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Ouaga résolu à aller au bout de sa médiation malgré les tergiversations de Bamako et Kidal (3/4)

Tiébilé Dramé, le conseiller spécial du président par intérim Dioncounda Traoré, à l'issue de la cérémonie de lancement des pourparlers de paix (cf. LDD Spécial Week-End 0588/Samedi 8-dimanche 9 juin 2013), paraissait particulièrement confiant. Il martelait qu'il fallait relire l'article 4 de la résolution 2100 du Conseil de sécurité. La « 2100 », on la limite trop souvent à la création de la Minusma.

Ce n'est qu'un de ses aspects. Elle compte 35 articles dont le 4ème qui « exige que tous les groupes armés au Mali déposent les armes et cessent immédiatement les hostilités ». Elle a été adoptée le 25 avril 2013 et s'impose à tous les acteurs maliens. Il se félicite, également, qu'un maximum de groupes Touareg soient présents à Ouaga. Il est candidat à la prochaine présidentielle. Il sait que ce qui importe c'est, d'abord, qu'un protocole soit signé à Ouagadougou avant cette fin de journée du lundi 10 juin 2013 puisque Paris et la communauté internationale le veulent ainsi et que le médiateur, Blaise Compaoré, s'est engagé dans cette perspective. Il sait que parvenir à un protocole d'accord ne sera pas la chose la plus difficile ; le difficile sera que cet accord soit respecté. Le caractère inclusif de la négociation est, pour lui, une garantie : plus il y aura de groupes et de groupuscules associés à l'accord de Ouaga, plus il y aura de possibilités, par la suite, de jouer les intérêts des uns contre ceux des autres.

C'est pourquoi tout le monde s'est précipité dans la capitale du « pays des hommes intègres ». Comme on dit au Gabon, il faut être près du feu pour entendre grésiller la marmite. Et dans la marmite du Mali, il y a quelques paquets de millions d'euros qui mitonnent. Du coup, le Mouvement des forces patriotiques de résistance et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) ont fait le déplacement jusqu'à Ouaga pour saluer la décision du médiateur « d'avoir des négociations inclusives, prenant en compte toutes les communautés du Mali sans exclusion ».

Ce qui ne manque pas d'agacer le MNLA qui voit dans cette présence l'expression du vieux principe « diviser pour régner », et une pression sur la négociation et, surtout, la période post-présidentielle. Colette Drabo le disait clairement, ce matin (lundi 10 juin 2013), dans le quotidien privé burkinabè Le Pays : « Le problème malien ne se résume pas seulement aux élections, il est plus complexe que cela. C'est pourquoi tous les acteurs devraient être invités à ces discussions. Et même Sanogo que bien des dirigeants de la sous-région voudraient voir envoyé ad patres, devrait être partie prenante aux négociations ».

Ce n'est pas faux. Finalement, Sanogo est la seule personnalité malienne (ouais, je sais, le concernant, cette caractérisation est vraiment osée, disons donc : le seul individu) à avoir émergé au cours des dix-huit mois passés. Et c'est lui qui a quand même, en virant ATT du pouvoir, créé la situation politique que connaît Bamako aujourd'hui. Pourquoi aussi, d'ailleurs, n'avoir pas été chercher sur sa plage dakaroise ce fameux ATT, aux abonnés absents depuis sa destitution ?

Il a gouverné le pays pendant dix ans et pourrait dire ce qu'est la réalité du pouvoir au Mali et du mode de production politique qui a été en vigueur jusqu'à maintenant. Chacun est conscient d'ailleurs que Ouaga n'est qu'une étape qui doit conduire à la présidentielle dans les meilleurs délais (sans doute pas le 28 juillet 2013) et qu'ensuite, dans une perspective de « reconstruction », chacun reviendra à ses vieux démons : sécession pour les uns, autonomisation pour les autres, prévarication pour tous.

