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Joséphine Akawara dite Aminata Traoré, a retrouvé Fatoumata Sy, 17 ans après… les retrouvailles entre la mère et sa fille

L'appel pathétique de la mère pour retrouver sa fille, après 17 ans de séparation, a été entendu hier mardi par son enfant. Fatoumata Sy (18 ans) a retrouvé sa maman, Joséphine Okawara dite Aminata Traoré, dans un concert de pleurs et d'émotions intenses, grâce à L'Observateur. Récit.

L'étreinte est interminable. Fatoumata Sy éclate en sanglots en serrant de toutes ses forces sa mère, dont elle a été séparée depuis l'âge de trois (3) ans. Josephine Okawara, la Nigériane de 39 ans, enlace sa fille de 18 ans. «Oh my god, my daughter ! » (Oh mon Dieu, ma fille !», s'écrie-t-elle à tue-tête, comme une litanie. La maman pleure, la fille sanglote. Dans un bureau de L'Observateur, le silence est d'or, l'on ne perçoit que les contractions spasmodiques de la poitrine de Fatoumata Sy, la respiration saccadée de la mère. Dans l'assistance, les yeux sont embués de larmes. La copine de Fatoumata écrase un sanglot. Papiss Sy, le petit frère du père, Demba Sy, est figé par la scène. Le temps s'arrête, l'instant magique est immortalisé par les flashs des photos. 17 ans après, la fille retrouve sa mère.

C'était en 1994, un soir de dure séparation entre une maman habitée par l'incertitude d'un destin qui lui échappe, et une fille innocente, qui ne sait pas qu'elle restera 17 ans sans voir sa mère. L'étreinte a du mal à se desserrer. La fille continue de pleurer à chaudes larmes, la mère aussi. La Nigériane, Josephine Okawara dite Aminata Traoré, finit par s'asseoir sur une chaise. Elle dévore des yeux sa fille. Fatoumata Sy, elle, fixe des yeux le carreau, sa mère essuie délicatement les larmes sur ses joues. «Comment avez-vous retrouvé ma fille ?», questionne la maman. «Je suis venue dès que j'ai lu l'article dans L'Observateur. Auparavant, ma tante et une copine m'avaient appelée. Et je suis venue dès que j'ai pu pour savoir comment je pourrai retrouver ma mère», répond la fille. Sa mère lance un «Oh», expression d'un plaisir jouissif.

Puis, la petite famille des années 90 se réunit à nouveau. Par le miracle de la technologie, Demba Sy, le père qui travaille à Kédougou (702 Km de Dakar) joint au téléphone la mère. «Allô Demba, comment vas-tu ? Ouais, c'est un grand plaisir de retrouver ma fille. Elle est devenue grande...», échange-t-elle au bout du fil avec Demba Sy. La mère et la fille ne se quittent plus du regard, elles se tiennent par la main. Maintenant, elles échangent des sourires, des regards complices. L'émotion passée, les esprits reviennent à un cours plus banal.

La fille : «On m'a toujours dit que ma mère était morte...»

Teint clair, jean bleu, top multicolore, les mêmes yeux que sa mère, Fatoumata Sy sort sa vérité : «On m'a toujours dit que ma mère était morte. Et je ne m'attendais pas à la revoir, je pensais que je n'avais plus de mère. C'est pourquoi beaucoup de souvenirs ont refait surface quand je l'ai vue. Aujourd'hui, je sens que ma mère sera désormais à mes côtés...», narre la fille d'un trait. Sa mère, qui l'écoute religieusement..., porte un top de couleur noire, des lunettes noires fumées ajustées sur le front et un pantalon jean bleu délavé. La fille et la mère parlent de tout et de rien, du père qui travaille à Kédougou... De la famille, des études, des plaisirs... L'on profite du bonheur présent, de l'instantanéité des joies fugaces...Pour ne pas se souvenir d'un passé douloureux, de tout ce temps écoulé sans nouvelles de sa fille, 17 ans d'une vie sans maman, ça vous prive de beaucoup de choses. «Depuis quelque temps, je suis angoissée, je n'aimais pas la vie que je menais et le fait de retrouver ma mère m'apaise», sourit Fatoumata Sy, élève dans un établissement dakarois. Puis, après des retrouvailles ornées d'émotion et d'un concert de sanglots, Papiss Sy, le petit frère du père propose à tout ce beau monde un tour à la maison à la Sicap Baobab (Dakar). La maman regarde sa fille, heureuse, dévaler les escaliers. Elle, pendant ce temps, se confond en remerciements : «Merci, Merci !» C'est beau, une mère qui retrouve sa fille. 17 ans après...

