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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Les «Mégalos d’or» africains

Bienvenue à la cérémonie de remise des «Mégalos d’or», qui récompensent les plus imaginatives expressions de la folie des grandeurs sur le continent africain.

Que serions-nous sans l’outrancière excentricité de ceux qui pimentent les programmes de nos petits écrans? Ceux qui ne se contentent pas de «faroter» dans le quartier comme Djo Balard, mais qui ont le courage de façonner quotidiennement le continent à leur image? Ces demi-dieux qu’il nous plaît d’apercevoir, nous qui sommes engoncés dans un quotidien si fade?

Nous ne saurions annoncer les nominés au record de démesure 2011 sans rendre un hommage appuyé aux anciens qui ont su nous montrer la voie.

Le trophée «Mégalo du bâtisseur» est décerné à l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny pour sa prestation dans «MOI JE vais construire une basilique plus haute que celle du pape». Ne l’avait-on pas surnommé «Dia Houphouët» dès sa naissance, «Dia» désignant un prophète? Merci, le Vieux, pour Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, qui nous permet à tous de partager un peu de ton orgueil.

Réservons un «Mégalo intersidéral» au génie de Gbadolite, le grand timonier du Zaïre Mobutu Sese Seko Nkuku Ngbendu wa Za Banga pour «MOI J'ai un programme spatial». Le «toqué» a sans doute été inspiré par le roi Léopold II, notamment par sa déclaration «MOI, JE possède le Congo à titre personnel».

Parce que la beauté de la mégalomanie réside aussi dans la poésie des mots, accordons deux prix «Mégalos du verbe», ex-æquo.

Le premier, au maréchal ougandais Idi Amin Dada pour «MOI JE suis le seigneur de toutes les bêtes de la Terre et de tous les poissons de la mer, vainqueur de l'impérialisme britannique et omniprésent roi d'Ecosse". Le boxeur aura gardé son punch jusqu’à la fin.

Le second est attribué à Haïlé Sélassié Ier, empereur d'Éthiopie pour «MOI JE suis le lion conquérant de la tribu de Juda, le seigneur des seigneurs, le pouvoir de la Trinité, la lumière du monde et l'élu de Dieu». Respect, majesté!

Accordons un «Mégalo de la baraka» au général Gnassingbé Eyadema pour «MOI, JE ne peux pas mourir» après son crash aérien du 24 janvier 1974. Là où tu te caches, Etienne, (puisque tu ne peux pas mourir) nous te saluons. Car tu nous rappelles que la mégalomanie est avant tout affaire de conviction et de travail. Combien de passagers de l’avion aura-t-il fallu faire taire pour nourrir ta légende?

Enfin, avant de rompre le suspense de la proclamation des dix Mégalos toujours de ce monde, il en est un qui se doit d’être primé toutes catégories confondues

Il fut un exemple pour tous les arrogants du monde, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il n’était pas mégalomane; il était LA mégalomanie.

Dédions, pour l’ensemble de son œuvre, un «Mégalo d’honneur» au plus grand d’entre nous: le Centrafricain Jean-Bedel Bokassa pour «MOI JE me proclame MOI-MÊME empereur napoléonien» par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique Noire. Une occasion pour nous de rendre hommage, également, à son émouvante interprétation de «MOI JE suis le treizième apôtre du Christ». Notons que quinze ans après la mort de l’empereur, Jésus n’a toujours pas démenti. Si tu nous lis, merci de nous avoir fait rêver, papa Bok!

Arrivons maintenant à cet instant que vous attendez tous. Voici les dix nominés dans la catégorie «Mégalos d’or»:

- Mouammar Kadhafi pour «MOI JE suis le roi des rois, des sultans, des princes, des cheikhs et des maires d’Afrique». Nul doute que le Guide de la révolution libyenne méritera, dans quelques années, un «Mégalo d’honneur» pour l’ensemble de sa carrière.

- Abdoulaye Wade pour «MOI JE peux sauver Haïti» en déplaçant tous les Haïtiens au Sénégal. Le président sénégalais fait partie des mégalomanes si prolifiques qu’il aurait pu être nominé plusieurs fois. Par exemple, pour «MOI J’ai construit une statue de 52 mètres». Les édifices pharaoniques comme le monument de la Renaissance africaine de Ouakam remplissent tellement nos cœurs d’allégresse que nous en oublions nos ventres vides.

- Yahya Jammeh pour «MOI JE soigne le sida» par des massages, des décoctions et des incantations. Sans lui, qui parlerait de la Gambie?

- Mswati III pour «MOI JE satisfais 13 épouses». Encore vert, le roi du Swaziland s’attaquera-t-il au record de Fela Anikulapo Kuti, qui entretint 27 femmes?

- Robert Mugabe pour «MOI J'investis 250.000 dollars dans chacun de mes anniversaires». Pour la beauté du geste, rappelons que le gâteau, pour ses 85 ans, pesait... 85 kg. Tant pis s’il a fallu faire des coupes dans les salaires d’une population zimbabwéenne dont la moitié dépend de l'aide alimentaire. Le faste, ça se mérite.

- Blaise Compaoré pour «MOI J’ai un hôpital qui porte mon nom» à Tingandogo, alors qu’il n’est ni médecin ni décédé. Rappelons que Mouammar Kadhafi et Blaise Compaoré nous ont donné une belle leçon de fairplay mégalomane avec leur statue commune dans la ville de Bobo-Dioulasso. Un featuring du Guide qui témoigne, s’il en était encore besoin, de sa grandeur…

- Simone Gbagbo pour «MOI JE suis soutenue par Dieu dans mon combat politique». Contacté, Dieu n’a pas souhaité faire de déclaration. Qui ne dit mot consent…

- Samuel Eto'o pour «LUI IL (c’est-à-dire «MOI JE») parle de moi à la troisième personne». Merci à notre footballeur camerounais préféré pour avoir entretenu la tradition initiée par le philosophe grec Xénophon et popularisée par l’empereur romain Jules César.

- Koffi Olomide pour «MOI JE veux qu'on m'appelle Sarkozy». Ceci dit, si la folie des grandeurs du chanteur congolais est admirable, Mopao aurait pu trouver surnom plus prestigieux…

- Mo Ibrahim pour «MOI JE me fais de la pub avec un prix à mon nom», alors que les autres font de la pub à un prix en cédant leur nom prestigieux. Joli tour de prestigitation communicationnelle. Pourquoi attendre de devenir une personnalité pour qu’on attribue votre nom à un prix quand on peut baptiser soi-même un prix qui fera de vous une personnalité? Pour cette récompense «Mo Ibrahim Prize for Achievement in African Leadership», le richissime soudano-britannique mérite sa place dans notre palmarès.

Qui devrait remporter le «Mégalo d’or»? À vous de juger…

Damien Glez

Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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