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Une vue de Johannesburg. © Austinevan via Flickr CC
Une vue de Johannesburg. © Austinevan via Flickr CC

Ces classes moyennes qui font changer l'Afrique

L'émergence des classes moyennes africaines attire les investisseurs étrangers et favorise des changements politiques sur le continent.

L’Afrique est en pleine mutation. Partout, une urbanisation soutenue, une forte croissance démographique et des politiques économiques solides contribuent au développement d’une classe moyenne autochtone. Cette tendance intéresse clairement les entreprises multinationales qui espèrent accéder à un nouveau marché en pleine croissance. Par ailleurs, l’amélioration de la situation économique, en changeant les préférences des consommateurs, ainsi que l’émergence d’une classe moyenne pourraient consolider la démocratie dans la région, même si c’est de façon inégale sur le continent.

Une décennie de croissance économique soutenue (en moyenne entre 4% et 7% par an en Afrique subsaharienne) se traduit par une augmentation du produit intérieur brut (PIB) par habitant et par celle des revenus discrétionnaires qui contribuent au développement d’une classe moyenne. Le FMI prévoit une croissance de 5,5% en 2011 et de presque 6% en 2012 pour la région. En 2015, le PIB moyen par habitant dépassera les 2.000 dollars (1389 euros) dans 22 pays subsahariens, toujours selon le FMI. Ce niveau est un seuil important, car il représente le point auquel les gens commencent à vouloir des biens de consommation en plus de ce dont ils ont besoin pour satisfaire leurs besoins élémentaires.

Force politiques

L’émergence d’une classe moyenne a d’importantes implications politiques. Elle porte en elle le potentiel de transformer les gouvernements, d’encourager une plus grande responsabilité et de pousser aux réformes. Dans la plupart des cas, la pression de la classe moyenne est peu susceptible de provoquer la réforme politique radicale de gouvernements autocratiques à court terme (comme en Égypte). Elle peut cependant déboucher sur un climat commercial plus accueillant, sur un meilleur accès au crédit et des services mieux assurés. Les citoyens des classes moyennes, surtout les entrepreneurs qui ont un intérêt dans la réforme économique, sont les plus susceptibles de rejeter les monopoles d’État suceurs de revenus, la paperasserie excessive et la captation de l’industrie par l’élite.

Les pauvres sont trop occupés à simplement survivre et les riches ont souvent un intérêt dans le statu quo. Il arrive que certains groupes de classes moyennes soutiennent des politiques protectionnistes ou l’obstruction syndicale à des réformes nécessaires (comme dans le cas des syndicats du secteur public sud-africain), mais cela arrive aussi dans les économies les plus développées du monde. En général, les intérêts de la classe moyenne galvanisent les réformes économiques et politiques bien plus efficacement que la pression exercée par d’autres pays, des donateurs et des institutions multinationales.

Contre-pouvoir

Une classe moyenne forte jouit aussi d’autres bénéfices politiques. Au mieux, elle motive la société civile et dans certains cas joue un rôle de contrôle du pouvoir exécutif, constituant un groupe d’intérêts qui pousse à la modération à des moments de stress politique intense. Lors des lendemains sanglants des élections kényanes de 2007, ce furent des groupes de la société civile: ONG locales, médias, associations commerciales et églises, qui forcèrent l’élite politique à se ressaisir.

Avec le temps, une classe moyenne qui acquiert de l’importance a de plus grandes chances de refouler la politique autocratique et corrompue qui caractérise la plus grande partie de l’Afrique depuis l’indépendance. Si la classe moyenne du Nigeria n’entrave pas la culture de la corruption nationale qui fait que le gouvernement est effectivement à vendre, la plateforme commerciale de Lagos et les Etats voisins du sud-ouest sont tout de même devenus le bastion de l’opposition de l’Action Congress of Nigeria (ACN) réformateur, qui érode le monopole du parti au pouvoir. De même, en Afrique du Sud, à en juger par les élections municipales du mois dernier, l’African National Congress (ANC) qui domine le jeu politique depuis l’investiture historique de Nelson Mandela en 1994 est enfin en train de perdre du terrain au profit des forces de l’opposition. Après un demi-siècle de violence, d’instabilité et de souffrance, de grands pays africains se sont peut-être enfin engagés vers un avenir politique et économique plus viable.

Philippe de Pontet et James Clinton Francis sont analystes spécialistes de l’Afrique pour Eurasia Group

Traduit par Bérengère Viennot

Foreign Policy

Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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