LA FAMILLE SY A JOSEPHINE OKAWARA

«Nous allons nous concerter pour trouver la meilleure solution pour l'avenir de Fatoumata»

Au domicile des Sy, l'accueil est... bizarre. Comme des acteurs de comédie, chacun surjoue un rôle. Dès l'entrée de la maison, six paires d'yeux inquisiteurs scrutent les visiteurs. Papis Sy, petit-frère du père de Fatoumata fait les présentations d'usage avant de mener ses hôtes au 1er étage. La grand-mère de Fatoumata, homonyme de cette dernière, enveloppée dans un grand-boubou Wax, un voile blanc recouvrant sa tête accueille à la porte du salon, un sourire contrit aux lèvres. Sur ses gardes et très méfiante, Joséphine s'avance avant de tendre la main à son ex belle-mère qui hésite à faire le premier pas. «Vous devez être la mère de Demba ? Cela fait longtemps mais, je l'ai reconnu à la scarification qui barre son front. Bonjour ! », lance Joséphine dite Aminata Traoré, les lèvres serrées. «Soyez la bienvenue. Entrez !», invite l'ex belle-mère. L'ambiance est tendue. Légère vacillation avant que les hôtes ne prennent place sur les sofas tendus de marron et de beige. «Aujourd'hui, je suis très heureuse que ma petite-fille ait retrouvé sa mère. C'est une grande joie pour la famille Sy. Nous ne pouvons pas en dire plus pour le moment. Mon mari est au Nigeria et mon fils est actuellement à Kédougou. Il me faut leur aval pour pouvoir m'exprimer sur ce sujet», murmure-t-elle en Socé.

Blottie contre sa mère, Fatoumata, qui ne réalise toujours pas le «miracle» qui vient de se produire, refuse de s'éloigner de celle-ci. Même pour une seconde. Longtemps privée de l'amour maternel, la jeune fille de 18 ans, fait mine de repousser toute proximité avec sa famille paternelle. Même quand sa grand-mère l'invite à prendre place sur un fauteuil en face de sa génitrice, elle répond courtoisement mais fermement, les yeux rivés sur sa maman : «Je préfère rester aux côtés de ma mère». Le calme figé de l'instant est égayé par l'arrivée d'une bande de 5 filles qui ont vite fait de prendre place, qui sur le tapis, qui sur des chaises. L'une d'elle, qui s'est présentée comme la cousine de Fatoumata s'active à faire démarrer la climatisation avant de décliner toute invite à faire part de ses impressions. «Je n'ai aucun commentaire à faire. Je suis juste une fille de la famille et je laisse le soin à mes aînés de se prononcer là-dessus. Mais, nous sommes contentes que Fatoumata ait retrouvé sa mère», lâche-t-elle dans un français châtié. Son argumentaire sera interrompu par l'irruption de l'oncle maternel de Fatoumata. Ce dernier, écorce basané, fourré dans un jean bleu sur une chemise aux tons bleu, blanc et rouge offre un large sourire en guise de bienvenue à sa nièce. «Fatoumata ! Quel plaisir de te retrouver enfin ! On t'a cherché partout. Même sur les réseaux sociaux, on a lancé des avis de recherche. Sans grand résultat. Dieu avait décidé qu'on finirait par te retrouver aujourd'hui (hier) par le canal du journal L'Observateur. C'est vraiment un grand bonheur de te connaître ma nièce», sourit l'oncle à qui sa s½ur venait de présenter sa fille. «This is my daughter, dear brother. Look at her, she is so nice (Je te présente ma fille, cher frère. Regarde-la. Elle est si belle). Je rends grâce à Dieu de l'avoir remise sur ma route et je pardonne à toute la famille Sy», confie Joséphine à son aîné sacrifiant aux présentations. Jetant un regard attendri à sa fille, elle confie : «Je t'ai rapportée comme cadeau une tablette afin qu'on puisse rester en connexion sur Skype.» Fou rire et atmosphère joyeuse. Mais, dans les bras de sa mère, Fatoumata couve une inquiétude légitime. Dans un sourire de biche apeurée, elle lâche enfin la question qui lui noue la gorge. «Qu'adviendra-t-il de moi si toutefois ma famille paternelle refuse que je reste avec ma mère ?», souffle-t-elle. Une énigme que son oncle Papis Sy a vite fait de résoudre. Adossé à la porte du salon, il se hâte d'apporter la réponse : «Ton père m'a appelé et il m'a confié qu'il se préparait à venir à Dakar. Mais, il ne m'a pas signifié avec exactitude la date de son retour. Dès qu'il sera là, nous allons organiser une réunion familiale et ensuite, ton père et ta mère décideront de ce qui te conviendra le mieux.» Un discours un peu imperméable pour la jeune fille qui est toute à sa joie d'avoir enfin une maman !

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