« L’aptitude de chacun à trouver et conserver un emploi, à progresser au travail et à s’adapter au changement tout au long de la vie professionnelle ».

Ci-dessus la définition de l’employabilité selon l’Organisation Internationale du Travail. Ce concept n’est pas nouveau mais comme beaucoup d’autres concepts, il est actuellement à la “mode”. Les écrits académiques et discours politiques y faisant référence se multiplient et pour cause, la résurgence de la problématique du chômage dans le monde.

Il convient néanmoins de distinguer différents niveaux d’employabilité. Ces niveaux sont évidemment déterminés par le contexte. Mais au-delà du contexte ou de la relativité du concept (pays développé versus émergents versus en voie de développement versus pauvres ou encore urbain versus rural etc…) il y a l’essence même du concept.

 

En effet, et il faut lui reconnaître, la définition proposée par l’OIT est simple et renvoie au fondement de l’employabilité : c’est un processus dans le temps qui se construit, a un début et une fin. Une fois que l’on a compris cela, l’on comprend que le concept revêt une part d’objectivité et de relativisme.

 

Pour mieux comprendre l’aspect relatif de l’employabilité prenons l’exemple du chômage en France et au Maroc. Dans un cas il en est la cause dans l’autre une conséquence. En effet, en France, le chômage est directement lié à la morosité de l’économie. Un regain de croissance et la France connaîtra une baisse de son taux de chômage. Néanmoins, plus la crise durera, plus le chômage deviendra de longue durée et plus l’employabilité du chômeur s’érodera. Au Maroc, bien que nous subissions la crise économique, le taux de croissance reste supérieur à celui de l’économie française. Pourtant le problème du chômage se pose avec acuité et notamment au sein des jeunes marocains en âge de travailler et parfois pour ne pas dire souvent suffisamment diplômés.

 

Ce qui pourrait apparaître comme un paradoxe marocain (un autre !) ne l’est en réalité pas du tout. Ce ne sont en effet pas les opportunités d’emploi qui manquent. Mais si le marché du travail se définit par une équation devant équilibrer offre et demande d’un point de vue quantitatif, il n’est pas possible de faire fi de données qui le sont moins et c’est là d’ailleurs que le bât-blesse. Les employeurs ne trouvent pas les candidats qu’ils recherchent. Pourtant, nous savons que nombre de chômeurs sont diplômés et même hautement qualifiés !

 

C’est qu’il y a un fossé entre les qualifications et les compétences !! 

 

L’employabilité renvoie par définition à un corpus de qualifications ou de compétences “technico-académiques” requises pour aspirer à un emploi donner. Par exemple, si vous avez été formé à l’analyse de l’histoire de la littérature arabe du 19ème siècle (n’y voyez aucun dénigrement bien au contraire) vous ne pourrez pas aspirer à une offre d’emploi pour la gestion d’un projet de construction d’un parc éolien. Cet état de fait est d’une part lié à l’héritage de la pensée française en matière d’éducation et d’autre part lié à une véritable problématique d’orientation de notre jeunesse dans le choix d’une filière pour le BAC et a fortiori pour le suivi d’études supérieures. La culture anglo-saxonne est à cet égard moins “bornée”. Preuve en est le nombre de traders de la city londonienne qui ont suivi des études en psychologie.

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C’est donc que l’employabilité renvoie aussi à des compétences moins techniques ou académiques. Les coachs et autres “formateurs” aiment à parler de “soft skills”. Parmi ces “soft skills” un concept souvent galvaudé mais néanmoins important comme le leadership. Mais au-delà du leadership, des aptitudes telles que la capacité d’un individu à communiquer, travailler en équipe, réagir de manière structurée à un situation de crise ou encore et surtout à faire preuve d’initiative sont aujourd’hui primordiales pour ne pas dire nécessaires à l’employabilité d’un individu.

 

Et c’est là l’aspect objectif du concept d’employabilité en opposition à son aspect relatif. En effet, dans le processus de construction de l’employabilité d’un individu, il y a un point de départ incontournable qu’est l’éducation ou l’Ecole. Il ne s’agit même pas là d’insister sur l’importance d’aller à l’école mais de la manière dont nous sommes aujourd’hui formés à l’Ecole tout au long de notre scolarité et pas seulement à l’abord des études supérieures mais aussi et SURTOUT dès notre plus jeune âge.

 

Cette différence fondamentale n’est malheureusement pas toujours pas perçue par nos décideurs. J’en ai eu l’intime conviction lors d’une récente expérience. En effet, il y a quelques jours j’ai eu la chance d’assister et même de dire quelques mots à l’ISESCO lors d’une conférence sur l’éonomie de la connaissance dans le monde arabe, co-organisée avec le Centre méditerranéen pour l’intégration. Etaient réunis, chercheurs, penseurs, diplomates et autres décideurs et dignitaires économiques et politiques dont notre ministre actuel de l’économie et des finances. La plupart des érudits présents et pour qui je voue un véritable respect ont néanmoins tous commis l’erreur d’insister exclusivement sur la mise en place de dispositifs de R&D en misant (comprenez dépensant de l’argent) dans la construction de filières scientifiques dignes de ce nom. Ce n’est pas une erreur au sens où il ne faut pas le faire. C’est une erreur au sens où c’est une condition largement insuffisante et qui implique un investissement d’au moins 20 ans là où nous devons trouver des solutions dans 20 jours voir 20 minutes !

A moyen terme ce sont certes nos curricula qu’il faut revoir mais aussi le fondement et le rôle de l’Ecole. Qu’on se le dise, notre Ecole forme des exécutants alors qu’elle devrait “fabriquer” des entrepreneurs. Par entrepreneur, je n’entends pas le créateur d’entreprise mais une posture ou un état d’esprit qui renvoie à sont tour aux compétences ou soft skills telles que décrites plus haut. Ce “formatage” commence dès l’âge de 4 ou 5 ans dans des pays comme la Finlande ou les Etats-Unis.

Cela est d’autant plus important que comme expliqué plus haut, les employeurs sont aujourd’hui à la recherche de profils “ready to work” et n’ont plus ni la volonté ni le temps (les cycles sont de plus en plus courts) de former.

Voilà les quelques pensées qui me sont venues à l’esprit depuis que j’ai l’honneur d’être l’ambassadeur d’un projet mené par le British Council sur l’employabilité au Maroc et que je continuerai de développer dans un blog qui sera bientôt lancé par ce même British Council pour celles et ceux qui voudraient suivre cette aventure.

 Nabil Sebti  

Crédits Photos : British Council