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Barrages n°1, 2 et 3 de Ouagadougou : des réservoirs d'eau en péril

Les barrages n°1, 2 et 3 réalisés en 1963 pour l'approvisionnement en eau potable de la ville de Ouagadougou constituent l'un des poumons écologiques de la capitale burkinabè. Malheureusement ces retenues d'eau sont de plus en plus soumises à la pression croissante des activités humaines. Ce qui envase, pollue et détériore ces ouvrages. Une visite de l'Agence de l'eau du Nakanbé le 11 juin 2013, montre une situation préoccupante de ces retenues d'eau.

Oumarou Tassembédo exerce son activité de pêche depuis 15 ans dans les barrages n°1, 2,3 de Ouagadougou. Mais depuis quelques années, il a de plus en plus du mal à avoir du poisson « Je prélève plus d'ordures dans ces barrages actuellement que du poisson », affirme-t-il. Juste aux abords du barrage n°2 où M.Tassembédo tente une fois de plus sa chance ce mardi 11 juin 2013, d'avoir du poisson, un champ de maraîchage se dresse, tandis que non loin de là, des personnes travaillant dans le BTP tentent de laver leurs véhicules.

A quelques mètres de l'endroit où se tient le pêcheur, un étang d'eau sale qui montre que des habitations connectent leurs toilettes aux barrages, dégage une odeur nauséabonde à faire fuir n'importe quelle personne « sensée ».

Au niveau du barrage n°1 à côté du pont de Baskuy, la situation est alarmante. Une partie du barrage est pratiquement asséchée tandis que les maraîchers tentent de profiter des dernières flaques d'eau en exerçant carrément leurs activités sur le lit du barrage. Pire, T.Z. et T.S. révèlent qu'ils utilisent des pesticides qui par ailleurs sont interdits tels que le "décis" ou le "lamda" pour traiter leurs cultures.

« Nous constatons une occupation anarchique des abords de ces barrages par des promoteurs de maquis, des horticulteurs, des plantes envahissantes qui sont en train de coloniser les barrages... », déplore le directeur général de l'Agence de l'Eau du Nakanbé(AEN), Dibi Millogo. Selon lui, ces retenues d'eau sont devenues pratiquement des dépotoirs pour les riverains et pour tous ceux qui mènent des activités autour des barrages.

La jacinthe d'eau est en train d'envahir les barrages

Le directeur de l'eau et de l'environnement de l'AEM, Ghislain Kaboré est très inquiet, car ces activités menées aux abords des barrages menacent à long terme l'existence même de ces ouvrages. « Les activités tels que le maraîchage, les lavages de véhicules, les « maquis » etc. contribuent principalement à l'envasement (apport de tous matériels solides non solubles dans la cuvette d'un barrage) des barrages.

La conséquence directe est la réduction de la capacité de stockage de la retenue », déclare-t-il. Il n'a pas manqué d'évoquer aussi le cas de la jacinthe d'eau qui est entretenue grâce aux fertilisants et pesticides déversées dans le barrage à travers le maraîchage. « C'est une plante qui peut consommer plus de 700 fois ce qu'une plante normale peut consommer en eau. Elle se reproduit très rapidement et peut envahir un barrage en quelques temps. Quand elle est détruite, elle prend moins d'une semaine pour se reproduire », révèle M.Kaboré.

Pour Sévérin Ky de l'Office national de l'eau et de l'assainissement(ONEA), au-delà de la quantité d'eau qui diminue, la pollution des barrages entraîne une augmentation des coûts de traitement, de maintenance et de production de sa structure. Il prévient qu'un assèchement de ces barrages priverait l'ONEA d'un de ses trois sources d'approvisionnement en eau potable de la ville.

En effet les barrages de Ouagadougou d'une capacité totale de 14.960.000 m3 contribuent avec le barrage de Loumbila à près de 30% de l'approvisionnement en eau potable de Ouagadougou tandis que le barrage de Ziga assure les 70% restants. Même si certains techniciens sont actuellement pessimistes quant à la réhabilitation de ces ouvrages, une concertation de l'AEN et des structures en charge de l'environnement, de l'agriculture, des eaux et assainissement etc. permettent de dégager quelques pistes de solutions en attendant peut être une concertation plus large entre tous les acteurs chargés de gérer l'eau.

Pour le directeur de l'eau et de l'environnement de l'AEN, il faut privilégier des actions de prévention en prenant des mesures pour empêcher l'installation anarchique des maraîchers, des entreprises de BTP qui viennent laver leurs véhicules, des « maquis » etc. A son avis, les agissements d'une minorité d'individus ne doivent pas mettre en péril l'investissement de toute une nation et l'avenir des générations futures.

Mais avant de mener des actions énergiques, tous les acteurs sont d'accord qu'il faut une phase active de sensibilisation pour attirer l'attention de l'opinion aux dangers qui guettent l'un des poumons de la ville de Ouagadougou.

Raphaël KAFANDO
Sidwaya

Ouagadougou

AFP

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