gouvernement, que Hamadi Jebali. Cela signifie que, d'une part, le départ de Hamadi Jebali n'a pas donné lieu à la naissance d'un effet de nostalgie durable, dans le temps et d'autre part, le capital de sympathie, généré par les conditions de son départ, semble s'être estompé plus vite que prévu. Hamadi jebali semble avoir fait le bon choix de ne pas céder à la tentation de créer son propre parti politique. Le laminage rapide de sa soudaine popularité, née en février dernier, lui donne raison à postériori, et doit le conforter dans son choix, de ne pas avoir quitté ses fonctions de secrétaire général d'Ennahdha.

On peut aussi, noter que les 39% qui notent une amélioration dans la situation du pays sont aussi les 39% qui ont confiance dans l'action du Chef du gouvernement, Ali Larayedh. L'on retrouve bien évidement, ici, le socle électoral d'Ennahdha renforcé probablement, des électeurs du CPR et d'une partie de ceux d'Ettakatol. La cohérence d'ensemble semble ainsi, assurée.

Mais il y a aussi une autre lecture possible de ces résultats. En effet, entre ceux qui pensent que les choses se sont améliorées et ceux qui estiment qu'elles sont restées en l'état, on totalise 75% des sondés, soit les trois quarts des tunisiens. Ainsi, un tunisien sur quatre ne perçoit pas de détérioration particulière, dans la situation du pays, et ce malgré les événements de Jebal Châambi. Les tunisiens témoignent, ainsi, d'une grande lucidité, dans leur jugement, et leur perception de leur environnement sociopolitique, ce qui donne forcément, plus de crédit, aux résultats du sondage.

En rapport avec les résultats précédents, on peut noter, qu'en ce qui concerne la perception prospective de la capacité d'Ali Larayedh à redresser la situation du pays, le degré de confiance du baromètre du Chef du gouvernement a légèrement augmenté par rapport au sondage réalisé au mois de février dernier, par TUNISIE SONDAGE. Cet indice de confiance passe en effet, de 34% à 39% et semble plus témoigner du caractère plutôt optimiste des tunisiens, que d'un changement de nature, dans la perception de l'action du Chef du gouvernement qu'on ne perçoit pas à travers les autres résultats du sondage. Le résultat doit être interprété comme une meilleure perception de la stature du personnage politique et gouvernemental, que comme une réelle perception de son action. On est en fait, toujours en présence des 39% de satisfaits de l'action du Chef du gouvernement.

Tunisie Focus

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