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Bourse/Indice MSCI: Le Maroc déclassé de «Emerging Market» à «Frontier Market»

Même si l'annonce est tombée, comme attendu, ce mardi à 22h, la messe était dite depuis longtemps. Le déclassement du Maroc de la section «Emerging Markets» à celle de «Frontier Market» n'est pas une surprise. Certains diront même que c'est tant mieux, pourvu que ce déclassement puisse enfin déclencher chez les décideurs un sursaut d'orgueil et pousser à la mise en place de toutes les réformes annoncées depuis belle lurette (marché à terme, prêt emprunt de titres, chambre de compensation, Etfs, compartiment dédié aux PME, etc.) et qui n'arrivent pas encore à sortir des circuits kafkaïens de l'administration, plombant ainsi les ambitions légitimes de faire de Casablanca une place financière régionale. Il faut reconnaître qu'après 10 ans de présence dans l'index EM du Morgan Stanley Capital International, même avec une pondération négligeable, le Maroc était quand même «visible» dans les radars des investisseurs internationaux. Toutefois, la place a perdu, au cours de ces dernières années, un peu de sa superbe, la crise y étant pour quelque chose. Et du coup, cette «sanction» était attendue.

Selon le communiqué de l'agence, «MSCI va déclasser l'indice MSCI Maroc sur la classe des marchés frontières dans le cadre de la revue de l'indice semestriel de novembre 2013». Et l'explication avancée est que le Maroc ne remplit pas les critères de liquidité requis pour continuer à figurer au sein de la catégorie Emerging Markets.

Pour rappel, le MSCI EM est l'indice le plus scruté par les fonds d'investissement et les gérants de fonds étrangers dans les pays émergents. Les critères d'éligibilité au MSCI EM reposent sur trois variables : capitalisation, capitalisation flottante et liquidité. La capitalisation flottante et la liquidité constituent des handicaps majeurs pour les sociétés cotées au niveau de la place casablancaise. Ainsi, seules 3 entreprises marocaines répondaient aux critères d'éligibilité -Addoha, Maroc Telecom et Attijariwafa bank. En conséquence,  le poids de la pondération du Maroc dans l'indice MSCI EM s'est effrité, passant de 0,4 % en 2008 à seulement 0,095 % lors du déclassement (contre 0,4 % pour l'Egypte et 7,6 % pour l'Afrique du Sud).

 

A cause de la liquidité  

 

Le problème de liquidité demeure la lame de fond de la faiblesse casablancaise. Or, pour de nombreux investisseurs, l'attractivité d'une place boursière est surtout fonction de son ratio de liquidité. En effet, s'il est intéressant d'investir dans une valeur dans un quelconque marché, il est aussi essentiel de pouvoir liquider sa position quand on le désire, sans supporter des coûts. Ce n'est pas le cas d'une place illiquide où parfois il faut jouer sur la baisse du cours de la valeur pour solder sa position.

Malheureusement, cette tare de la place, connue depuis longtemps, n'a pas été corrigée à temps. Les mesurettes mises en place, dont la révision du nominal des sociétés cotées de 100 dirhams à 10, n'a pas eu les effets escomptés. Il en va de même pour les contrats d'animation et les programmes de rachat qui deviennent d'ailleurs de plus en plus rares. Ainsi, le ratio de liquidité de la place tourne autour de 7 % actuellement contre 28 % en 2007.

Aujourd'hui, la place a besoin de la mise en effet de manière rapide et globale toutes les réformes annoncées au cours de ces dernières années, et de cesser d'être tout simplement un marché de cash. Dans ce cadre, le marché à terme et les prêts emprunts de titres qui permettent de lisser l'évolution des titres et les ventes à découvert peuvent constituer de véritables stimulants de la liquidité de la place. De plus, la mise en place des ETFs ou trackers, qui sont des valeurs mobilières ayant la forme juridique d'un fonds commun de placement (FCP), et visent à répliquer fidèlement la performance de l'indice, peuvent rendre le marché plus attrayant aux yeux des gérants de fonds.

Les réformes du statut du CDVM et de la Bourse de Casablanca avec plus de flexibilité ne manqueront pas aussi de contribuer à une meilleure attractivité de la place.

 

Effets positifs du déclassement !

 

Par ailleurs, il faudra aussi agir sur les flottants réduits des sociétés cotées de la place. En effet, les programmes de rachat n'ont non seulement pas eu les effets escomptés, mais ont souvent contribué à réduire le flottant. En outre, avec 75 sociétés cotées, la corbeille casablancaise est trop réduite. Pire, à peine une dizaine de valeurs réalisent presque 75 % de la volumétrie de la place. Partant de ce constat, il faut redoubler d'effort pour élargir l'assiette des sociétés cotées. Dans ce cadre, il faut accélérer les offres publiques de vente de participations de la SNI dans les valeurs agroalimentaires, et surtout attirer de grosses entreprises publiques vers le marché dans le cadre des opérations de privatisation. Car, aujourd'hui, l'un des problèmes fondamentaux à l'origine de cette faible liquidité est le manque patent de papier de qualité.

En résumé, beaucoup pensent qu'un tel déclassement va pousser les autorités à se pencher davantage sur les réformes à mettre en place pour redynamiser la place casablancaise, et asseoir une fois pour toutes les bases d'une place financière solide et moderne avec une offre de produits diversifiés.

En clair, ce déclassement, qui est dommageable pour la notoriété de la place qui se prépare activement à devenir une place financière régionale, n'est pas une fin en soi. Au contraire, elle doit être mise à profit pour un nouveau départ. D'ailleurs pour le patron de la Bourse de Casablanca, M. Karim Hajji, ce déclassement peut avoir des effets bénéfiques du fait que le Maroc sera plus visible dans la catégorie «Frontier Markets». D'abord, sur cet indice, le Maroc, avec environ 10 valeurs, aura un poids ayant une pondération comprise entre 7 et 10 % de l'indice MSCI FM contre 0,095 % dans MSCI EM. Ensuite, la première capitalisation boursière du MSCI FM sera marocaine, avec Maroc Telecom et sa capitalisation dépassant les 11 milliards de dirhams. Ainsi, «cette pondération donnera plus de visibilité aux investisseurs étrangers et constituera un référentiel plus adéquat aux investisseurs et gestionnaires de portefeuilles souhaitant s'exposer, en terme géographiques, à l'Afrique et/ou à la région MENA», a expliqué M. Hajji, lors de la conférence organisée par la Bourse de Casablanca et portant sur le thème : «Bourse de Casablanca : quelle trajectoire de croissance ? Enjeux, modèles et stratégies de développement».

C'est déjà un bon départ !

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

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