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Mais ils sont fous, ces politiques de chez nous ?

Par Mansour Mhenni

Plus le temps passe, plus on est amené à désespérer de nos politiques tant dans le pouvoir que dans l'opposition, surtout dans l'opposition.
Dans le pouvoir parce que le temps nous donne de plus en plus le sentiment que les responsables pensent davantage à l'intérêt qui leur est le plus proche, celui personnel ou partisan, qu'à celui d'une patrie dotée d'une identité historique, d'acquis civilisations et d'un modèle de société caractéristique.
Le parti relativement majoritaire, islamiste Ennahdha, est certes perçu comme un ensemble d'attitudes contradictoires et de navigations paradoxales, mais dans sa logique interne, en tant que parti politique de couleur religieuse, il est dans toute sa cohérence stratégique et il est manifestement le plus et le mieux structuré des partis en fonctionnement.
Quant aux satellites d'Ennahdha, ils sont presque dans une hésitation orbitale, mais ils tiennent tous à leur centre de gravitation ( le lieu de décision d'Ennahdha ) afin de se garantir une place, même petite, sous le soleil post-transitoire qu'ils prévoient déjà briller de la lumière et de la chaleur de l'islamisme politique. Ils se savent faibles et cherchent par tous les moyens à faire croire le contraire, stratégie de convoitise et de séduction oblige ! Ils savent aussi que c'est le parrain, qui, hier, les a renforcés, et qui aujourd'hui les divise et les affaiblit pour les laisser tributaires de sa bonhomie conditionnelle. C'est pourquoi ces bribes de partis se laissent parfois projeter légèrement hors de l'orbite ; mais ils finissent toujours happés par la pesanteur et remis sur la seule ligne où ils aient le droit de se déplacer.
Là donc, c'est une sorte de nouvelle confrérie politique qui gère ses affaires conformément à sa logique propre, avec l'idée que « tout le reste est littérature ». Faut-il leur en vouloir ? Oui du point de vue patriotique pur, pour autant que l'on continue de croire encore à cette valeur ! Non du point de vue de l'opportunisme politique pur et dur, car on sait qu'il n'y a pas de morale en politique, surtout là où les politiciens parlent hypocritement de « mr la politique ».

Désespérer de nos politiques dans l'opposition surtout ? Oui, malheureusement, même si l'opposition a pu, jusqu'à maintenant, donner l'impression d'avoir empêché des dérapages catastrophiques qui allaient aliéner le pays pour des décennies. D'abord le pire est loin d'être évité ! Ensuite si quelque chose de cet ordre a pu être réalisé, il ne l'a vraiment été que grâce à la société civile, voire même grâce à la pression de certaines forces occultes qui, nous dirait-on, sont derrière la chute de l'ancien régime, et devant l'établissement du nouveau.
Oui ! Désespérer de l'opposition parce que ses dirigeants, à tous les niveaux, sont emballés par une frénésie étrange qui combine le narcissisme et l'agressivité, même quand occasionnellement elle paraît habillée d'humilité et de compréhension. En effet, cela devient explicite à chaque fois que la personne en question ou l'un de ses proches ( par complicité ou par un lien familial ) est attaqué directement.
De ce point de vue, je crois que le cas le plus flagrant est celui du PDP ( De fait, a-t-il jamais été autre que PDP même en tant que Joumhouri ?) : tout le monde est sensible au lien peu clair, donc fragile, de ce parti dans l'Union Pour la Tunisie, au-delà même de ses problèmes internes comme la plupart des partis n'ayant pas encore acquis la meilleure concordance qu'il faudrait à leurs ambitions et à leurs paris. Or, hier encore ce parti, par l'une de ses figures dominantes, cherchait à rapprocher l'alliance UPT du Front populaire. Mais voilà déjà une agression verbale de Néjib Chebbi par Hamma Hammami (via les médias), et voilà que, pour certains PDP, paraît-il, « le frère-ennemi » de feu Chokri Belaïd deviendrait un collaborateur de la police politique et un délateur, sinon un calomniateur des maîtres actuels du pouvoir, qui seraient déjà les futurs alliés du PDP. Pour les uns c'est de l'intox, pour les autres c'est de l'info, d'une manière ou d'une autre, le phénomène dénote d'une certaine fragilité de la confiance que les partis d'opposition ou leurs dirigeants peuvent avoir les uns dans les autres !
Le plus curieux dans cette affaire de « collabos », c'est le nombre de gens qui sont informés sur ceux qui étaient impliqués dans des pratiques de délation au profit de la police politique. En tout cas, ce qui est connu de tous, c'est que la police politique recourait rarement à ceux qu'on appelait les RCD, parce que ceux-ci n'avaient presque rien d'important à leur communiquer ! A croire donc que ce sont ceux qui en savent le plus sur cet aspect des choses qui étaient les plus impliqués.
Le plus étonnant, c'est que même ceux qu'on désigne par la famille destourienne ont trouvé le moyen d'éclater en plusieurs petits groupements ( malgré les illusions d'alliance ) jouant chacun sur son propre instrument, mais allergiques, chacun à sa manière, à toute tendance d'harmonisation de leur action et d'accord sur leur vision, conformément au patrimoine politique et civilisationnel dont ils prétendent se reconnaître.
Et l'on s'étonne après cela que le peuple se sente perdu, ne sachant à quel saint se vouer, ni sur quel sein il doit se rabattre ! Et l'on feint de se demander pourquoi plus de 50% des Tunisiens n'ont pas encore une intention de vote, presque autant que pour les élections du 23 octobre 2011. C'est que tout simplement le temps court en avançant, pendant que la roue de la Tunisie ( comme celle de l'ANC qui trouve à peine le temps de démêler ses disputes internes ) ne bouge même pas, quand elle n'est pas prise d'un élan certain pour aller à reculons !

Par Mansour Mhenni le 12 juin 2013

Tunisie Focus

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