« Rien pour l'instant ne peut nous inciter à un optimisme débordant, car parapher et signer un accord, c'est bien, mais le respecter strictement sur le terrain, c'est encore mieux. Et c'est là toute la problématique des pourparlers intermaliens à Ouaga », écrivait ce matin le quotidien privé L'Observateur Paalga dans son édito. Rabankhi Abou-Bâ, dans le quotidien gouvernemental Sidwaya, ne dit pas autre chose : « Bamako doit définitivement trouver une solution à la rébellion touarègue qui occasionne chaque fois des morts et des milliers de déplacés. Tant que les populations du Nord se sentiront oubliées, elles se feront entendre en désobéissant à Bamako ». Personne n'est dupe. C'est pourquoi le médiateur, Blaise Compaoré, a, parmi les quatre points à négocier, établi la nécessité de mettre en place un « mécanisme de suivi et d'évaluation ». A l'instar de ce qui avait été fait avec les accords de Ouagadougou qui ont permis de sortir la Côte d'Ivoire de la crise. On le sait, dans ses médiations, la pierre d'angle de Blaise c'est le chronogramme : fixer des échéances même s'il sait qu'il est difficile de les tenir (la Côte d'Ivoire en a été la preuve), car c'est contraindre les acteurs du dialogue.

A Ouaga, le week-end a été long et la nuit dernière, de dimanche à lundi, a été courte. Une « foire aux marchandages » dès lors que, le dos au mur (c'est la France qui a fixé les deux dates du 10 juin pour l'accord et du 28 juillet pour la présidentielle) et le fusil sur la tempe, Bamako et Kidal ont une marge de man½uvre limitée. Qui tient en deux mots : « se soumettre ». Pas même la possibilité de se démettre tant ils sont nombreux (à commencer par l'armée malienne qui n'entend pas se trouver exclue du partage final du pouvoir) à vouloir occuper un terrain politiquement et socialement en ruines. Dramé fait aujourd'hui l'aller-retour jusqu'à Bamako pour apporter à Dioncounda Traoré les dernières nouvelles du front diplomatique. Avec l'ambition, pour l'un et l'autre, de ne pas perdre la main sur les événements qui se déroulent dans le triangle d'or : Bamako, Kidal, Ouaga. Et c'est du côté de New York qu'ils pourraient trouver un soutien. Le dernier rapport du secrétaire général de l'ONU note que le gouvernement malien n'a fait « que des progrès limités » dans la réinsertion dans la République de Kidal et de quelques autres points d'appui au Nord.

Ban Ki-moon pose la question : ne faudrait-il pas « considérer attentivement si l'agenda qu'elles ont adopté donne assez de temps pour s'assurer que les élections contribueront vraiment à renforcer la stabilité et à promouvoir la réconciliation nationale ? ». Autrement dit : « à l'impossible nul n'est tenu ». Ne nous y trompons pas : dans l'affaire, c'est l'ONU qui n'est pas prête, et en l'occurrence, la Minusma (dont le déploiement n'est prévu qu'à compter du 1er juillet, quelques semaines seulement avant le scrutin présidentiel) dont Ban Ki-moon dit qu'elle manquera de matériel et d'entraînement pour faire face au « danger représenté par des éléments armés qui se déplacent vers des pays voisins pour mener des attaques terroristes et participer à des activités criminelles ».

Le discours du secrétaire général des Nations unies est à destination de Paris et Ouaga. Paris doit maintenir sa pression militaire sur Bamako, Kidal et les « terroristes ». Ouaga doit maintenir sa pression diplomatique sur la Cédéao et politique sur Bamako. Bien des commentateurs pensaient, avant le début des discussions de Ouaga, que le blocage viendrait de Kidal, pas de Bamako. A Ouaga, à l'issue des entretiens, ils ont compris qu'il serait le fait de Bamako. Evident : les Touareg ont (pour l'instant) le dos au mur, les mains et les pieds liés. A Bamako, la fin de la transition sera la fin de la carrière présidentielle de Traoré tandis que Dramé deviendra l'homme fort du Mali, pour ne pas dire l'homme providentiel : il aura permis la tenue de la présidentielle en étant l'interlocuteur privilégié des Touareg. Traoré, qui a un sérieux contentieux avec ces mêmes Touareg, rêve de leur casser les reins et faire oublier qu'il a été obligé d'appeler au secours Paris. Pour cela, il lui faut encore gagner du temps, disqualifier les Touareg et jouer en finesse pour ne pas braquer New York, Paris et Ouaga.

Nous en sommes là. Un accord préliminaire a été établi. Pas un accord formel. Dramé est à Bamako pour rendre compte à Traoré. La date du 10 juin n'a pas été tenue. Mais une étape a été franchie. Pas de quoi susciter l'enthousiasme. Mais une raison de ne pas désespérer. Les Touareg vont encore pouvoir profiter, longuement, du confort du Laico et du Palace Hôtel.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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